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samedi 5 avril 2014

Entretien de Sa Béatitude le Patriarche Béchera Raï sur les chrétiens du Proche-Orient.

Réalisé par Isabelle Dillmann pour la revue des 2 mondes, mars 2014
Sa Béatitude Bechara RAI
Sa Béatitude Bechara RAI
Vers l’Orient compliqué, il n’est plus possible de s’envoler avec des idées simples. Pour le comprendre, il suffit de se rendre au Liban, que des vagues d’attentats plus meurtriers les uns que les autres déstabilisent chaque jour un peu plus. De cette souffrance sans cesse ravivée par les conflits régionaux et les guerres intra-musulmanes, dont le Liban par sa géographie et sa destinée est à nouveau l’otage, les 39 % de chrétiens qui peuplent le pays du Cèdre éprouvent ce déchirement comme une passion, au sens chrétien du terme, en union avec les chrétiens d’Orient qui, dans un monde arabe explosif, vivent dans la peur de ne pouvoir rester sur leurs terres millénaires.

C’est à une vingtaine de kilomètres de Beyrouth, à Bkerké, dans son palais patriarcal sécurisé par l’armée, que j’ai rencontré Bechara Boutros Raï, 77e patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. Élevé au collège des cardinaux par le pape Benoît XVI en octobre 2012, ce fils de montagnard, moine boursierformé par les jésuites, qui parle sept langues, dont un français parfait, a été élu patriarche en mars 2011 à l’âge de 71 ans.

Il est le chef très écouté de la plus importante communauté religieuse d’une Église catholique orientale fort ancienne qui regroupe des millions de fidèles maronites, araméens, syriaques dans le monde et dont le territoire s’étend de l’ex-Empire ottoman jusqu’en Inde sur les côtes du Malabar et de la région de Malecar. Au Moyen-Orient, ce « pape oriental » est le seul chef religieux crédible qui, tout en incarnant l’inquiétude des chrétiens, cherche par tous les moyens à faire avancer le processus de paix. Sa légitimité de patriarche maronite lui donne une primauté sur les autres patriarches des Églises d’Orient, ceux qui marchent à Rome devant les cardinaux les jours de conclave. Les propos lucides et parfois douloureux de ce haut dignitaire religieux expriment le désarroi des chrétiens d’Orient.
Isabelle Dillmann « Revue des Deux Mondes – Sommes-nous en train d’assister à l’anéantissement des chrétiens d’Orient et à la disparition d’une minorité existante ?
Bechara Boutros Raï Quand on parle des chrétiens d’Orient, il ne faut pas l’entendre comme une identité à part. Sur le plan théologique, ils représentent avant tout l’Église universelle comme tous les chrétiens dans le monde. C’est ce que saint Paul appelle le corps du Christ dont nous, chrétiens d’Orient, sommes en partie les membres. Le statut de minorité ne s’applique pas au cas des chrétiens du Moyen- Orient. Notre présence est plus que millénaire dans cette région du monde, berceau historique de la chrétienté. Soit six cents ans avant l’islam. Ce n’est qu’aux VIIe et VIIIe siècles que la plupart des chrétiens d’Orient sont passés sous domination musulmane.

Nous sommes des citoyens d’origine sur une terre qui est pleinement la nôtre. Nous fêtions la Pentecôte avant l’arrivée de l’islam. Nous sommes arabes mais pas musulmans. Nous ne voulons pas parler en termes de minorités mais en termes de droit et de citoyenneté.

Revue des Deux Mondes – Dans une conférence tenue à Amman sur les défis encourus par les Arabes chrétiens, le prince de Jordanie Ghazi ben Mohammed a rappelé que les chrétiens d’Abyssinie ont été les premiers à accueillir les musulmans en prenant leur défense quand ils étaient en situation de faiblesse…

Bechara Boutros Raï Les Arabes chrétiens ont toujours soutenu et appuyé les Arabes musulmans dans le combat contre les agressions étrangères. Au cours de leur longue histoire dans cette région, les Arabes musulmans n’ont jamais contraint quiconque à adopter l’islam contre sa volonté. La contrainte contredit la parole de Dieu dans le Coran. Aujourd’hui les chrétiens souffrent parce qu’ils sont chrétiens.

Dans cette conférence internationale et interreligieuse où étaient présents plusieurs patriarches des Églises orientales, le prince a courageusement affirmé, en parlant du sort des chrétiens : « Nous, musulmans, n’acceptons pas le sort réservé aux chrétiens en référence à notre loi sacrée, ni moralement comme Arabes membres d’un même peuple, ni au niveau de nos sentiments comme voisins et amis qui nous sont chers et pas non plus en tant qu’êtres humains. »
Revue des Deux Mondes – C’est donc une question qui relève autant de la politique que de la diplomatie et des affaires religieuses ?
Bechara Boutros Raï : Dans tout le Moyen-Orient, les chrétiens ont coexisté depuis plus de mille quatre cents ans avec les musulmans.

Nous avons véhiculé notre culture, nos valeurs chrétiennes, notre conception de la liberté, notre approche des droits de l’homme, d’ouverture à l’autre et notre conception de la démocratie dans ces sociétés. Nous avons contribué à écrire une histoire indépendamment des régimes en place.

Notre présence est importante pour que ces valeurs de modernité puissent perdurer. Les Arabes ont besoin des chrétiens.
Nous n’avons pas besoin d’avoir le statut de protégé. Nous avons besoin que la stabilité et la liberté règnent dans des États de droit car la présence des chrétiens diminue quand la liberté se rétrécit. Le monde arabe est théocratique. L’islam n’a pas franchi le pas de la séparation de la religion et de l’État comme en Occident. Ni l’islam ni le judaïsme ne l’ont fait. La théocratie est un système politique où il n’est pas admis de donner une opinion politique différente de l’autorité. Nous le savons, nous chrétiens arabes.

En Irak, du temps de Saddam Hussein, qu’on surnommait « le grand tyran » et que le monde entier voulait renverser, les chrétiens vivaient en paix. Ils ne soutenaient pas pour autant le régime mais ils ne se mêlaient pas de politique et se soumettaient à la loi du pays en respectant les limites fixées. En arabe, un dicton assez éloquent dit : « Étendez vos pieds selon la longueur du tapis. » Sur un tapis d’un mètre si j’ai droit à cinquante centimètres, je n’étends pas mes jambes au-delà. En retour, Saddam Hussein estimait les chrétiens et les aidait à conserver leurs églises et leur liberté de culte. C’est la même chose en Arabie saoudite ou en Égypte, où aujourd’hui la majorité des chrétiens, sans pour autant souhaiter une éventuelle reprise en main du pouvoir par l’armée, se rallie à un État fort et juste considéré par eux comme un moindre mal. Ou comme en Syrie, où les chrétiens, otages des deux principales forces politiques du pays, se tournent pour leur survie en majorité vers le pouvoir en place, perçu comme un rempart contre les islamistes.
Revue des Deux Mondes – Vous dites que démocratie et théocratie sont aussi contradictoires que la neige et le feu ?
Bechara Boutros Raï On souhaiterait que ces régimes islamiques deviennent démocratiques et que leurs représentants dans le monde arabe ne soient pas systématiquement réélus avec 99 % des suffrages. Qu’ils permettent aux chrétiens irakiens, égyptiens et syriens de ne pas être privés de représentation politique et de participer pleinement au pouvoir en place. Mais, que ce soit avec des partis uniques, des
régimes tyranniques, des dictatures nationalistes ou des pouvoirs héréditaires, les chrétiens ont appris à cohabiter et à s’adapter. Au cours des treize siècles passés, nous avons formé une seule communauté indivise. Nous savons comment maintenir en vie nos traditions et notre religion au sein de ces sociétés arabes dont nous sommes.
Revue des Deux Mondes – Depuis l’invasion américaine en 2003, l’exode des chrétiens d’Irak a été édifiant. Leur nombre est passé d’un million et demi à cent cinquante mille…
Bechara Boutros Raï Les Américains n’ont pas manifesté en Irak beaucoup de sensibilité à l’égard des chrétiens d’Orient. En paroles oui, mais dans les actes permettez-moi d’en douter. Les chrétiens n’entrent pas en ligne de compte dans leur politique. En effet, plus d’un million de chrétiens n’ont pas résisté à cette guerre sanglante – au nom d’une démocratie promise – qui a conduit à la désintégration d’un pays. Sous les bombes, les chrétiens irakiens ont été contraints à l’exil dans le silence absolu de la communauté internationale. Leur nombre actuel en Irak, selon les différentes estimations, serait autour de cent cinquante à deux cent mille. L’exemple de l’Irak est significatif, comme celui de la Libye, où il ne reste pratiquement plus de chrétiens. Il semble que seule la France et le Saint-Siège se préoccupent sincèrement de cette question en Occident.
Revue des Deux Mondes – Les révolutions arabes sont-elles devenues le tombeau des chrétiens d’Orient, qui partout sont pris pour cibles ?
Bechara Boutros Raï La guerre n’est pas spécialement dirigée contre les chrétiens, même s’ils sont affaiblis, humiliés et menacés de disparition, mais contre tous les citoyens victimes de ce chaos. Les extrémistes islamistes, les intégristes, les takfiristes, les djihadistes attaquent les chrétiens sans savoir pourquoi. En Syrie, ils disent « les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth » parce qu’ils pensent que nous sommes pour le régime syrien alors que nous sommes pour la loi. Relisez « la lettre sur les chrétiens » de Pline le Jeune à l’empereur Trajan. Tout est dit. Dans le chaos, tout le monde paye. La guerre n’a pas de religion. La faim n’a pas de religion. La violence n’a pas de religion. Les chrétiens sont attaqués, les lieux de culte vandalisés ou réquisitionnés, les statues de la Vierge brisées, les croix des églises arrachées, mais je ne sépare jamais les chrétiens des autres victimes de la société syrienne, libanaise, irakienne ou égyptienne. Deux millions et demi de Syriens ont fui leur pays et pourtant ils ne sont pas en majorité chrétiens.

Revue des Deux Mondes – En septembre 2012, le pape Benoît XVI avait mis en garde les chrétiens d’Orient « de ne pas goûter au miel de l’émigration, malgré les difficultés ». Pourquoi ?

Bechara Boutros Raï Certains disent qu’ils n’ont qu’à partir, à quitter leurs pays d’origine. Mais au nom de quoi dix à treize millions de chrétiens – 37 % des Libanais, 10 % des Égyptiens, 6 % des Jordaniens, 10 % des Syriens, soit près de deux millions de chrétiens syriens toutes communautés confondues, 2 % des Irakiens, 2 % des Israéliens, 1,4 % des Palestiniens – émigreraient puisqu’ils sont des Arabes et non pas des intrus, ni des colons ou des étrangers ? Quand les chrétiens émigrent vers les sociétés occidentales, le drame c’est qu’ils ne reviennent plus. Nous assistons à leur exode alors que nous tenons plus que tout à leur présence et à la défense de cet héritage chrétien au Moyen-Orient. On peut émigrer et vivre partout. Trouver du pain pour se nourrir. Mais si un héritage meurt, il ne se renouvelle plus. C’est le sens de l’avertissement du pape. La communauté internationale a-t-elle intérêt à laisser disparaître une culture plurimillénaire ? Est-ce à cela que veut aboutir le jeu cruel des nations ? Il s’agit là du sort des plus anciennes et des plus diverses communautés du monde. L’Europe préfère nier une évidence historique tout en transformant en vérité officielle son propre refus d’inscrire le mot « chrétien » dans sa Constitution.

