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jeudi 21 janvier 2016

Par la concorde et l'entente, le Liban retrouvera son rôle de modèle pour la région.

Le 21 Janvier 2016 - Alors que la concorde au Liban a souvent été fonction des équilibres et de l'entente au niveau régional, voire international, nous nous risquons ici à exprimer l'espoir d'un renversement des flux d'influences.

L'entente entre MM. Geagea et Aoun qui a été annoncé il y a deux jours, donne le ton. Elle orientera nécessairement les pourparlers et le dialogue national en direction d'une pacification étendue aux rapports inter-libanais, sunnites-chiites.

Certes, le Liban est un pays difficile à gouverner et sa société demeure très complexe ; toutefois si dans ses moeurs politiques, ses dirigeants décident d'adopter des démarches pacifiques, courageuses et radicales comme celle-ci, l'espoir devient permis qu'un jour nous voyons l'intérêt de ce pays et de sa population placé, au moins à la périphérie des décisions politiques de ses gouvernements successifs.

Une pax libanaise à l'intérieur de ses frontières, entre les tendances  qui s'affrontent dans le reste de la région, serait de bon augure pour les pays voisins car le Liban tant rêvé, symbole, modèle et exemple de démocratie et de respect entre les confessions, pourraient alors présenter les germes d'une réalité concrète.

Comment Chiites et Sunnites pourraient-ils encore s'affronter en Syrie et en Irak, entre l'Iran et l'Arabie, alors qu'ils ont trouvé un terrain d'entente commun au Liban ? Comment juifs et palestiniens pourraient-ils encore se faire du mal, tandis qu'ailleurs ceux qui s'étaient proclamés ennemis se rapprochent autour d'une plateforme commune ? Le Liban, de retour dans ses Institutions, dont le fonctionnement démocratique est sûrement à améliorer, serait la preuve que l'entente entre les parties en conflit est réaliste et possible. 

Un pays pacifié, équilibré au niveau de ses rapports interconfessionnels, remettant ses Institutions en marche, a toutes les chances d'améliorer sa situation socio-économique ; Il laisse espérer une certaine prospérité pour un plus grand nombre et, espérons-le, un recul de la corruption avec moins de corrompus.

Durant les décennies précédentes, le Liban aura expérimenté bien des situations négatives : La guerre qui a mené à l'échec pour tous, la division qui a conduit à l'irrespect de tous, la corruption qui entraîné la paralysie des Institutions, enfin une mer d'ordures qui a conduit à l'humiliation de tous les habitants.

Le pays des Cèdres connaîtra-t-il dans le futur une évolution positive ? Les prémices de l'entente chrétienne à laquelle nous venons d'assister favorisera la victoire de tous ; l'union progressive entre les libanais forcera obligatoirement le respect du reste du monde ; un sens accru du bien commun développé chez les dirigeants amènera inéluctablement une justice plus honnête et la prospérité pour un plus grand nombre ; une meilleure organisation de la vie publique et un environnement plus sain, redonnera immanquablement à plus de libanais la fierté de leurs cèdres et le goût de revivre dans le pays.

L'entente Geagea-Aoun, au cas où elle dissimulerait un accord privé entre les deux hommes, n'en reste pas moins une démarche positive et honorable ; elle ouvrirait la voie à une alternance de sensibilités et d'orientations politiques dans la Présidence du Liban et en conséquence à plus de tolérance. Que les autres candidats en lice, MM. Amine Gemayel, Sleiman Frangié et Henri Hélou ne s'en outragent pas ; la dynamique engagée doit pouvoir les intégrer dans un projet large et ambitieux, car si le Liban est un petit pays, les libanais peuvent former un grand Coeur, à même de prévoir une place pour tous. Leur réputation d'hospitalité s'étend très loin au-delà des frontières. 

Cela ne suffit pourtant pas. Encore faut-il que les Présidentiables admettent qu'ils ne seront jamais seuls à "sauver" le Liban ; ils ont tous besoin du peuple; ce sont, en fait, les libanais unis les uns aux autres qui, tous ensemble, formeront le « Héro » du pays et mériteront un jour, peut-être le prix Nobel de la paix.

Le Veilleur de Ninive 

dimanche 25 octobre 2015

Que pense le Sayyed Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, de la politique américaine ?

Beyrouth, le 24 Octobre 2015 - Le Secrétaire Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a lancé hier une attaque virulente contre la politique des États-Unis dans la région, dont il a stigmatisé les relations avec l'Arabie saoudite.

Dans un discours de près d'une heure qu'il a prononcé à la veille de la Achoura, dans le complexe Sayyed al-Chouhadaa, où il s'est rendu pour l'occasion, le leader du parti chiite a d'abord insisté sur la constance des objectifs américains dans la région, indépendamment de l'alternance du pouvoir à Washington. « Les États-Unis ne se comportent pas comme une superpuissance d'une manière arbitraire, mais visent des objectifs précis qui ne varient pas d'une administration à l'autre. Seules les méthodes changent », a d'abord souligné Hassan Nasrallah. « En tant qu'héritiers des anciennes forces coloniales, les États-Unis, soutenus par ce qu'il reste de ces forces, comme la Grande-Bretagne et la France, ont pour objectif d'imposer leur hégémonie politique, militaire, sécuritaire et économique, voire culturelle et religieuse, dans la région », selon lui.