Revue des Deux Mondes – Pensez-vous que l’autodestruction religieuse de l’Occident soit une des causes de son affaiblissement moral et culturel, à l’instar de la crise de la civilisation européenne à laquelle on assiste actuellement ?
Bechara Boutros Raï Le pape Jean-Paul II est mort sans avoir eu la consolation que les racines chrétiennes de l’Europe soient mentionnées dans la Constitution de l’Union européenne. La culture de l’Occident est pourtant une culture chrétienne, accueillante, et non pas une culture barbare dont il faudrait avoir honte. Si en Occident on ne donne aucune valeur à la religion, si le mot « chrétien » fait peur, comment des responsables politiques européens qui n’ont plus de contact avec Dieu peuvent ils se soucier sincèrement du sort des chrétiens d’Orient malgré la culture immémoriale dont ceux-ci sont porteurs dans les pays du Levant ? Le pape a constaté dans son récent discours à l’ONU que cette organisation voulue pour la paix était « en train de perdre sa raison d’être ». Nous, chrétiens d’Orient, appartenons à la nation arabe, dont nous sommes une composante à part entière. Nous sommes natifs de ces pays. Notre Église universelle est incarnée dans le monde arabe. Notre présence chrétienne a contribué à construire une histoire commune depuis des siècles. Ne nous arrachez pas à notre terreau. Soutenez-nous par des actions diplomatiques et politiques et non par des frappes militaires, auxquelles le pape François s’est fermement opposé en interpellant les chefs d’État du G20 réunis à Saint-Pétersbourg. Cet appel au monde du 7 septembre 2013 relayé par une veillée de prière mondiale pour les chrétiens d’Orient a détourné la marche de l’histoire. Tout le monde le reconnaît. C’est dire combien la valeur de la prière est notre arme.

Revue des Deux Mondes – La prière serait donc une arme ?

Bechara Boutros Raï C’est l’arme qui désarme l’autre. Le pape François a dit : « Dans notre prière constante et sincère, nous arriverons petit à petit à désarmer les armes réelles. » C’est un discours qu’il nous a tenu récemment, sur la force apaisante de la prière constante et sincère. Et il a ajouté : « Notre voix unie, humble et imperceptible, pourra un jour, je l’espère, être écoutée par les grands de ce monde. » Ceux-là même qui ne semblent pas comprendre qu’à cause de certaines influences étrangères qui jouent avec le feu, des millions de musulmans modérés et de chrétiens quittent les pays où ils ont étudié, aimé, travaillé et vécu parce qu’ils ne peuvent plus vivre sous la contrainte d’une idéologie radicale, extrémiste et terrorisante que personne bientôt ne pourra plus freiner…

C’est pourquoi nous avons besoin de stabilité. On ne peut pas parler de projet de survie quand la guerre détruit tout. « Primum vivere de in de philosophari. » Il faut d’abord vivre et ensuite philosopher. Le défi, c’est de rester, de trouver les moyens de vivre solidairement pour maintenir en place une population modérée qui souvent n’a le choix qu’entre l’exil ou le basculement dans le fondamentalisme. C’est cela qui menace la paix dans le monde.

Revue des Deux Mondes – Quel pays, quels gouvernements mettez vous en cause précisément ?

Bechara Boutros Raï J’ai dit – et je suis responsable de mes propos – que certains pays d’Occident et d’Orient, dont des puissances arabes et des pays régionaux que je ne m’autoriserai pas à nommer, soutiennent par les armes, l’argent et les appuis politiques des groupes rebelles et des milices islamistes venus du monde entier. Certains pays payent ces mercenaires étrangers, qu’ils soient du Maghreb, d’Azerbaïdjan ou d’Afghanistan. On trouve des combattants tchétchènes, libyens, yéménites ou des Européens radicalisés pour détruire, semer la terreur et tuer. Peut-on encore parler de guerre civile en Syrie avec tant d’ingérences internationales ?

Un ambassadeur d’un État « pro-opposition » a reconnu devant moi que « malheureusement » certains États occidentaux, dont le sien, soutiennent et financent ces groupes fondamentalistes en Syrie. C’est une ingérence extérieure qui fomente à tout prix la guerre en prenant le prétexte d’établir la démocratie ! Si des réformes sont  indispensables en Syrie comme dans d’autres pays du monde arabe, elles ne peuvent se faire ni de l’extérieur ni par la terreur. Nous ne sommes pas dupes. Il ne s’agit pas dans ce cas de volonté démocratique ni de soutien à des réformes sociales et politiques dont le monde arabe aurait grand besoin mais bien d’intérêts financiers et économiques avec un commerce d’armes juteux et des visées géopolitiques sur la région. La Syrie est devenue le théâtre d’un conflit armé auquel prennent part des États étrangers pour leur propre intérêt. Nous n’avons pas besoin de cela. Je le dis clairement.

Revue des Deux Mondes – Quels sont les moyens concrets dont l’Église maronite dispose au Liban pour aider les chrétiens à rester, puisqu’ils sont les premières victimes de ce conflit ?

Bechara Boutros Raï Nous agissons sur un plan moral, social et politique en rappelant aux chrétiens qu’ils sont les héritiers d’une mission d’évangile et de paix. Mais surtout nous les aidons à garder leurs terres pour qu’ils restent chez eux et ne les vendent pas. Une identité démographique et géographique peut se modifier par la vente de terrains appartenant à des chrétiens. Nous les aidons à exploiter leurs terres et à faire aboutir leurs projets de développement. Pour un chrétien libanais, la terre est à la fois son identité et son avenir en plus d’être son fidèle héritage. Et surtout nous refusons les visas que l’on nous propose. Nous n’en voulons pas.

Revue des Deux Mondes – Le Liban peut-il perdre sa raison d’être si l’importance des chrétiens diminue ?
Bechara Boutros Raï Le Liban est le seul pays de la région où les chrétiens ont encore un poids politique et une liberté d’action même si les accords de Taëf ont réduit leurs pouvoirs par une diminution des prérogatives du président maronite de la République. C’est aussi le seul pays du Moyen-Orient qui ne reconnaît pas seulement la liberté du culte mais aussi la liberté de croyance et de conscience, qui fait la valeur du Liban. C’est inscrit dans la Constitution. Il y a aujourd’hui même des musulmans qui se convertissent au christianisme.
Le Liban, premier pays démocratique du monde arabe dans le vrai sens du terme avec toutes ses libertés et ses valeurs de modernité, est en train d’être sacrifié en devenant l’otage des confrontations et des déséquilibres régionaux. Certains États se conduisent avec le Liban comme s’il n’était pas un État souverain, comme s’ils avaient sur lui un droit de tutelle.

Revue des Deux Mondes – En décembre 2013, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a recensé 870 000 réfugiés syriens, soit un habitant du pays sur cinq, dont beaucoup sont installés dans le nord du Liban dans des campements de la plaine de la Bekaa. Comment le Liban pourra-t-il continuer à accueillir les 55 000 réfugiés qui arrivent chaque mois ?

Bechara Boutros Raï Il n’y a plus d’endroits épargnés par les combats en Syrie. Depuis 2011, les réfugiés arrivent en un flux permanent, continu et ininterrompu, au rythme de 55 000 réfugiés en moyenne par mois dans des campements très précaires, parfois à 1 000 mètres d’altitude, dans des tentes inadaptées à l’hiver où s’abritent les familles avec vieillards, nourrissons et malades. Ils fuient la violence et les meurtres de civils par les extrémistes fondamentalistes. Pour ces derniers, la personne humaine n’a pas de valeur. Le monde réalise-t-il ce que cela représente de tout perdre pour ces réfugiés ou est-ce une information de fin de journal à la télévision dans l’insensibilité générale d’un monde qui a perdu tout lien avec ses sources spirituelles ?
Revue des Deux Mondes – Des milliers de chrétiens syriens de la région de Kalamoun, à 90 kilomètres de Damas, ont demandé la nationalité russe…
Bechara Boutros Raï Je n’ai pas de chiffre exact mais je vous l’ai dit, ce ne sont pas seulement les chrétiens de Syrie mais aussi ceux du Liban qui sont en quête d’exode. Certains se sont réfugiés en Suède, au Canada et aux États-Unis, quand ils en ont les moyens. Au Liban une infime partie des réfugiés syriens sont chrétiens.
Il faut nous aider à faire la paix en Syrie. Que font les pays arabes de la sous-région ? Nous sommes une population libanaise de 4,8 millions d’habitants. Allons-nous revivre les années noires des camps palestiniens avec sur notre sol un demi-million de Palestiniens équipés en armes lourdes et légères ? Nous savons que ce sont des personnes blessées dans leur dignité, nous les comprenons, mais ils représentent une grande menace pour la société libanaise. Ils ont été à l’origine de cette guerre qui nous a amenés au tombeau sur les plans politique et social. Quand on est blessé, on attaque aussi celui qui vous accueille, même s’il vous fait partager sa maison. Ces réfugiés syriens, parfois instrumentalisés, vont-ils être par leur nombre un nouveau ferment de déstabilisation ?
Vous touchez du doigt les valeurs de ce Liban qui ne ferme jamais ses portes. Un Liban aux frontières ouvertes qui ne peut supporter seul le coût économique de cet énorme flux humain. Avec les ouvriers agricoles et ceux du bâtiment, il y a aujourd’hui au Liban un million et demi de Syriens en majorité sunnites. Comment pensez-vous que notre fragile équilibre politique et confessionnel des trois tiers – chrétiens, chiites et sunnites – puisse se maintenir ?

Vous comprenez quelle menace sécuritaire, politique, confessionnelle et quel fardeau économique et social nous vivons depuis le début du conflit syrien. Nous tenons sur un miracle au Liban, mais pour combien de temps ?
Revue des Deux Mondes – Craignez-vous que la guerre civile revienne au Liban dans les bagages de la déstabilisation syrienne ?
Bechara Boutros Raï Aujourd’hui, nous sommes en train de nous noyer. Pour la première fois de notre histoire, nous sommes livrés à notre sort. Les attentats à la bombe et aux voitures piégées se multiplient ces derniers mois dans la capitale libanaise, exacerbant les divisions entre chiites et sunnites, qui s’affrontent sur la question de la guerre civile en Syrie. On vit dans un état de guerre même s’il reste localisé. Ce qui se passe au Liban ne peut plus être dissocié de ce qui se passe en Syrie. Nous sommes comme des vases communicants.

Le Liban sert plus que jamais de pendant à la Syrie. Le pays du Cèdre, que l’on surnommait « la Suisse du Moyen-Orient » quand les chrétiens étaient influents, est devenu une scène de confrontation dépourvue du filet protecteur d’une vision commune de l’avenir chez les Libanais. Personne ne souhaite la partition du Liban. Il faudrait que le Liban devienne un sanctuaire de paix et de neutralité dans cette région.

La France a été du côté du Liban depuis le général de Gaulle, qui y voyait en 1964 « un modèle d’équilibre et de mesure pour la paix ». Quand la France soutient les chrétiens, c’est pour soutenir le Liban.

Mais nous, chrétiens, quand nous pensons au Liban, nous ne pensons pas uniquement aux chrétiens, nous pensons au pays tout entier. Plus que jamais, ma confession, c’est le Liban. Mais certains de nos chers frères musulmans, quand ils luttent, pensent « islam ». C’est leur culture. Notre différence se situe dans la culture universelle de l’Église. 

Revue des Deux Mondes – En tant que chef spirituel de la plus importante communauté religieuse catholique d’Orient, vous êtes l’un des chefs religieux les plus écoutés, les plus influents…

Bechara Boutros Raï C’est l’héritage du patriarche maronite. Nous n’avons pu ériger ni royaume ni État mais l’organisation de notre Église remonte à 686 avec l’élection du premier patriarche maronite, saint Jean Maron. C’est l’histoire qui a fait du patriarcat une instance nationale et nous maintenons cette tradition avec responsabilité et indépendance. Notre Église a traversé les siècles sans subir aucune division en restant fidèle à son enracinement oriental et son alliance avec le Vatican qui remonte aux croisés et à Saint Louis. Quand, récemment, j’ai fait le tour des dix-sept communautés religieuses du Liban, j’ai été presque mieux accueilli par les musulmans sunnites, chiites et druzes que par les chrétiens. Les alaouites, eux, viennent jusqu’à nous puisqu’il n’est plus possible d’aller dans leur région de Tripoli, où règne la loi de la jungle, du meurtre et de la destruction. J’ai été reçu comme un pasteur symbole d’un espoir de stabilité pour toutes ces communautés qui sinon se sentiraient abandonnées, délaissées. Il s’agit de faire entendre une autre voix que celle des intégristes. Le patriarche maronite représente la porte de la paix. Il est à la fois le patriarche des musulmans et des chrétiens.

Revue des Deux Mondes – Pourquoi dit-on que votre Église maronite est celle des « cinq non » ?

Bechara Boutros Raï Aux Mésopotamiens nous avons dit que nous étions araméens comme eux mais que nous n’étions plus païens. Aux juifs, que nous partageons avec eux l’Ancien Testament mais que nous croyons que Jésus est le fils de Dieu. Aux Byzantins, que notre langue était le syriaque et non le grec. Aux Latins, que nous étions comme eux mais pas de rite latin et aux Arabes que nous sommes comme eux arabes ou arabophones mais pas musulmans.
Revue des Deux Mondes – Avez-vous également une primauté sur les autres patriarches ?
Bechara Boutros Raï Le patriarche maronite est reconnu comme primat du Liban sur le plan ecclésial. Dernièrement, en pleine réunion du sommet islamo-chrétien, le métropolite orthodoxe de Beyrouth, Élias Aoudé, et le primat de l’Église syriaque orthodoxe, Ignace Zakka Ier Iwas, ont affirmé que l’Église au Liban est centrée autour du patriarcat maronite, qui est leur guide. Quant aux responsables religieux musulmans, Bkerké est le seul lieu où ils acceptent de nous rencontrer.
Revue des Deux Mondes – En plus d’être un chef spirituel, vous êtes également président de la Conférence épiscopale et président du Conseil des patriarches du Moyen-Orient. Vos propos ont-ils une portée politique ?
Bechara Boutros Raï En Orient, le patriarche a une place importante dans la société. Le communiqué mensuel du Conseil des évêques maronites est attendu par tous et diffusé à toutes les communautés dans le monde. Nous traitons des questions nationales sans toutefois parler des personnes ni des partis ou des choix politiques. Nous restons sur le plan des principes. Cela aide chacun à reconnaître que nous sommes au-dessus des clivages mais unis avec tous sans jamais compromettre les données et les constantes politiques nationales. La spiritualité maronite prône la liberté entre le croyant et Dieu.

C’est une des valeurs que vous défendez en France, où l’amitié avec l’Église maronite remonte au Moyen Âge. Saviez-vous qu’un patriarche élu ne peut visiter d’autres pays, excepté Rome, avant d’être venu en visite officielle en France ?
Revue des Deux Mondes – Quel est l’apport aujourd’hui de l’Église d’Antioche, l’une des plus anciennes de la chrétienté puisqu’elle remonte à l’apôtre Pierre ?
Bechara Boutros Raï Les maronites ont comme siège Antioche comme les melkites et les syriaques. L’église d’Antioche a été à l’origine une église prospère et influente. Quand en 1584 le pape Grégoire XIII a fondé le premier collège maronite à Rome, la communauté maronite s’est ouverte à l’Europe et au monde en général. Elle a pu jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Orient et l’Occident en véhiculant la culture occidentale en Orient, et la culture orientale en Occident. Beaucoup d’étudiants maronites ont occupé les grandes chaires des universités de France, de Madrid et de Rome. Il était courant d’entendre en Europe l’expression « savant comme un maronite ».

Aujourd’hui avec toutes les Églises réunies d’Antioche, nous travaillons pour découvrir ce que nous pouvons apporter à la société actuelle. Nous voulons témoigner de notre culture millénaire d’ouverture, de dialogue et d’initiative dans le monde arabe. Dans une société démocratique, l’Église peut jouer un grand rôle. Dans une situation théocratique où la source de la législation en tous domaines est le Coran, elle est limitée. Dans une société tyrannique plus encore. Ici, au Liban, nous bénéficions d’un régime démocratique. La liberté d’agir, de penser et d’écrire est réelle.
Depuis 2006, la fête de l’Annonciation est devenue une fête nationale grâce à l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, qui en a accepté le principe. Cela n’existe nulle part ailleurs dans le monde arabe. Nous descendons pourtant tous de la lignée d’Abraham. Maryam, à qui une sourate est consacrée, est même la seule femme dont le nom soit cité dans le Coran.
Revue des Deux Mondes – Qu’en est-il des syriaques, qui ont conservé des croyances chrétiennes immémoriales ? Parlent-ils toujours la langue du Christ ? Ont-ils réellement été les premiers à traduire Aristote, Ptolémée, Plotin ?
Bechara Boutros Raï Oui, ils ont joué un rôle important dans l’histoire. Les textes fondateurs qu’ils ont traduits se sont retrouvés ensuite dans les mains des traducteurs arabes avant que les chercheurs européens ne s’en emparent au XIIIe siècle. C’est au Liban sous l’Empire ottoman, en 1595 au couvent de Qazhaya, que naquit la première imprimerie du monde arabe, et elle a sauvé la langue syriaque-araméenne. Les religieux et arabes chrétiens cherchaient à échapper à la soldatesque des sultans en se réfugiant dans les montagnes de la « vallée sainte », la Qadisha.

Actuellement leurs descendants vivent en Syrie, en Iran, en Irak et dans le sud de la Turquie mais aussi en Europe et aux États-Unis.

Leur dialecte araméen est une langue sémitique devenue une langue écrite au début de l’ère chrétienne. Si les syriaques en ont conservé l’usage ainsi que dans leur liturgie, les maronites – sauf pour le clergé – l’ont progressivement abandonnée pour adopter l’arabe, langue de Mahomet.

Revue des Deux Mondes – Que vous a apporté votre formation chez les jésuites de Jamhour à Beyrouth ?

Bechara Boutros Raï C’est un collège de haut niveau culturel et moral où j’ai fait mes études complémentaires et secondaires. Les jésuites constituent une force dans l’Église, pas uniquement sur le plan de leur doctrine mais également sur le plan de l’esprit pédagogique qui prévaut. Ils nous ont beaucoup aidés dans l’apprentissage et l’acquisition d’une pensée rationnelle, claire et structurée. Les pères jésuites incarnent leurs valeurs. Ils sont curieux de toutes les cultures aux frontières de l’Église catholique.

À mon époque, les élèves musulmans assistaient au cours de catéchèse sans que personne ne les y oblige. Ils se rendaient nombreux à la messe sauf ceux qui n’y tenaient pas. Je me souviens d’un ancien camarade sunnite, Hassan Rifat, qui a obtenu tout au long de sa scolarité les premiers prix de catéchisme. Beaucoup des grandes familles de Beyrouth ont étudié chez les jésuites et en sont fiers. Parmi les chrétiens, on peut citer Amine Gemayel, l’ex-président de la République, son frère Bachir Gemayel, ou l’ambassadeur Bassam Tourba…

Revue des Deux Mondes – Qu’en a-t-il été de votre découverte de la spiritualité ignacienne avec la centralité de Jésus ?

Bechara Boutros Raï Si vous posiez cette question aux élèves musulmans qui étaient avec moi au collège, ils vous diraient que la centralité de Jésus était partout présente. Nous avons beaucoup appris en faisant la catéchèse mais surtout à travers l’exemple que donnaient les pères jésuites. J’étais un jeune moine paysan montagnard de 15 ans issu d’un milieu familial modeste quand les jésuites m’ont préempté comme boursier. J’arrivais du séminaire de l’ordre maronite, où j’étais entré à 12 ans pour suivre une formation théologique et religieuse, avec, comme le veut notre tradition de moine marianiste – qui voit dans la nature le souffle divin –, le rude apprentissage quotidien du labour et des autres travaux des champs.

En récréation, avec mon ami Hareth Boustany, qui est devenu le grand historien libanais spécialiste de la Phénicie, nous discutions de la foi, des saints païens de l’Ancien Testament tel le roi vertueux dans les pays du levant, la nuit tombe sur les chrétiens d’orient de la ville de Salem, l’ancienne Jérusalem. Et aussi des œuvres des grands écrivains catholiques, Mort où est ta victoire ? de Daniel Rops, Humanisme intégral de Jacques Maritain, l’Homme cet inconnu d’Alexis Carrel. Et Lourdes d’Émile Zola, ce grand roman de la douleur et de l’espérance dont l’auteur a fait le symbole de la lutte entre l’esprit de croyance et l’esprit de raison. J’ai rattrapé mon retard grâce à tous ces échanges passionnants sous un figuier centenaire.

Revue des Deux Mondes – Avez-vous des informations concernant le père jésuite italien Paolo Dall’oglio, refondateur du monastère catholique syriaque de Mar Musa, enlevé en Syrie en juillet 2013 ?