« Quel que soit le poids de leur interlocuteur dans la région, qu'il s'agisse de peuples, de gouvernements, de forces politiques ou de groupes sociaux, tous doivent faire preuve de servilité et de soumission à l'administration américaine, a-t-il ajouté. Il est interdit à tout État arabe ou islamique, comme l'Égypte ou le Pakistan, de devenir un État fort, c'est-à-dire indépendant, libre et souverain », a-t-il expliqué.

Énumérant plus d'une fois les quatre objets de convoitise américaine dans la région (« la politique étrangère, la sécurité, le pétrole et l'économie des pays arabes et islamiques, notamment l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis »), il a qualifié ces pays de « gouvernorats tout au plus, mais pas d'États en bonne et due forme, puisque leur décision de guerre ou de paix, leur politique étrangère et leur marché relèvent entièrement des Américains ».

Même Israël n'échappe pas à l'hégémonie des États-Unis. « Israël n'est pas un projet d'hégémonie américano-occidental, mais un outil d'exécution de ce projet », a-t-il précisé, renvoyant aux États-Unis, plus qu'à Benjamin Netanyahu, « la responsabilité des actions d'Israël ». Estimant que « le pétrole et le gaz sont l'un des principaux motifs de la politique d'hégémonie des États-Unis dans la région », le secrétaire général du Hezbollah a dénoncé en substance l'instrumentalisation américaine des pays arabes. « En apparence, les ressources pétrolières et gazières appartiennent aux pays arabes et islamiques. En réalité, les gouvernements de ces pays ne sont même pas capables de fixer leur prix de pétrole ou de gaz. Le pétrole de la région appartient aux compagnies pétrolières américaines, qui, avec les producteurs d'armes, sont ceux qui gouvernent l'Amérique. C'est d'ailleurs des armes d'une valeur de centaines de milliards de dollars US que de nombreux pays arabes ont achetés aux sociétés américaines au cours des dernières années. »

C'est ensuite l'ambivalence de la politique de Washington que le leader chiite a décrite. « Tout le discours américain sur les droits de l'homme et la démocratie est un discours vide, puisque Washington parraine les dictatures régionales les plus puissantes et les plus corrompues », a-t-il dénoncé. Dans une allusion à peine voilée à l'Arabie saoudite, il a accusé les États-Unis de « soutenir les régimes qui condamnent ses internautes à des coups de fouet », ce qui signifie que « les slogans de liberté véhiculés par les États-Unis et qui leurrent malheureusement certains peuples de la région ne sont que mensonges ».

« D'une part, les États-Unis parrainent et soutiennent les régimes dictatoriaux, de l'autre, ils décident de dénoncer les régimes et les peuples qui choisissent de ne pas se soumettre à la volonté de Washington », a-t-il encore affirmé, revenant sur les rapports irano-américains. « L'interdiction imposée à l'Iran pendant treize ans de produire l'arme nucléaire – sachant que cette production est un droit élémentaire de tout État – et les sanctions qui l'ont accompagnée étaient fondées sur des informations mensongères diffusées par Washington, selon lesquelles l'Iran avait soi-disant déjà mis au point une bombe atomique et l'avait cachée », a-t-il déploré, citant dans ce cadre le président « d'un grand État, la Russie, qui a reconnu que les États-Unis ont leurré le monde sur la question du nucléaire iranien ».

L'aide à l'État islamique

Sur la base de tous ces précédents « points fondamentaux » de la politique régionale, le secrétaire général du Hezbollah a apporté un diagnostic régional général : « La guerre dans la région est une guerre menée par Washington, suite à sa défaite en Irak et en Afghanistan, et après le soi-disant printemps arabe, contre tous ceux qui refusent la soumission. En Irak et en Syrie, la guerre est la même, quelle qu'en soit la forme (...). La résistance au Liban depuis 1982, la Syrie d'Assad, la Palestine et l'Iran ont mis en échec le projet du nouveau Moyen-Orient, et du point de vue des États-Unis, ils doivent en payer le prix (...). Il y a, d'une part, ceux qui refusent la soumission et, de l'autre, l'axe que commandent les États-Unis. »

Hassan Nasrallah a dénoncé en outre l'instrumentalisation, « au service du projet américain », des puissances arabes qui « envoient des takfiristes combattre, par dizaines de milliers, dans tous les pays du monde ». « Cela aurait-il été possible sans le feu vert de Washington ? » s'est-il interrogé. « La guerre saoudienne au Yémen est une guerre américaine », a-t-il indiqué.« Les États-Unis sont le vrai commandant de la guerre dans la région (ni Joulani, ni Zawahiri, ni Baghdadi...) », a ajouté Hassan Nasrallah, les accusant « avec tous leurs amis (ou serviteurs) régionaux d'aider et de soutenir l'État islamique en Irak et en Syrie ».Estimant que la guerre menée en Syrie « vise à soumettre ce pays non pas à la volonté saoudienne, mais à la volonté américaine », il a estimé que l'un des moyens obéissant à cet objectif est « de transformer cette guerre en guerre sunnite-chiite ».« C'est ce que Washington veut précisément », a-t-il affirmé, jugeant toutefois que « cette entreprise a échoué », grâce notamment « aux positions des ulémas sunnites fidèles et sincères dont je reconnais le plus grand mérite de la mise en échec du projet de greffer un caractère confessionnel au conflit en cours ».


REUTERS/Khalil Hassan

mardi 19 août 2014

Le Liban, face à sa chance d'unité.

Le dernier discours du Sayed Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, prononcé le Vendredi 15 Août 2014, nous a impressionnés, avouons-le, par sa lucidité, sa modération et sa volonté d'unité.
 
Peut-être sommes-nous dans l'erreur en nous montrant "admiratif" ; à l'entendre, nous avons eu la sincère impression que son message était clairvoyant et cohérent, ce qui n'est pas le propre du politicien menteur et manipulateur.
 
Certes, est-il légitime, pour une partie de ses compatriotes libanais de ne pas approuver sa politique, mais il est tout autant illégitime, de la part de ces derniers, d'adopter une attitude d'opposition systématique, similaire à celle qui avait menée au désastre de la guerre civile en 1975, et qui fut si maladroitement préparé par les gouvernements faibles et inconscients qui étaient  en charge à Beyrouth dans les années, 1969-1975 qui précédèrent la confrontation.
 
En ces temps-là, les villages chiites du Sud Liban recevaient régulièrement les bombes lâchées par Israël, tandis que les israéliens réagissaient ou anticipaient par des bombardements, en échange des tirs sporadiques et des actions guerrières et de résistance qui provenaient, par-delà la frontière libanaise, des mouvements palestiniens ; ces derniers outrepassant bien entendu, la politique souhaitée et envisagée par les différents gouvernements du Liban qui se montraient, à tour de rôle, résignés face à leur incapacité à contrôler le Sud du pays. Le Sud-Liban était déconsidéré; ce bout de territoire comptait à peine dans la superficie du pays. Les actions guerrières qui s'y menaient échappaient, de façon presque totale, au gouvernement central. 
 
A l'heure actuelle, la situation diffère tout de même mais nous craignons que les erreurs ne se ressemblent. Toutes la parties libanaises font désormais face à la même menace et "c'est peut-être la chance de la société libanaise" de pouvoir trouver [pardonnez le paradoxe], en cet ennemi commun qu'est l'Armée Islamique de l'Irak et du Levant (Da'ech), l'occasion de son unité. 
 
Nous sommes conscients qu'il est plus aisé d'affirmer et de suggérer que de réaliser mais si seulement les partisans du 14 mars pouvaient accepter quelque peu la force armée du Hezbollah qui fut constituée, presque par obligation, à la suite de l'indécision politique des années 1969-1975 et de l'invasion israélienne de 1982. Nous invitons les sunnites libanais  à se souvenir de leur propres positions d'alors, tandis qu'ils étaient d'ardents partisans du combat contre Israël et de la résistance armée. Inversement, si seulement les partisans du 8 mars et du Hezbollah, en particulier, pouvaient promettre à leurs adversaires politiques, l'acceptation d'une coordination armée-résistance renforcée, voire même le passage de certaines troupes du parti de Dieu, sous un commandement unifié armée-résistance.
 
L'heure est venue de s'allier. Aucune des parties n'a le droit de dénigrer l'autre et de refuser la perspective d'union, car à n'en pas douter, chacun des deux camps, 8 et 14 mars, détient des éléments de la solution, dont le plus important d'entre-eux est, pour l'heure, l'unité des libanais.
 
"Le Liban fait face à une menace existentielle" ! Quel libanais raisonnable pourrait le nier ? "Comptons sur nous-mêmes" affirmait le secrétaire-général du Hezbollah. Y a-t-il honte à cela ? Tout recours à un Etat étranger ne serait que douteux, au moment où nous assistons à une guerre visant à détruire le patriotisme et l'amour des éléments constitutifs de la Nation, territoire, peuple et volonté de vivre ensemble.  
 
Les chiites, le Hezbollah et le Sud-Liban, sont désormais sous une double menaces. La première provient des takfiristes et de "Daech", en particulier, dont les mercenaires importés se rapprochent et sont susceptibles de s'infiltrer au Liban. La seconde menace émane d'Israël, voisin  en perpétuelle confrontation avec le sud-Liban, puisque la paix n’est toujours pas établie entre les deux pays. En outre, les très nombreux signes et signaux que nous percevons sur le rôle possible d'Israël et des Etats-Unis dans l'activation des takfiristes pour anéantir les Etats arabes voisins ne sont pas là pour rassurer le peuple libanais et l'inviter à la démobilisation, face à son voisin du Sud. 
 