Bechara Boutros Raï Avant qu’il ne soit expulsé de Syrie en juin 2012, le provincial jésuite était venu me demander d’intervenir auprès des autorités syriennes pour plaider sa cause. « Dites-lui qu’il cesse de se mêler de politique », fut la réponse que j’obtins. C’est quand il est revenu clandestinement un an plus tard à Rakka, ville aux mains d’islamistes affiliés à al-Qaida, sans l’autorisation de son provincial ni de son évêque, qu’il a été kidnappé, le 29 juillet 2013. C’était malheureusement très risqué et dangereux pour lui.

Revue des Deux Mondes – Cet acte libre et courageux ne s’inscrit-il pas dans le droit-fil de la « radicalité » propre aux jésuites ?

Bechara Boutros Raï Comme religieux, il avait un devoir d’obéissance à respecter envers sa hiérarchie et ses supérieurs. C’était très imprudent de revenir en Syrie sans l’autorisation des autorités locales et sans papiers officiels. Nous réclamons toujours sa libération avec celle de deux autres prêtres – un Arménien catholique et un orthodoxe – ainsi que celle de deux évêques, Youhanna Ibrahim et Boulos Yazigi. Nous espérons qu’ils sont encore en vie. Mais nous n’avons pas de nouvelles d’eux, ce qui nous préoccupe beaucoup, d’autant qu’il n’y a eu aucune revendication. Le Qatar a promis de nous transmettre toute information qu’il pourrait obtenir. Mais pour l’instant nous ne savons rien.
Revue des Deux Mondes – Que sont devenues les douze religieuses grecques orthodoxes de Maaloula, où les rebelles n’ont pas respecté l’immunité d’un monastère dans une ville historiquement chrétienne ?
Bechara Boutros Raï Le pape François a lancé un appel pour les douze sœurs et « pour toutes les personnes enlevées en raison du conflit » en rappelant que de par le monde deux cents millions de fidèles du Christ ne peuvent vivre leur foi librement. On dit que les religieuses seraient à Yabroud, ville rebelle syrienne à une vingtaine de kilomètres au nord de Maaloula. Les rebelles, dont les djihadistes du Front el-Nosra qui occupent le couvent de Mar Taqla, réclament la libération d’un millier de détenus politiques en échange de leur liberté ! Elles sont donc utilisées comme otages et boucliers humains.

C’est ainsi qu’on cherche à faire fuir les chrétiens, par le biais de rapts, de pillages, de villages rasés et par la destruction d’églises ou l’occupation de monastères. En Égypte, depuis six mois, plus de soixante églises coptes ont été saccagées, brûlées ou bombardées.

Sans parler des écoles détruites comme tout ce qui porte le signe d’une appartenance aux chrétiens. La liberté de conscience n’existe pas chez les fondamentalistes islamistes. Qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, le pire ennemi des extrémistes est l’usage qu’ils font de la religion.

Revue des Deux Mondes – Pourquoi vous êtes-vous rendu à Damas dernièrement ?

Bechara Boutros Raï J’y suis allé pour assister à l’intronisation du patriarche orthodoxe et pour dire que nous, chrétiens, sommes une seule voix. C’était un geste fort, symbolique qui a été perçu comme tel par les chrétiens comme par les musulmans. Si vous venez chez nous à Beyrouth, cela veut dire que vous vous préoccupez de nous et nous le ressentons. En Orient nous vivons par et avec nos sentiments, qu’il est important pour nous de manifester.

Revue des Deux Mondes – Au début du conflit syrien, en septembre 2011, vous aviez opté pour une position médiane puisque les maronites sont divisés en deux camps – pro- et anti-syrien. Vous appeliez à des réformes par le dialogue en souhaitant « donner du temps au président syrien »…

Bechara Boutros Raï Ce qui me préoccupe, ce n’est pas la division des chrétiens, c’est la division des musulmans des deux branches antagonistes de l’islam, les sunnites et les chiites, et ses répercussions régionales et internationales. La grande question est : « Comment les réconcilier et couper court à cette montée fondamentaliste ? » Les maronites, eux, se partagent en deux camps : pro-Assad ou anti-Assad.
D’un côté on trouve les sunnito- chrétiens qui souhaitent un changement de régime en Syrie, et de l’autre les chiito-chrétiens qui considèrent que l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah apporte plus de garanties de survie aux chrétiens d’Orient qu’une alliance avec l’Occident. Mais sur toutes les affaires nationales, les chrétiens sont d’accord entre eux.
Revue des Deux Mondes – Avez-vous été mal compris ou soutenez-vous le régime de Bachar al-Assad ?
Bechara Boutros Raï Non, bien sûr, je ne soutiens pas le régime de Bachar al-Assad. Ce n’est pas dans la fonction d’un patriarche de soutenir tel ou tel régime, contrairement à ce qu’imaginent ceux que cela arrange. Je suis contre la guerre, contre la violence, contre la tyrannie et la dictature. Mais je refuse de passer du mauvais au pire. Un chef d’État occidental m’a répondu à cela : « I l ne faut pas sacrifier la démocratie au nom de la stabilité. »
Je voudrais profiter de cet entretien pour tenter d’éclairer l’Occident sur ce qu’il ne comprend pas de l’Orient. Vous m’avez posé cette question comme s’il s’agissait d’une évidence. Or l’Occident n’arrive pas à comprendre ni à admettre que les chrétiens respectent depuis toujours les autorités locales en place. C’est paradoxalement jusqu’à ce jour le meilleur garant de leur survie.
Revue des Deux Mondes – La laïcité sera-t-elle un jour concevable au Moyen-Orient ?
Bechara Boutros Raï La laïcité n’est pas acceptée par les musulmans et pas même au Liban. Elle est presque synonyme d’athéisme dans le lexique de l’islam. Si vous dites à un musulman le mot « laïcité », il le refuse. C’est presque une « hérésie » pour eux. En arabe nous disons « Dawla Madania » – par opposition à « État religieux » –, ce qui se traduit littéralement par « État dit civil » et se rapproche le plus du modèle laïc. Nous séparons religion et État sans toutefois dénigrer la religion. Au Liban, le Parlement ne légifèrera jamais sur des questions qui touchent à la religion comme l’avortement ou le mariage civil. En référence à l’article IX de notre Constitution unique dans le monde il est précisé que : « Le Liban rendant hommage à Dieu respecte toutes les religions, garantit leur statut personnel. » Le statut personnel englobe toutes les questions de religion. Donc la question du mariage civil est laissée aux autorités confessionnelles. La laïcité, c’est la séparation totale entre religion et État, et ici c’est impossible. Si vous dites à un Libanais qu’il est athée, vous lui faites une grande insulte. Même s’il l’est, il vous répondra qu’il est « plus croyant que votre habit noir ».

Revue des Deux Mondes – En quoi le Hezbollah peut-il se définir comme le Parti de Dieu ?

Bechara Boutros Raï Je respecte le Hezbollah mais cela me gêne. Pourquoi politiser Dieu ? Pourquoi dire que Dieu fait partie d’un parti ou qu’un parti relève de Dieu ? Les dignitaires se font appeler « les signes de Dieu ». Ayatollah signifie « le signe suprême de Dieu ». Or tout ce qui est radical est contre la religion, qui, à ce point politisée, ne relève plus de Dieu.
Revue des Deux Mondes – Mon ami l’historien Samir Kassir, assassiné en juin 2005, parlait d’un double sentiment de persécution et de haine de soi qu’ont les Arabes. Il pensait aussi que la démocratie dans le monde arabe passerait par un « printemps arabe » à Damas. Que pensez-vous des révolutions arabes ?
Bechara Boutros Raï Nous avons salué les manifestations populaires du « printemps arabe » en Tunisie, en Égypte, en Syrie. Mais que s’est-il passé tout d’un coup ? Comme par un tour de passe-passe « magique », ou plutôt tragique, ces manifestations populaires ont disparu. Les mouvements fondamentalistes ont pris la relève et la guerre civile est apparue. Telle est la situation en Égypte et aujourd’hui en Syrie, sans parler de la Libye !

Ces jeunes, quelle que soit leur religion, aspirent à la paix et veulent des réformes justes et attendues. Ils ont eu le courage de descendre dans la rue et ne souhaitent pas se livrer consentants aux mains rétrogrades des fondamentalistes. Bravo à la pression de la société civile égyptienne qui dit non à l’instauration d’une société islamique !

Le « printemps arabe », c’est bien autre chose que ce détournement grossier d’une démocratie piégée qui a tenté de revenir sur des acquis comme en Tunisie. Nous assistons au même phénomène en Syrie. Que les médias de masse véhiculent des mensonges ne signifie pas que l’on puisse cacher la vérité. C’est une révolution de l’homme et de l’estime qu’il doit avoir pour lui-même qu’il faut souhaiter. Et je m’adresse à ceux de l’ombre, ceux qui suscitent la terreur collective et soutiennent les groupes extrémistes pour déstabiliser un peu plus le monde arabe sur une telle échelle en dénaturant les espoirs des peuples.

Revue des Deux Mondes – Croyez-vous, comme Walid Jumblatt, le leader druze, que le monde arabe se meurt et qu’il va sombrer ?

Bechara Boutros Raï Non, ce n’est pas la fin du monde arabe ni la mort d’un peuple. C’est une très forte crise historique de la même portée que la fin de l’Empire ottoman et le découpage de la région qui s’en est suivi il y a plus d’un siècle. Il nous faut une réflexion unifiée de l’intérieur. Je ne suis pas utopiste mais le dernier mot ne peut jamais être le désespoir. C’est une très grave crise qui ressemble à celle d’un organisme vivant qui tomberait gravement malade. Tant qu’il n’est pas mort, il peut recouvrer la santé. Nous, chrétiens et musulmans, sommes tombés malades. Nous devons nous reprendre.

Souvenez-vous, dans son exhortation aux nations, le pape François a demandé au monde entier de « renoncer à la haine fratricide, au mensonge, à la prolifération et au commerce illégal des armes ». Il soulevait la question d’une économie mafieuse.

Je demande régulièrement, sans jamais recevoir de réponse, aux ambassadeurs des pays qui soutiennent les groupes extrémistes de réviser leur politique. Quid du marché des armes ? À quelles fins tant d’argent dépensé, tant d’appuis logistiques pour soutenir ces milices ? Tant de villes systématiquement détruites, tant de souffrances, tant de réfugiés dans le monde… Qui a intérêt à vouloir revenir au rêve du grand califat international ? Retrouverons-nous ces mêmes « sponsors de guerre » qui présenteront plus tard la facture de la reconstruction ? Toujours pas de réponse. Je ne sais plus qui a dit avec une triste ironie que Dieu a créé le monde, mais que l’économie le gère.

Revue des Deux Mondes – Merci, monseigneur. Une dernière question : pourquoi avoir choisi comme devise « amour et communion » ?