Pour les raisons que nous venons d'évoquer, il apparait du devoir de tous les libanais, partisans du 8 et du 14 mars, de mettre de côté leurs divergences. Il ne leur est pas demandé de renier leurs positions, mais "de modifier leurs priorités", pour se ranger, comme un seul homme, derrière l'armée libanaise et le gouvernement libanais afin de se choisir un Président fort qui serait chargé de "tendre" l'ensemble des forces et des moyens du pays vers l'assistance au peuple et à ses réfugiés et par ailleurs pour défendre le territoire face un "ennemi" qui se trouve aux portes du pays, les takfiristes impitoyables et sanguinaires qui semblent à peine appartenir à la race humaine. Il sera temps, plus tard, de lire dans les évènements quel jeu, Israël et les Etats-Unis auront joué dans cet abominable et satanique scénario.   

 Le Veilleur de Ninive.
 

lundi 16 juin 2014

Un chrétien libanais du village de Ras-Baalbeck toujours détenu par le mouvement rebelle "Front al-Nosra".

Les habitants de Ras Baalbeck, village grec-catholique des confins de la Békaa, ont observé un sit-in, hier, sur la place de la localité, pour réclamer la libération de Makhoul Mrad, enlevé la semaine dernière par des miliciens syriens du Front al-Nosra venus du jurd de Ersal.

Makhoul Mrad se trouvait dans une carrière du village avec une dizaine d'ouvriers syriens et turkmènes, qui ont, eux aussi, été enlevés puis relâchés.
Ont notamment pris part au sit-in l'évêque Élias Rahhal, le curé de la paroisse Éliano Nasrallah et le président du conseil municipal Hicham Arja.

Prenant la parole, Mgr Rahhal a réclamé « la libération immédiate de Makhoul Mrad qui est un homme âgé et malade. Nous ne sommes pas des dhimmis ». « Ces temps-là sont révolus depuis des siècles. Nous sommes ancrés dans notre terre qui est le berceau du christianisme », a-t-il dit.
De son côté, le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a évoqué dans un entretien avec la presse l'enlèvement de Makhoul Mrad. « Les barbes, les prières et la charia de ses ravisseurs ne font pas d'eux des musulmans et ne leur donne pas le droit d'enlever un chrétien. » « Ces miliciens syriens qui se sont réfugiés à Ersal ont osé enlever un chrétien de Ras Baalbeck. Nous soutenons la révolution syrienne, mais en aucun cas aux dépens des Libanais », a-t-il poursuivi.

« J'avais quitté un jour le Liban pour fuir les pressions du régime syrien, mais j'ai aussi un problème avec ceux qui utilisent la religion comme base pour le terrorisme. Nous accueillons des réfugiés syriens, mais nous ne pouvons tolérer en aucun cas des attaques contre les habitants de Ras Baalbeck ou d'autres citoyens libanais parce qu'ils sont chrétiens. J'userai de tous les moyens pour libérer Makhoul Mrad », a-t-il encore dit.

De son côté, le secrétaire général du courant du Futur, Ahmad Hariri, a souligné que « les chrétiens ne sont en aucun cas des dhimmis, mais tout simplement des Libanais. L'islam est innocent de ces terroristes qui veulent semer la discorde entre les musulmans et les chrétiens dans la Békaa ».
Par ailleurs, trois miliciens venus de Syrie à bord d'un 4x4 ont franchi le barrage de l'armée dans la zone de Wadi Atta à Ersal. La troupe a tiré dans leur direction, ils ont alors pris la fuite à pied pour se réfugier ensuite dans le jurd de la région.
 
L'Orient-Le-Jour - 16 Juin 2014.

samedi 5 avril 2014

Entretien de Sa Béatitude le Patriarche Béchera Raï sur les chrétiens du Proche-Orient.

Réalisé par Isabelle Dillmann pour la revue des 2 mondes, mars 2014
Sa Béatitude Bechara RAI
Sa Béatitude Bechara RAI
Vers l’Orient compliqué, il n’est plus possible de s’envoler avec des idées simples. Pour le comprendre, il suffit de se rendre au Liban, que des vagues d’attentats plus meurtriers les uns que les autres déstabilisent chaque jour un peu plus. De cette souffrance sans cesse ravivée par les conflits régionaux et les guerres intra-musulmanes, dont le Liban par sa géographie et sa destinée est à nouveau l’otage, les 39 % de chrétiens qui peuplent le pays du Cèdre éprouvent ce déchirement comme une passion, au sens chrétien du terme, en union avec les chrétiens d’Orient qui, dans un monde arabe explosif, vivent dans la peur de ne pouvoir rester sur leurs terres millénaires.

C’est à une vingtaine de kilomètres de Beyrouth, à Bkerké, dans son palais patriarcal sécurisé par l’armée, que j’ai rencontré Bechara Boutros Raï, 77e patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. Élevé au collège des cardinaux par le pape Benoît XVI en octobre 2012, ce fils de montagnard, moine boursierformé par les jésuites, qui parle sept langues, dont un français parfait, a été élu patriarche en mars 2011 à l’âge de 71 ans.

Il est le chef très écouté de la plus importante communauté religieuse d’une Église catholique orientale fort ancienne qui regroupe des millions de fidèles maronites, araméens, syriaques dans le monde et dont le territoire s’étend de l’ex-Empire ottoman jusqu’en Inde sur les côtes du Malabar et de la région de Malecar. Au Moyen-Orient, ce « pape oriental » est le seul chef religieux crédible qui, tout en incarnant l’inquiétude des chrétiens, cherche par tous les moyens à faire avancer le processus de paix. Sa légitimité de patriarche maronite lui donne une primauté sur les autres patriarches des Églises d’Orient, ceux qui marchent à Rome devant les cardinaux les jours de conclave. Les propos lucides et parfois douloureux de ce haut dignitaire religieux expriment le désarroi des chrétiens d’Orient.
Isabelle Dillmann « Revue des Deux Mondes – Sommes-nous en train d’assister à l’anéantissement des chrétiens d’Orient et à la disparition d’une minorité existante ?
Bechara Boutros Raï Quand on parle des chrétiens d’Orient, il ne faut pas l’entendre comme une identité à part. Sur le plan théologique, ils représentent avant tout l’Église universelle comme tous les chrétiens dans le monde. C’est ce que saint Paul appelle le corps du Christ dont nous, chrétiens d’Orient, sommes en partie les membres. Le statut de minorité ne s’applique pas au cas des chrétiens du Moyen- Orient. Notre présence est plus que millénaire dans cette région du monde, berceau historique de la chrétienté. Soit six cents ans avant l’islam. Ce n’est qu’aux VIIe et VIIIe siècles que la plupart des chrétiens d’Orient sont passés sous domination musulmane.

Nous sommes des citoyens d’origine sur une terre qui est pleinement la nôtre. Nous fêtions la Pentecôte avant l’arrivée de l’islam. Nous sommes arabes mais pas musulmans. Nous ne voulons pas parler en termes de minorités mais en termes de droit et de citoyenneté.

Revue des Deux Mondes – Dans une conférence tenue à Amman sur les défis encourus par les Arabes chrétiens, le prince de Jordanie Ghazi ben Mohammed a rappelé que les chrétiens d’Abyssinie ont été les premiers à accueillir les musulmans en prenant leur défense quand ils étaient en situation de faiblesse…

Bechara Boutros Raï Les Arabes chrétiens ont toujours soutenu et appuyé les Arabes musulmans dans le combat contre les agressions étrangères. Au cours de leur longue histoire dans cette région, les Arabes musulmans n’ont jamais contraint quiconque à adopter l’islam contre sa volonté. La contrainte contredit la parole de Dieu dans le Coran. Aujourd’hui les chrétiens souffrent parce qu’ils sont chrétiens.

Dans cette conférence internationale et interreligieuse où étaient présents plusieurs patriarches des Églises orientales, le prince a courageusement affirmé, en parlant du sort des chrétiens : « Nous, musulmans, n’acceptons pas le sort réservé aux chrétiens en référence à notre loi sacrée, ni moralement comme Arabes membres d’un même peuple, ni au niveau de nos sentiments comme voisins et amis qui nous sont chers et pas non plus en tant qu’êtres humains. »
Revue des Deux Mondes – C’est donc une question qui relève autant de la politique que de la diplomatie et des affaires religieuses ?
Bechara Boutros Raï : Dans tout le Moyen-Orient, les chrétiens ont coexisté depuis plus de mille quatre cents ans avec les musulmans.

Nous avons véhiculé notre culture, nos valeurs chrétiennes, notre conception de la liberté, notre approche des droits de l’homme, d’ouverture à l’autre et notre conception de la démocratie dans ces sociétés. Nous avons contribué à écrire une histoire indépendamment des régimes en place.

Notre présence est importante pour que ces valeurs de modernité puissent perdurer. Les Arabes ont besoin des chrétiens.
Nous n’avons pas besoin d’avoir le statut de protégé. Nous avons besoin que la stabilité et la liberté règnent dans des États de droit car la présence des chrétiens diminue quand la liberté se rétrécit. Le monde arabe est théocratique. L’islam n’a pas franchi le pas de la séparation de la religion et de l’État comme en Occident. Ni l’islam ni le judaïsme ne l’ont fait. La théocratie est un système politique où il n’est pas admis de donner une opinion politique différente de l’autorité. Nous le savons, nous chrétiens arabes.