Bechara Boutros Raï J’ai choisi cette devise comme l’expression la plus représentative de la société libanaise. On ne peut pas vivre ensemble dans la haine de soi et de l’autre, ni dans la rancœur ou la rancune. Au Liban, nous avons besoin de nous sentir unis à Dieu pour créer une entente sur d’autres plans horizontaux. Si cette unité avec Dieu, qui est une verticale, est présente, alors il y a union avec tout le genre humain. On ne peut pas toujours rire et sourire car souvent on est ébranlé par tant de larmes et de traces de poudre dans l’encens de nos églises…

Mais dans le cœur, c’est toujours « communion et amour ». Merci à vous d’être venue à Bkerké, si près de Notre-Dame du Liban. C’est l’heure des vêpres, nous vous emmenons dans la prière.
Grand Interview réalisé par Isabelle Dillmann pour la revue des 2 mondes

dimanche 30 septembre 2012

Situation toujours très tendue à Alep.

Alep  - Des éléments armées de l'ASL s'en prennent à la maison d'une famille chrétienne.



Alep - Les souks sont incendiés et les antiquités volées.

Alep - Samedi 29 Septembre 2012 - Les souks de la ville d'Alep réputés pour être les plus beaux après ceux d'Istamboul et le Caire dont la longueur atteint 13 Km et datant du XIIème siècle sont incendiés l'un après l'autre par les bandes armés de l'Armée Syrienne Libre. Que fait l'UNESCO ? 

Des voleurs turcs s'en prennent aussi aux antiquités qu'ils volent et ramènent en Turquie. Des icônes du XVIe siècle sont volées et revendues. 

Le Patriarche Gréogoire III Laham : Ce qui nous protège ce n'est pas l'Occident mais notre histoire et notre civilisation.

Syrie - Samedi 29 Septembre 2012 - Le Patriarche Grégoire III Laham, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, a renouvelé son refus catégorique de toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie, soulignant que ce qui nous [chrétiens] protège ce n'est pas l'Occident, mais notre histoire et notre civilisation.

Le patriarche a indiqué dans une interview donnée à la télévision hier, qu'il priait pour la Syrie demandant à Dieu de protéger ses enfants de toute haine, condamnant les groupes terroristes armés qui commettent des actes criminels et des enlèvements de citoyens innocents dans le but de se procurer des fonds. Il a souligné que deux prêtres étaient détenus depuis plus de 70 jours sans que l'on ne sache ce qu'il est advenu d'eux.

Sa Béatitude le Patriarche a ajouté qu'il avait visité un certain nombre de villes et de régions de Syrie et qu'il était en contact quotidien avec les citoyens syriens qui lui affirment avec certitude la présence de combattants étrangers en grand nombre dans les rangs des groupes terroristes armés. Par ailleurs, le Patriarche a critiqué les positions du Père Paolo da l'Oglio vis à vis de la Syrie rappelant que le Père Paolo ce n'était pas la Syrie.

Dans un autre contexte, le Patriarche a insisté sur le fait que les dirigeants syriens assumaient leur mission officielle et qu'ils n'étaient affiliés à aucune partie contre une autre, travaillant en faveur de tous les syriens.

Il a également souligné l'importance de se consacrer à la réconciliation en Syrie tout en notant l'évolution positive du ministère chargé de la réconciliation nationale entre les diverses factions et tous les enfants de la Syrie.
Il a assuré que cette mesure positive était importante dans les circonstances présentes que traverse la Syrie, appelant au soutien à ce ministère, notamment de la part des autorités religieuses.

vendredi 7 septembre 2012

Patriarche Raï : "Les Chrétiens de Syrie sont attachés à la stabilité de leur pays".

AFP (Anwar Amro) - Le patriarche maronite a affirmé hier que les chrétiens de Syrie n’étaient pas en faveur du régime de Damas mais attachés avant tout à la stabilité de leur pays.

Mgr Béchara Raï s’exprimait près d’une semaine avant la visite du pape Benoît XVI au Liban, 15 ans après celle historique de son prédécesseur Jean-Paul II. Il était interrogé par l’AFP. « Aux Occidentaux qui disent que les chrétiens soutiennent le régime syrien, je leur dis : les chrétiens sont avec l’État et non pas avec le régime. Il y a une grande différence (...). Ils se soucient de la stabilité de leur pays, pas du régime », a-t-il déclaré. « En Irak, lorsque Saddam Hussein a été renversé, nous avons perdu un million de chrétiens. Pourquoi ? Pas parce que le régime est tombé, mais parce qu’il n’y avait plus d’autorité, il y a eu un vide », a insisté le patriarche. « En Syrie, c’est la même chose. Les chrétiens ne sont pas attachés au régime, mais ils ont peur du pouvoir qui va venir après », a-t-il souligné.

Le raz-de-marée islamiste dans des pays du printemps arabe a provoqué l’émoi des minorités chrétiennes déjà inquiètes pour leur survie et qui redoutent de voir le Moyen-Orient multi-religieux changer de visage. « On se pose tout le temps la question de l’avenir des chrétiens d’Orient », a affirmé le patriarche, précisant qu’ « en temps de guerre, de crises économiques et d’insécurité, tout le monde souffre, chrétiens et musulmans. Malheureusement, quelquefois, ils sont l’objet d’attaques comme en Égypte (contre les coptes) et en Irak. En Syrie, les chrétiens ont subi le sort des autres. Quand il y a eu des bombardements à Homs et Alep, ils ont fui », a-t-il poursuivi.

« Qui attaque les chrétiens ? Pas les musulmans modérés, qui représentent la majorité, mais les fondamentalistes qui les traitent d’infidèles », a rappelé Mgr Raï, insistant cependant pour que les chrétiens d’Orient soient traités comme des « citoyens de seconde classe » ou « des minorités à protéger ». « Ils sont là depuis 2 000 ans, avec l’avènement du Christ, et ils ont joué un rôle prépondérant dans leurs pays respectifs, tout comme les musulmans », a-t-il relevé.

Évoquant ensuite les divisions au Liban, Mgr Raï a rappelé la nécessité de devoir chercher à construire l’unité. « Mais ce n’est pas par magie que ça se fait », a-t-il déclaré, estimant que le pape devrait insister sur le « message de coexistence » entre chrétiens et musulmans que représente le Liban.  

dimanche 5 août 2012

Syrie : Le Patriarche Grégorios III Laham rejette tous recours aux armes par les chrétiens.

Monseigneur Grégorios III Laham

Grégorios III Laham, Patriarche d’Antioche, d’Alexandrie, de Jérusalem et de tout l'Orient pour les grecs melchites catholiques a rejeté les allusions et commentaires de certains médias relatifs à l’armement des chrétiens, en particulier à Damas.

Le Patriarche a expliqué la position de l’Eglise dans un communiqué, suite aux bruits qui ont été propagés autour de cette question. Il a ajouté qu’aucun responsable des autorités syriennes ne l’avait contacté concernant l’armement des chrétiens et que l’Eglise elle-même n’avait pris aucune initiative pour joindre ces mêmes responsables à ce sujet ; l’Institution ecclésiale grecque melchite catholique ne demandait nullement l’armement de ses fils et des paroissiens de Damas et de l’extérieur.

Le Patriarche a ajouté : « Nous considérons que toutes manœuvres, de quelque bord qu’il soit, pour armer les chrétiens, est une tentative de créer des dissensions confessionnelles exposant les vies de la minorité chrétienne à des actions hostiles et anonymes ».

Le Patriarche a poursuivi en affirmant : « Nous appelons l’ensemble des fils chrétiens de nos paroisses à rejeter toute proposition d’armement car le rôle des chrétiens est dans l’intermédiation et la réconciliation pour constituer un pont entre les fils de notre patrie unie, afin que leur rôle soit le plus beau message qu’ils puissent apporter en sauvant leur pays, la Syrie, et leurs frères de toutes les confessions.

Et le Patriarche de poursuivre : « C’est à cela que nous avons appelé et que nous ne cessons d’appeler depuis le début du conflit, en avril 2011. C’est le rôle de l’Eglise et de ses fidèles, du patriarche et des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses, des travailleurs engagés dans les diverses activités de l’Eglise. Nos églises, nos Institutions sont toutes des écoles de paix, de vertus, d’amour et de fidélité à la patrie et nos sociétés toutes entières sont des lieux d’apprentissage de l’amitié et de respect pour tous ».

Le Patriarche a terminé sa déclaration en s’adressant à Dieu afin qu’Il rétablisse et renouvelle l’amour dans les cœurs de tous les syriens, rejetant tous besoin de recours aux armes, de combat et d’usage de la violence afin que les syriens vivent comme les fils d’une même famille et d’une même nation, demandant au Seigneur d’accorder à la Syrie la foi et la paix.

mercredi 20 juin 2012

Regard de Grégoire III, Patriarche pour les Grecs Catholiques sur la situation syrienne.


Source : (Info Syrie) - Le 19 Juin 2012 - Cet article a été emprunté au site Info-Syrie dont les auteurs nous sont inconnus. Nous avons pensé utile et même nécessaire d'en propager la teneur, en raison de l'autorité que représente le Patriarche et la singularité de son point de vue.

À l’occasion du synode des métropolites (archevêques) de l’Église  grecque catholique, dite encore « melkite », qui se tenait à Beyrouth, Mgr Grégoire III Laham, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, a lancé, lundi 18 juin, un message clair de soutien à la Syrie telle qu’elle est et au processus de réforme initié par son président.

Agé de 78 ans, né à Damas, Grégoire III est patriarche de son Église depuis le 29 novembre 2000.  Cette dernière regrouperait 1 350 000 fidèles selon une estimation de 2005 : affiliée à Rome, elle est une des obédiences du catholicisme dit « oriental » et son siège est à Damas. Cette prise de position « pro-syrienne » n’a, il est vrai rien d’étonnant, Mgr Grégoire III étant à l’image de la communauté chrétienne syrienne qui n’est guère séduite (litote) par le radicalisme sunnite qui inspire l’essentiel de l »opposition armée et pas mal du CNS.

À Beyrouth, le patriarche d’Antioche « et de tout l’Orient » s’exprimait effectivement devant des dignitaires religieux catholiques venus de plusieurs pays arabes – outre la Syrie et le Liban, l’Égypte, la Palestine ou la Jordanie.

Dans un entretien accordé début février au grand quotidien libanais – plutôt de tendance pro-Hariri et anti-syrien, « L’Orient-Le Jour », le patriarche constatait que son pays était devenu l’otage des rivalités entre la Russie et les États-Unis. Et il se prononçait pour un changement interne en douceur, accompagné par Bachar. Sans doute un rien naïf, Grégoire III avait alors confié au journaliste Fady Noun que n’attendant rien des États-Unis, il mettait tous ses espoirs dans l’Europe, au nom du passé et du présent commun méditerranéen. Mais sans doute depuis le patriarche a-t-il eu le temps de revenir de ses illusions sur l’autonomie diplomatique des Européens par rapport aux Américains, et sur leur attachement à la cause des chrétiens d’Orient. Il est vrai que le chef spirituel reprochait déjà aux Européens de pousser les Syriens à la violence plutôt qu’au compromis. Aujourd’hui comme en février, Grégoire III préconise le dialogue entre Syriens, dans le respect du modèle laïc syrien.