En Irak, du temps de Saddam Hussein, qu’on surnommait « le grand tyran » et que le monde entier voulait renverser, les chrétiens vivaient en paix. Ils ne soutenaient pas pour autant le régime mais ils ne se mêlaient pas de politique et se soumettaient à la loi du pays en respectant les limites fixées. En arabe, un dicton assez éloquent dit : « Étendez vos pieds selon la longueur du tapis. » Sur un tapis d’un mètre si j’ai droit à cinquante centimètres, je n’étends pas mes jambes au-delà. En retour, Saddam Hussein estimait les chrétiens et les aidait à conserver leurs églises et leur liberté de culte. C’est la même chose en Arabie saoudite ou en Égypte, où aujourd’hui la majorité des chrétiens, sans pour autant souhaiter une éventuelle reprise en main du pouvoir par l’armée, se rallie à un État fort et juste considéré par eux comme un moindre mal. Ou comme en Syrie, où les chrétiens, otages des deux principales forces politiques du pays, se tournent pour leur survie en majorité vers le pouvoir en place, perçu comme un rempart contre les islamistes.
Revue des Deux Mondes – Vous dites que démocratie et théocratie sont aussi contradictoires que la neige et le feu ?
Bechara Boutros Raï On souhaiterait que ces régimes islamiques deviennent démocratiques et que leurs représentants dans le monde arabe ne soient pas systématiquement réélus avec 99 % des suffrages. Qu’ils permettent aux chrétiens irakiens, égyptiens et syriens de ne pas être privés de représentation politique et de participer pleinement au pouvoir en place. Mais, que ce soit avec des partis uniques, des
régimes tyranniques, des dictatures nationalistes ou des pouvoirs héréditaires, les chrétiens ont appris à cohabiter et à s’adapter. Au cours des treize siècles passés, nous avons formé une seule communauté indivise. Nous savons comment maintenir en vie nos traditions et notre religion au sein de ces sociétés arabes dont nous sommes.
Revue des Deux Mondes – Depuis l’invasion américaine en 2003, l’exode des chrétiens d’Irak a été édifiant. Leur nombre est passé d’un million et demi à cent cinquante mille…
Bechara Boutros Raï Les Américains n’ont pas manifesté en Irak beaucoup de sensibilité à l’égard des chrétiens d’Orient. En paroles oui, mais dans les actes permettez-moi d’en douter. Les chrétiens n’entrent pas en ligne de compte dans leur politique. En effet, plus d’un million de chrétiens n’ont pas résisté à cette guerre sanglante – au nom d’une démocratie promise – qui a conduit à la désintégration d’un pays. Sous les bombes, les chrétiens irakiens ont été contraints à l’exil dans le silence absolu de la communauté internationale. Leur nombre actuel en Irak, selon les différentes estimations, serait autour de cent cinquante à deux cent mille. L’exemple de l’Irak est significatif, comme celui de la Libye, où il ne reste pratiquement plus de chrétiens. Il semble que seule la France et le Saint-Siège se préoccupent sincèrement de cette question en Occident.
Revue des Deux Mondes – Les révolutions arabes sont-elles devenues le tombeau des chrétiens d’Orient, qui partout sont pris pour cibles ?
Bechara Boutros Raï La guerre n’est pas spécialement dirigée contre les chrétiens, même s’ils sont affaiblis, humiliés et menacés de disparition, mais contre tous les citoyens victimes de ce chaos. Les extrémistes islamistes, les intégristes, les takfiristes, les djihadistes attaquent les chrétiens sans savoir pourquoi. En Syrie, ils disent « les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth » parce qu’ils pensent que nous sommes pour le régime syrien alors que nous sommes pour la loi. Relisez « la lettre sur les chrétiens » de Pline le Jeune à l’empereur Trajan. Tout est dit. Dans le chaos, tout le monde paye. La guerre n’a pas de religion. La faim n’a pas de religion. La violence n’a pas de religion. Les chrétiens sont attaqués, les lieux de culte vandalisés ou réquisitionnés, les statues de la Vierge brisées, les croix des églises arrachées, mais je ne sépare jamais les chrétiens des autres victimes de la société syrienne, libanaise, irakienne ou égyptienne. Deux millions et demi de Syriens ont fui leur pays et pourtant ils ne sont pas en majorité chrétiens.

Revue des Deux Mondes – En septembre 2012, le pape Benoît XVI avait mis en garde les chrétiens d’Orient « de ne pas goûter au miel de l’émigration, malgré les difficultés ». Pourquoi ?

Bechara Boutros Raï Certains disent qu’ils n’ont qu’à partir, à quitter leurs pays d’origine. Mais au nom de quoi dix à treize millions de chrétiens – 37 % des Libanais, 10 % des Égyptiens, 6 % des Jordaniens, 10 % des Syriens, soit près de deux millions de chrétiens syriens toutes communautés confondues, 2 % des Irakiens, 2 % des Israéliens, 1,4 % des Palestiniens – émigreraient puisqu’ils sont des Arabes et non pas des intrus, ni des colons ou des étrangers ? Quand les chrétiens émigrent vers les sociétés occidentales, le drame c’est qu’ils ne reviennent plus. Nous assistons à leur exode alors que nous tenons plus que tout à leur présence et à la défense de cet héritage chrétien au Moyen-Orient. On peut émigrer et vivre partout. Trouver du pain pour se nourrir. Mais si un héritage meurt, il ne se renouvelle plus. C’est le sens de l’avertissement du pape. La communauté internationale a-t-elle intérêt à laisser disparaître une culture plurimillénaire ? Est-ce à cela que veut aboutir le jeu cruel des nations ? Il s’agit là du sort des plus anciennes et des plus diverses communautés du monde. L’Europe préfère nier une évidence historique tout en transformant en vérité officielle son propre refus d’inscrire le mot « chrétien » dans sa Constitution.

Revue des Deux Mondes – Pensez-vous que l’autodestruction religieuse de l’Occident soit une des causes de son affaiblissement moral et culturel, à l’instar de la crise de la civilisation européenne à laquelle on assiste actuellement ?
Bechara Boutros Raï Le pape Jean-Paul II est mort sans avoir eu la consolation que les racines chrétiennes de l’Europe soient mentionnées dans la Constitution de l’Union européenne. La culture de l’Occident est pourtant une culture chrétienne, accueillante, et non pas une culture barbare dont il faudrait avoir honte. Si en Occident on ne donne aucune valeur à la religion, si le mot « chrétien » fait peur, comment des responsables politiques européens qui n’ont plus de contact avec Dieu peuvent ils se soucier sincèrement du sort des chrétiens d’Orient malgré la culture immémoriale dont ceux-ci sont porteurs dans les pays du Levant ? Le pape a constaté dans son récent discours à l’ONU que cette organisation voulue pour la paix était « en train de perdre sa raison d’être ». Nous, chrétiens d’Orient, appartenons à la nation arabe, dont nous sommes une composante à part entière. Nous sommes natifs de ces pays. Notre Église universelle est incarnée dans le monde arabe. Notre présence chrétienne a contribué à construire une histoire commune depuis des siècles. Ne nous arrachez pas à notre terreau. Soutenez-nous par des actions diplomatiques et politiques et non par des frappes militaires, auxquelles le pape François s’est fermement opposé en interpellant les chefs d’État du G20 réunis à Saint-Pétersbourg. Cet appel au monde du 7 septembre 2013 relayé par une veillée de prière mondiale pour les chrétiens d’Orient a détourné la marche de l’histoire. Tout le monde le reconnaît. C’est dire combien la valeur de la prière est notre arme.

Revue des Deux Mondes – La prière serait donc une arme ?

Bechara Boutros Raï C’est l’arme qui désarme l’autre. Le pape François a dit : « Dans notre prière constante et sincère, nous arriverons petit à petit à désarmer les armes réelles. » C’est un discours qu’il nous a tenu récemment, sur la force apaisante de la prière constante et sincère. Et il a ajouté : « Notre voix unie, humble et imperceptible, pourra un jour, je l’espère, être écoutée par les grands de ce monde. » Ceux-là même qui ne semblent pas comprendre qu’à cause de certaines influences étrangères qui jouent avec le feu, des millions de musulmans modérés et de chrétiens quittent les pays où ils ont étudié, aimé, travaillé et vécu parce qu’ils ne peuvent plus vivre sous la contrainte d’une idéologie radicale, extrémiste et terrorisante que personne bientôt ne pourra plus freiner…

C’est pourquoi nous avons besoin de stabilité. On ne peut pas parler de projet de survie quand la guerre détruit tout. « Primum vivere de in de philosophari. » Il faut d’abord vivre et ensuite philosopher. Le défi, c’est de rester, de trouver les moyens de vivre solidairement pour maintenir en place une population modérée qui souvent n’a le choix qu’entre l’exil ou le basculement dans le fondamentalisme. C’est cela qui menace la paix dans le monde.

Revue des Deux Mondes – Quel pays, quels gouvernements mettez vous en cause précisément ?

Bechara Boutros Raï J’ai dit – et je suis responsable de mes propos – que certains pays d’Occident et d’Orient, dont des puissances arabes et des pays régionaux que je ne m’autoriserai pas à nommer, soutiennent par les armes, l’argent et les appuis politiques des groupes rebelles et des milices islamistes venus du monde entier. Certains pays payent ces mercenaires étrangers, qu’ils soient du Maghreb, d’Azerbaïdjan ou d’Afghanistan. On trouve des combattants tchétchènes, libyens, yéménites ou des Européens radicalisés pour détruire, semer la terreur et tuer. Peut-on encore parler de guerre civile en Syrie avec tant d’ingérences internationales ?

Un ambassadeur d’un État « pro-opposition » a reconnu devant moi que « malheureusement » certains États occidentaux, dont le sien, soutiennent et financent ces groupes fondamentalistes en Syrie. C’est une ingérence extérieure qui fomente à tout prix la guerre en prenant le prétexte d’établir la démocratie ! Si des réformes sont  indispensables en Syrie comme dans d’autres pays du monde arabe, elles ne peuvent se faire ni de l’extérieur ni par la terreur. Nous ne sommes pas dupes. Il ne s’agit pas dans ce cas de volonté démocratique ni de soutien à des réformes sociales et politiques dont le monde arabe aurait grand besoin mais bien d’intérêts financiers et économiques avec un commerce d’armes juteux et des visées géopolitiques sur la région. La Syrie est devenue le théâtre d’un conflit armé auquel prennent part des États étrangers pour leur propre intérêt. Nous n’avons pas besoin de cela. Je le dis clairement.