Et il est quand même assez lucide sur la situation présente : en mai, dans un entretien accordé à un site catholique, il accusait les rebelles d’utiliser les catholiques comme boucliers humains face aux soldats de Bachar. Il dénonçait aussi les enlèvements nocturnes de fidèles et affirmait que la trêve était violée par les rebelles. Et affirmait ne pas croire à la responsabilité de l’armée dans la tuerie de Houla. Autant de réalités dont il a entretenu le pape Benoit XVI lors de l’entrevue que celui-ci lui a accordée le 15 mars. Le patriarche Grégoire III a notamment expliqué au souverain pontife que c’était aux Syriens seuls de trouver une solution quant à leur avenir. Benoit XVI l’a écouté attentivement.

Bref, le père spirituel des catholiques melkites est un vrai patriote syrien, modéré et partisan du dialogue entre ses compatriotes. Que n’écouteront donc jamais un Hollande, un Fabius, un Juppé.

mercredi 11 avril 2012

Monseigneur Grégoire III Laham : Si le régime syrien tombe, avec qui dialoguerons-nous ?

Le Patriarche grec-catholique, Mgr Grégoire III Laham, a estimé hier que « la discorde en Syrie est venue de l’extérieur alors que tout le monde vivait en paix », indiquant que « des maisons de Syriens chrétiens ont été brûlées à Qusayr, à Homs, et que des batailles entre chrétiens et musulmans ont eu lieu ».

Mgr Laham, qui s’exprimait dans le cadre d’un entretien à la chaîne du Courant patriotique libre, OTV, a affirmé : « Ceux qui se livrent à ces actes sont venus de l’extérieur. Ce ne sont pas les fils de la Syrie. (...) Ce qui se produit en Syrie est plus qu’un complot. Il existe une volonté internationale, occidentale et arabe qui est plus pesante qu’un complot et qui souhaite changer le régime. C’est cette volonté qui a fait échouer la mission des observateurs envoyés par la Ligue arabe. »

« Si le régime tombe, nous ne trouverons personne avec qui dialoguer », a ajouté Mgr Laham. « Je ne crois pas qu’il y a des manifestations pacifiques en Syrie. Il y en a eu quelques-unes. Mais les autres n’étaient pas pacifiques, mais armées. (...) Est-il croyable qu’un État qui dispose d’une armée disciplinée, forte et bien entraînée puisse tuer son peuple ? Les médias sont en train de semer la confusion sur le plan de l’information, surtout les médias occidentaux. Ils ne répercutent qu’un seul point de vue et ne prennent pas en considération celui de l’État », a-t-il ajouté.

L'Orient-Le-Jour - 11 Avril 2012.

lundi 10 octobre 2011

Le Caire : la réaction du Patriarche des coptes catholiques d'Alexandrie.




L’Egypte est sous le choc après de violents affrontements entre chrétiens coptes et forces de l'ordre dimanche soir au Caire. Une manifestation de coptes dans le centre de la capitale a dégénéré. 24 personnes ont été tuées et 200 autres blessées dans des affrontements avec les forces de l'ordre. Au moins 40 personnes ont été arrêtées dans la nuit à la suite à cette nouvelle flambée de violence.
Mathilde Auvillain à joint le cardinal Antonios Naguib, Patriarche des coptes catholiques d’Alexandrie 

« Nous avons tous été surpris, tristes, pour ces événements imprévus. Ce qui est très curieux, c’est que tout allait très bien, pacifiquement, et on a vu à l’improviste des attaques, des coups et des tirs contre les forces de l’ordre qui ont suscité aussi une réaction opposée.


On ne sait pas exactement d’où c’est venu et qui sont les personnes qui ont causé cela, car jusqu’ au début de l’après-midi tout allait pacifiquement. Cela reste une énigme et il n’y a aucune réaction de la part des responsables officiels. »

A l'origine de ces affrontements, une manifestation organisée par les coptes pour protester contre l'incendie d'une église dans le gouvernorat d'Assouan, au sud de l'Egypte.
Aujourd'hui, les chrétiens d’Égypte sont confrontés à la montée en puissance des salafistes, ces musulmans extrémistes réapparus sur la scène politique à la faveur de la révolution. Les coptes vivent dans l'angoisse. Récemment, l’église de Sole, voisine du quartier du Mokattam au Caire, a été détruite, les deux églises d’Imbaba en plein cœur du Caire ont été attaquées et brûlées, à Qena, le gouverneur copte a été mis à l’écart en raison de l’opposition des salafistes, des chrétiens qui souhaitaient restaurer une église voisine d’Assouan ont été menacés, les deux gardiens d’une église proche du Fayoum ont été assassinés.

Le Patriarche Antonios Naguib :

« Cela se répète souvent. Il y a un lieu de culte en construction, quelque fois c’est un lieu de culte sur lequel on fait une modification, et quelquefois c’est un lieu de culte qui est construit, avec des permis comme dans ce dernier cas. Mais les gens ne connaisse pas les procédures et ils considèrent que ça a été construit sans permis. Et vous savez, pour les églises il y a toujours cette procédure qui demande un permis de la part des responsables, soit du gouverneur, soit du ministère ou même du chef de l’État.»
Ce lundi 10 octobre, le Premier ministre égyptien Essam Charaf a appelé chrétiens et musulmans à la retenue. Selon lui un complot est en cours dans le but de provoquer le chaos et empêcher les élections qui devraient se tenir à partir du 28 novembre.

Ahmed Al Tayeb, le grand Imam d’Al Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite a demandé la tenue urgente d’un sommet entre chrétiens et musulmans.

Le Patriarche Naguib a lancé lui aussi un appel :

« Nous appelons nos fideles à suivre toujours, dans toutes les manifestations, ou bien les procédures, ou les demandes, la ligne pacifique, et je suis sûre que c’est ce qu’ils font.
Source

Et d’autre part aussi nous appelons les autorités à prendre les mesures nécessaires pour assurer aux chrétiens la possibilité d’avoir leur lieux de cultes sans entrer en affrontement avec les islamistes.»

Le Patriarche copte Chénouda III a dénoncé quant à lui ces violences et déclaré que « des inconnus se sont infiltrés dans la manifestation et ont commis les crimes que l'on impute aux Coptes », après une rencontre avec 70 responsables de son Eglise.

« Les Coptes ont souffert à maintes reprises de problèmes sans que les agresseur ne soient poursuivis », a-t-il ajouté, en appelant les autorités à « traiter les racines de ces problèmes ».

Le Patriarche a également invité les Coptes à un jeûne de trois jours à partir de mardi « pour ramener la paix en Egypte ».

Vatican : Le cardinal Sandri condamne les violences du Caire

Mise à jour: 10/10/2011 16.53.41L’Egypte est sous le choc après de violents affrontements entre chrétiens coptes et forces de l'ordre dimanche soir au Caire. Une manifestation de coptes dans le centre de la capitale a dégénéré faisant de nombreux morts et blessés : 24 personnes ont été tuées et 200 autres blessées. Au moins 40 personnes ont été arrêtées dans la nuit à la suite à cette nouvelle flambée de violence.


Les heurts suscitent de vives inquiétudes pour la fragile transition politique et ont relancé les craintes d’aggravation des tensions confessionnelles.

Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation romaine
pour les Églises orientales, souligne l'importance du respect de la dignité humaine et de la liberté religieuse. Il est interrogé par Romilda Ferrauto.

« Nous sommes très proches de nos frères coptes chrétiens, de tous ceux qui sont morts et des familles qui souffrent en ce moment triste de la vie du pays.



Nous souhaitons que les autorités, que la communauté internationale puissent aider à surmonter ces moments de tensions, et surmonter les agressions qui ont lieu en Egypte avec la mise en œuvre de toutes les forces de sécurité qui apportent sérénité à tous les habitants du pays. » (...)

« Nous souhaitons que l’Egypte, avec toutes ses composantes, puissent contribuer à la construction d’un pays dans lequel la démocratie, le respect de la dignité humaine, et le respect de la liberté religieuse puissent donner un futur de paix, de sérénité et de prospérité à tous.»
***
Mathilde Auvillain à joint ce lundi matin le cardinal Antonios Naguib, Patriarche des coptes catholiques d’Alexandrie

« Nous avons tous été surpris, tristes, pour ces événements imprévus. Ce qui est très curieux, c’est que tout allait très bien, pacifiquement, et on a vu à l’improviste des attaques, des coups et des tirs contre les forces de l’ordre qui ont suscité aussi une réaction opposée.

On ne sait pas exactement d’où c’est venu et qui sont les personnes qui ont causé cela, car jusqu’ au début de l’après-midi tout allait pacifiquement. Cela reste une énigme et il n’y a aucune réaction de la part des responsables officiels. »

A l'origine de ces affrontements, une manifestation organisée par les coptes pour protester contre l'incendie d'une église dans le gouvernorat d'Assouan, au sud de l'Egypte.
Aujourd'hui, les chrétiens d’Égypte sont confrontés à la montée en puissance des salafistes, ces musulmans extrémistes réapparus sur la scène politique à la faveur de la révolution. Les coptes vivent dans l'angoisse. Récemment, l’église de Sole, voisine du quartier du Mokattam au Caire, a été détruite, les deux églises d’Imbaba en plein cœur du Caire ont été attaquées et brûlées, à Qena, le gouverneur copte a été mis à l’écart en raison de l’opposition des salafistes, des chrétiens qui souhaitaient restaurer une église voisine d’Assouan ont été menacés, les deux gardiens d’une église proche du Fayoum ont été assassinés.

Le Patriarche Antonios Naguib :

« Cela se répète souvent. Il y a un lieu de culte en construction, quelque fois c’est un lieu de culte sur lequel on fait une modification, et quelquefois c’est un lieu de culte qui est construit, avec des permis comme dans ce dernier cas. Mais les gens ne connaisse pas les procédures et ils considèrent que ça a été construit sans permis. Et vous savez, pour les églises il y a toujours cette procédure qui demande un permis de la part des responsables, soit du gouverneur, soit du ministère ou même du chef de l’État.»

Ce lundi 10 octobre, le Premier ministre égyptien Essam Charaf a appelé chrétiens et musulmans à la retenue. Selon lui un complot est en cours dans le but de provoquer le chaos et empêcher les élections qui devraient se tenir à partir du 28 novembre.
Ahmed Al Tayeb, le grand Imam d’Al Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite a demandé la tenue urgente d’un sommet entre chrétiens et musulmans.

Le Patriarche Naguib a lancé lui aussi un appel :

« Nous appelons nos fideles à suivre toujours, dans toutes les manifestations, ou bien les procédures, ou les demandes, la ligne pacifique, et je suis sûre que c’est ce qu’ils font.


Et d’autre part aussi nous appelons les autorités à prendre les mesures nécessaires pour assurer aux chrétiens la possibilité d’avoir leur lieux de cultes sans entrer en affrontement avec les islamistes.»

Le Patriarche copte Chénouda III a dénoncé quant à lui ces violences et déclaré que « des inconnus se sont infiltrés dans la manifestation et ont commis les crimes que l'on impute aux Coptes », après une rencontre avec 70 responsables de son Eglise.

« Les Coptes ont souffert à maintes reprises de problèmes sans que les agresseur ne soient poursuivis », a-t-il ajouté, en appelant les autorités à « traiter les racines de ces problèmes ».

Le Patriarche a également invité les Coptes à un jeûne de trois jours à partir de mardi « pour ramener la paix en Egypte ».

lundi 3 octobre 2011

Le débat sur les Chrétiens d'Orient continue : Le Patriarche, les catacombes et la révolution.


Chrétiens d’Orient

Le Patriarche, les catacombes et la « révolution »

Le Patriarche, les catacombes et la « révolution »
par Mère Agnès-Mariam de la Croix - Source
Après avoir contraint à la démission l’ancien patriarche maronite, le Saint-Siège a favorisé l’élection de Mgr Boutros Béchara Raï, avec pour mission de défendre l’ensemble des chrétiens d’Orient aussi bien face à l’extrémisme musulman que face aux projets états-uniens qui l’alimentent. Lors de sa première visite officielle en France, le nouveau patriarche, rompant avec la langue de bois ecclésiastique, a clairement reproché au président Sarkozy de participer à une action de déstabilisation de la Syrie dont les chrétiens d’Orient seront les premiers à faire les frais. Sœur Agnès-Mariam de la Croix souligne l’espoir que ce revirement politique a fait naître dans sa communauté.

Réseau Voltaire | 22 septembre 2011 

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En octobre 2010, le Saint-Siège a organisé au Vatican un synode spécial pour les Églises d’Orient. Celui-ci a fixé une nouvelle ligne politique d’ancrage du catholicisme dans la culture arabe, de soutien à la cause palestinienne, et de refus du « remodelage [états-unien] du Moyen-Orient élargi ». Il existe sept Églises orientales reconnaissant l’autorité papale : le Patriarcat latin de Jérusalem, l’Église catholique syriaque, l’Église maronite, l’Église catholique chaldéenne, l’Église grecque-catholique melkite, l’Église catholique arménienne, l’Église catholique copte. Les maronites sont les plus nombreux avec 3 millions de fidèles.

Les chrétiens du Moyen-Orient ont suivi avec le plus grand intérêt la visite protocolaire du Patriarche maronite Mgr Boutros Béchara Raï en France [1]. On n’en revenait pas d’entendre de la bouche du Pasteur ce que chacun d’entre nous aurait souhaité dire au monde. Pour quelques jours les chrétiens se sont sentis dignes et libres, loin de toute récupération du langage et de toute sophistication des idées qui les obligeaient à se contenter de vivre dans les catacombes de l’actualité.

Il faut avoir vécu la guerre du Liban, celle de l’Irak ou le génocide arménien, pour savoir ce que c’est que d’être court-circuité par les moyens de (dés) information et de ne plus faire partie du consensus mondial, de sorte à subir l’injustice tout en étant vilipendé. En ces temps-là, les chefs religieux devaient, par égard pour leurs ouailles, relativiser les sévices commis contre elles. Ultime humiliation : il fallait ne jamais transgresser le politiquement correct même pour stigmatiser une injustice, une répression ou un génocide.
Que les régions chrétiennes soient bombardées jour et nuit par une armée arabe venue pour instaurer la paix, au Nom de Dieu on réclamait le silence et la patience ; que les chrétiens soient chassés hors de leur région, massacre aidant, dans le cadre d’une redistribution démographique programmée, on insistait sur la nécessité de pardonner ; qu’ils soient persécutés au point de prendre le chemin de l’exil laissant à d’autres leurs biens meubles et immeubles, on leur disait qu’il était inutile de réclamer. En ces temps-là, leurs pasteurs ne se permettaient pas l’imprudence de contrarier les bourreaux et moins encore les commanditaires internationaux de ces derniers.

Qu’ils soient dissidents ou sympathisants du régime, les chrétiens ont toujours tort. Au Liban ou jadis en Arménie, ils avaient tort de réclamer leur indépendance. En Irak ou en Syrie, ils ont tort de ne pas trahir leur pays. Ils ont tort de ne pas se plier aux diktats des grandes puissances qui un jour répriment la dissidence et un autre l’imposent.

C’est ainsi que les chrétiens des pays arabes payent la dette d’être en trop sur l’échiquier de la région. C’est sans doute pour leur épargner de plus grandes souffrances que leurs pasteurs ont préféré vivre dans les catacombes du silence, les entraînant à y résider avec eux. Il faudrait avoir été obligé, manu militari et in nomen Dei (par la force des armes et au Nom de Dieu) à rentrer dans ces catacombes-là pour comprendre la libération que sentent aujourd’hui beaucoup de chrétiens grâce aux prises de position courageuses de ce Patriarche à qui « la Gloire du Liban a été donnée ». Oui, ils constatent que les temps ont changé puisque leur Pasteur ose dire simplement ce qu’ils pensent dans le secret : leurs peurs, leurs désirs, leur vérité.

Les chrétiens sont tellement reconnaissants que « leur » Patriarche ne craigne pas d’affronter le tollé d’une opinion publique massivement ralliée à des thèses préfabriquées. Oh comme ils apprécient que cet homme de Dieu n’ait pas peur des voix dissidentes qui se sont élevées à l’intérieur même de son troupeau. Ils reconnaissent en ce Patriarche le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

C’est un miracle qu’un Patriarche parle à l’encontre de la majorité bien pensante du Nouvel Ordre Mondial. C’est une révolution que les chrétiens des catacombes du mutisme et de la répression retrouvent un chef qui dise leur vérité nue sans additifs ni édulcorants. Le monde en a été suffoqué, les médias abasourdis, les chancelleries, la française en premier, n’en reviennent pas que de l’Église d’Orient puisse sortir un chef tellement ancré dans la véracité qu’il n’a pas froid aux yeux pour dire simplement ce qu’il pense.

La gêne qui l’accueille montre à quel point, sans le savoir, nous avons tous glissé dans un totalitarisme d’un genre nouveau, aussi dangereux que larvé.

Depuis des mois nous pouvons constater, en zappant entre les diverses chaînes satellitaires d’information, que partout c’est le même son de cloche, la même version. On se croirait dans les pires moments de la PropagandaStaffel à cette nuance près que chaque chaîne déploie différemment les artifices du tridimensionnel multicolore pour enjoliver la ration pour dupes qu’elle propose à ses téléspectateurs. Cette information « unifiée » et monopartite administrée sous forme d’intérêt militant pour la démocratie et la liberté des peuples opprimés, est ingurgitée pieusement et massivement par les téléspectateurs qui ont peur de se départir des scénarios qui leur sont inlassablement évoqués et présentés. Aussi, c’est avec soulagement et gratitude que les chrétiens non gagnés aux thèses fallacieuses des maîtres du monde, accueillent les courageuses et franches assertions du Patriarche concernant la situation dramatique liée au « printemps arabe ». Face à ce printemps qui a déjà fait plus de 60 000 morts en Libye, Béchara Raï reste dubitatif quant à sa portée réelle sur le présent et l’avenir de la démocratie au Moyen-Orient en général et au sort des chrétiens en particulier. Il le dit en toutes lettres : « Il est nécessaire pour tous les régimes de la région de respecter leurs peuples mais la théorie du soulèvement romantique des opprimés contre les régimes dictatoriaux est caricaturale. L’action de la communauté internationale, que ce soit au niveau des États ou du Conseil de sécurité, devrait tenir compte de ce paramètre. » Pour la Syrie il le dit haut et fort : «  Nous redoutons une guerre civile ou l’avènement d’un régime radical, ainsi que le démembrement du monde arabe en mini-États confessionnels qui ne conviendraient qu’à Israël. » [2]
Et de préciser : « Que se passe-t-il en Syrie ? Y aura-t-il une guerre sunnito-alaouite dans ce pays ? Ce serait non pas une démocratie mais un génocide. Lorsque des sociétés sont victimes de guerres, de crises économiques et de privation des droits élémentaires de l’homme, nous ne pouvons que nous inquiéter pour les chrétiens, parce que nous ne voulons pas qu’ils soient traités en tant qu’étrangers. Lorsque les régimes dans certains États sont religieux (...), nous vivons en danger permanent ».
Aussi, fidèle aux orientations générales de l’Église Catholique, le Patriarche favorise l’option d’un état civil avec la séparation du politique et du religieux, seule garantie contre les « déviations » du confessionnalisme.
Auprès des officiels français, le Patriarche n’a pas craint d’évoquer le sort des chrétiens dans les pays dont les régimes ont été renversés, ou dans les pays en proie à des soulèvements populaires. « Il est nécessaire d’aider les chrétiens du monde arabe aux plans matériel, humain et spirituel, pour leur permettre de tenir bon dans leurs pays respectifs ».

Je cite en son entier le rapport de presse de Louis Denghien du site InfoSyrie paru le 9 septembre 2011 :
« Au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 8 septembre, le nouveau patriarche maronite Mgr Bechara Raï a mis l’Occident et la France en garde contre la percée de mouvements islamistes radicaux dans le monde arabe, à la faveur des révoltes et révolutions en cours. Et le 77e patriarche de l’Église chrétienne maronite a clairement dit que la Syrie n’était pas totalement à l’abri d’une sanglante subversion de type islamiste. Il a du reste invité les occidentaux à donner "plus de chance à Bachar al-Assad" pour mettre en application les réformes politiques et sociales annoncées en juillet. "En Syrie, le président n’est pas comme quelqu’un qui, à lui seul, peut décider des choses. Il a un grand parti Baas qui gouverne. (Assad) lui, en tant que personne, est ouvert" a notamment déclaré le patriarche d’Antioche qui a encore précisé : "Nous ne sommes pas avec le régime, mais nous craignons la transition".
Fin de citation [4].



Mgr Raï, qui est libanais, s’est également étonné que les pays occidentaux s’opposent à l’armement de l’armée libanaise, ou refusent de faire appliquer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies relatives au retour des Palestiniens dans leur pays.

À dire vrai, Mgr Raï n’est pas si naïf : il a mis les pieds dans le plat géopolitique en remarquant, au cours de sa conférence de presse, que les pays occidentaux n’étaient soucieux que des intérêts d’Israël. "Tout ce qui se passe dans les pays arabes, émiettant leur unité, va dans l’intérêt d’Israël" a précisé le patriarche qui s’est encore "interrogé" sur le type de démocratie que les États-uniens avaient installée en Irak. Le patriarche, qui se trouvait à Paris pour participer à la Conférence des évêques de France, devait se rendre à Lourdes jeudi soir.

Mgr Bechara Raï n’est certes pas le premier dignitaire chrétien à s’inquiéter ouvertement de la montée en puissance, notamment militaire, des groupes islamistes radicaux en Syrie [3]. Recevant les lettres de créances du nouvel ambassadeur syrien auprès du Saint-Siège, le 9 juin dernier, le Pape, tout en appelant en substance le gouvernement de Damas à privilégier le dialogue par rapport à la répression avait eu ces mots : "Pour faire progresser la paix dans la région, une solution globale doit être trouvée. Celle-ci ne doit léser les intérêts d’aucune des parties en cause et être le fruit d’un compromis et non de choix unilatéraux imposés par la force. Celle-ci ne résout rien, pas plus que les solutions partielles ou unilatérales qui sont insuffisantes". Une ou deux pierres symboliques dans le jardin des puissances occidentales, très pressées de faire de la Syrie un nouvel Irak, au risque de contraindre à leur tour les chrétiens syriens à choisir entre la valise et le cercueil !

Dans ses prises de position, le Patriarche Raï était en harmonie avec celles du Patriarche grec orthodoxe Ignace IV Hazim et du Patriarche grec-catholique Grégoire III Laham. Il s’est interrogé sur le genre de démocratie que les puissances occidentales privilégient en Orient. « De quelle démocratie s’agit-il en Irak, à la lumière de l’exode massif des chrétiens de ce pays ? ». Le chef de l’Église maronite a manifesté sa crainte que le processus entamé pour renverser le régime syrien —dont il n’a pas caché les vices— ne mène à un exode massif des chrétiens et à une guerre civile aux conséquences désastreuses pour toute la région.

Sans craindre de prendre une position contraire à celle de la France, le Patriarche Raï a parlé avec respect du Président Bachar El Assad —de qui le Président Sarkozy affirme qu’il est « fini » [5]— et a demandé qu’une chance soit donnée à son plan de réforme. Il soulignait indirectement son désaveu de toute ingérence extérieure et de toute escalade para militaire dans le processus de démocratisation de la Syrie.

Le Patriarche n’a pas eu peur de contrecarrer les médias de la désinformation. Il a exprimé sa sollicitude et son inquiétude pour l’avenir des minorités chrétiennes du Moyen-Orient, plus précisément en Syrie où, affirmait-il, l’instauration d’un régime religieux d’obédience sunnite allait mener à une alliance entre sunnites syriens et sunnites libanais ce qui exaspérerait les tensions entre Sunnites et Chiites dans la région.

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Mgr Béchara Raï, 77e patriarche de l’Eglise maronite, lors de sa visite à Paris.

Revenir aux catacombes pour concilier l’avenir ?

Les positions pastorales du Patriarche maronite ont été reçues disgracieusement par les chrétiens de la nouvelle opposition libanaise qui ont essayé de jeter de la poudre aux yeux de l’opinion publique en dénonçant « des propos confessionnels discriminatoires » de la part de leur chef religieux.

Ces positions politiques veulent, par précaution, ménager la sensibilité de l’opposition syrienne qui, jouissant de l’appui international, est sûre de renverser le régime. Les chrétiens ne devraient donc pas prendre trop clairement position contre l’opposition syrienne. Ils prônent en définitive encore et toujours les catacombes pour les chrétiens du Moyen-Orient. Mais, pour toute personne non engagée politiquement, comment justifier l’injustifiable devant les crimes confessionnels de Qusayr, de Homs ou de Kafarbohom, perpétrés par des sunnites contre des chrétiens ou des alaouites ? Ces actes barbares cherchent à fomenter la guerre civile en comptant sur les actes de vengeance de la part des familles des victimes.

Il faut venir en Syrie et, notamment, à Homs ces jours-ci pour voir de ses propres yeux l’incroyable réalité des groupuscules terroristes qui, protégés par le silence international, dévastent la ville et, plus précisément, les vieux quartiers chrétiens du centre. Une amie syro-arménienne, était avec son mari et son fils, médecins de profession, dans leur clinique privée dans le quartier Bab Sbah lorsque les « révolutionnaires » entourèrent le quartier et empêchèrent les habitants de sortir de chez soi, les prenant pour des boucliers humains contre l’offensive de l’armée. Arminée me raconte : « Nous avons essayé de sortir de l’immeuble par la porte de derrière pour regagner notre appartement. Mais les rebelles nous ont surpris avec des jets de flamme pour nous dissuader de partir. Mon mari a essayé de les convaincre : en effet je suis cancéreuse, et rester la nuit à même le sol dans la clinique, était impensable pour moi. Mon mari a risqué sa vie pour demander à parler aux rebelles. À sa grande surprise il a noté qu’ils étaient sous stupéfiants, et n’avaient aucun sens de la réalité. Ils ne sont pas syriens, leur accent les trahit. Malgré nos supplications ils ont refusé de nous entendre et ont repoussé mon mari à l’intérieur. De loin, leur chef, tirait en l’air et leur faisait signe de fermer la porte de l’immeuble. Nous avons passé à même le sol une nuit d’enfer. Ce n’est que le lendemain, lorsque l’armée est entrée, que nous avons pu rejoindre notre appartement, faire nos valises et…partir vers le littoral en attendant la pacification de la ville ».

Cette présence d’une cellule terroriste multinationale avait été corroborée par divers témoins. Homs est une ville importante qui commande la route internationale entre Damas et Alep et Damas et le littoral. Par là transitent les marchandises en provenance des ports de Lattaquieh ou de Tartous. Par là passent les caravanes en provenance d’Alep ou d’Idleb. Si Hama avait une signification culturelle essentiellement sunnite, Homs est une ville stratégique et est appelée à être la Benghazi de Syrie.

Nous ne pouvons que regretter la position timorée ou hostile de clercs ou de laïcs chrétiens « bien pensants » qui continuent à être influencés tout simplement par la campagne de désinformation médiatique et qui s’indignent des descriptions en temps réel de ceux qui vivent les évènements en Syrie avec le souci d’informer, sans parti pris politique. Il n’y a qu’à suivre l’évolution des évènements et lire entre les lignes des médias pour se rendre compte que cette version « vécue » est la bonne. Depuis le début nous témoignons d’une situation qui n’est pas uniquement celle d’une opposition pacifique et populaire contre un régime sanglant. Un agenda international récupère ce schème pour déstabiliser impunément la région et redessiner ses contours au profit de nouveaux gouvernements marionnettes d’obédience religieuse sunnite pour qui la démocratie est le droit d’imposer la sharia islamique à tous les citoyens d’une manière autrement obligatoire que les régimes laïcs en voie de disparition forcée.

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Comme en Libye, il existe deux oppositions en Syrie : l’une —nationaliste—, souhaite une alternance politique la plus pacifique possible, l’autre —fabriquée par les puissances occidentales et du Golfe— organise un guérilla pour justifier une intervention militaire étrangère et un changement de régime.
La nouvelle phase de la révolution syrienne

Revenons à Homs : depuis le début des manifestations décrites unanimement par les médias de la désinformation comme étant « pacifiques » les rangs étaient infiltrés par des activistes qui avaient pour mission de semer le désordre et inciter les forces de l’ordre à la riposte. Très vite, comme durant le fameux dimanche des Rameaux, les terroristes hirsutes, ont envahi certaines rues de Homs pour tout casser et provoquer un état de siège.

La majorité des habitants de la ville attendait depuis des mois l’intervention décisive de l’armée. Ils ont vécu des exactions, des exécutions sommaires, un état de siège et une loi martiale de la part des insurgés. La pression internationale a ralenti le pouvoir décisionnaire de l’État. Aujourd’hui c’est fait. L’armée encercle Homs et somme les insurgés de se rendre. Ces derniers ont enfin fait surface avec leur armement léger et lourd et leurs formations jihadistes implacables. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l’insurrection syrienne : celle de la guerre de rues grâce à la présence de cellules sunnites combattantes, auparavant dormantes et aujourd’hui bien alertes.
Ce saut d’une insurrection armée larvée, occultée par les médias, à une insurrection armée publique, justifiée par les médias, a été préparé par une reformulation de la stratégie de la révolution syrienne.
Pour Rami Khouri, analyste basé à Beyrouth, la chute de Kadhafi « montre qu’il y a différents moyens de faire tomber les régimes arabes (…) Une fois que le mouvement est lancé et que la bonne combinaison est là —volonté populaire de changement et soutien régional et international—, aucun régime ne peut résister. En Syrie cette combinaison entre un soulèvement populaire et un soutien régional et international existe. Ces régimes autoritaires, aussi forts soient-ils, finissent par chuter », prédit-il. Pour lui, la révolte de la majorité chiite à Bahreïn, petit royaume dirigé par une dynastie sunnite, n’a pas abouti car elle n’était pas soutenue à l’étranger… « Louaï Hussein, une figure de l’opposition syrienne, craint que la victoire des rebelles libyens ne renforce ceux qui, en Syrie, appellent le mouvement jusqu’ici largement pacifique à prendre les armes. "J’ai peur que certains opposants pressés de faire tomber le régime, que nous avons toujours mis en garde contre une réplique du modèle libyen, aient maintenant recours aux armes", dit l’écrivain. » [6]

C’est chose faite. Sur son blog, Ignace Leverrier introduit avec une emphase pathétique ce qui « justifie » le recours aux armes de l’opposition :

« Ce qu’il est malheureusement en voie de gagner (le régime syrien), c’est le défi cynique d’entraîner certains de ses concitoyens, uniquement avides de liberté et de dignité mais trop longtemps exposés dans l’indifférence internationale aux balles des militaires, aux tortures des moukhabarat et aux exactions des shabbiha, à céder à la tentation de recourir aux armes. Faut-il rappeler que "cynique", qui en grec renvoie au chien, signifie la perte de tout sens moral ? » [7].

Ce développement stratégique ne se heurte à aucune prévention (?) car l’opinion publique a été préparée à une diabolisation du régime face à une canonisation de l’opposition. Cela est dû en majeure partie aux rapports fallacieux de Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme sis à Londres, dont la mission est de faire un décompte quotidien des « morts » et « blessés » parmi les opposants, jamais du côté adverse. Ce décompte morbide falsifie la réalité au gré des besoins médiatiques et est reçu sans plus de vérification par la presse internationale.

Présentées comme étant des quêtes démocratiques populaires, les manifestations sont le trompe-l’œil trouvé pour faire exploser la situation en Syrie et justifier, au cas où le besoin se présenterait, une intervention militaire à la manière libyenne. Avec les prises de position des chefs religieux chrétiens, et, en particulier, les assertions sans équivoques du Patriarche maronite, puis la déclaration du Secrétaire de la Ligue Arabe Nabil Arabi, en conclusion de sa visite à Damas, la recolonisation de la Syrie semble être encore relativement éloignée de la portée « humanitaire » des stratèges de l’Otan. Rendons grâces à Dieu et espérons que les réformes que nous souhaitons tous deviennent une réalité patente pour éviter le pire où tous nous retournerions aux catacombes.
Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.