Revue des Deux Mondes – Quels sont les moyens concrets dont l’Église maronite dispose au Liban pour aider les chrétiens à rester, puisqu’ils sont les premières victimes de ce conflit ?

Bechara Boutros Raï Nous agissons sur un plan moral, social et politique en rappelant aux chrétiens qu’ils sont les héritiers d’une mission d’évangile et de paix. Mais surtout nous les aidons à garder leurs terres pour qu’ils restent chez eux et ne les vendent pas. Une identité démographique et géographique peut se modifier par la vente de terrains appartenant à des chrétiens. Nous les aidons à exploiter leurs terres et à faire aboutir leurs projets de développement. Pour un chrétien libanais, la terre est à la fois son identité et son avenir en plus d’être son fidèle héritage. Et surtout nous refusons les visas que l’on nous propose. Nous n’en voulons pas.

Revue des Deux Mondes – Le Liban peut-il perdre sa raison d’être si l’importance des chrétiens diminue ?
Bechara Boutros Raï Le Liban est le seul pays de la région où les chrétiens ont encore un poids politique et une liberté d’action même si les accords de Taëf ont réduit leurs pouvoirs par une diminution des prérogatives du président maronite de la République. C’est aussi le seul pays du Moyen-Orient qui ne reconnaît pas seulement la liberté du culte mais aussi la liberté de croyance et de conscience, qui fait la valeur du Liban. C’est inscrit dans la Constitution. Il y a aujourd’hui même des musulmans qui se convertissent au christianisme.
Le Liban, premier pays démocratique du monde arabe dans le vrai sens du terme avec toutes ses libertés et ses valeurs de modernité, est en train d’être sacrifié en devenant l’otage des confrontations et des déséquilibres régionaux. Certains États se conduisent avec le Liban comme s’il n’était pas un État souverain, comme s’ils avaient sur lui un droit de tutelle.

Revue des Deux Mondes – En décembre 2013, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a recensé 870 000 réfugiés syriens, soit un habitant du pays sur cinq, dont beaucoup sont installés dans le nord du Liban dans des campements de la plaine de la Bekaa. Comment le Liban pourra-t-il continuer à accueillir les 55 000 réfugiés qui arrivent chaque mois ?

Bechara Boutros Raï Il n’y a plus d’endroits épargnés par les combats en Syrie. Depuis 2011, les réfugiés arrivent en un flux permanent, continu et ininterrompu, au rythme de 55 000 réfugiés en moyenne par mois dans des campements très précaires, parfois à 1 000 mètres d’altitude, dans des tentes inadaptées à l’hiver où s’abritent les familles avec vieillards, nourrissons et malades. Ils fuient la violence et les meurtres de civils par les extrémistes fondamentalistes. Pour ces derniers, la personne humaine n’a pas de valeur. Le monde réalise-t-il ce que cela représente de tout perdre pour ces réfugiés ou est-ce une information de fin de journal à la télévision dans l’insensibilité générale d’un monde qui a perdu tout lien avec ses sources spirituelles ?
Revue des Deux Mondes – Des milliers de chrétiens syriens de la région de Kalamoun, à 90 kilomètres de Damas, ont demandé la nationalité russe…
Bechara Boutros Raï Je n’ai pas de chiffre exact mais je vous l’ai dit, ce ne sont pas seulement les chrétiens de Syrie mais aussi ceux du Liban qui sont en quête d’exode. Certains se sont réfugiés en Suède, au Canada et aux États-Unis, quand ils en ont les moyens. Au Liban une infime partie des réfugiés syriens sont chrétiens.
Il faut nous aider à faire la paix en Syrie. Que font les pays arabes de la sous-région ? Nous sommes une population libanaise de 4,8 millions d’habitants. Allons-nous revivre les années noires des camps palestiniens avec sur notre sol un demi-million de Palestiniens équipés en armes lourdes et légères ? Nous savons que ce sont des personnes blessées dans leur dignité, nous les comprenons, mais ils représentent une grande menace pour la société libanaise. Ils ont été à l’origine de cette guerre qui nous a amenés au tombeau sur les plans politique et social. Quand on est blessé, on attaque aussi celui qui vous accueille, même s’il vous fait partager sa maison. Ces réfugiés syriens, parfois instrumentalisés, vont-ils être par leur nombre un nouveau ferment de déstabilisation ?
Vous touchez du doigt les valeurs de ce Liban qui ne ferme jamais ses portes. Un Liban aux frontières ouvertes qui ne peut supporter seul le coût économique de cet énorme flux humain. Avec les ouvriers agricoles et ceux du bâtiment, il y a aujourd’hui au Liban un million et demi de Syriens en majorité sunnites. Comment pensez-vous que notre fragile équilibre politique et confessionnel des trois tiers – chrétiens, chiites et sunnites – puisse se maintenir ?

Vous comprenez quelle menace sécuritaire, politique, confessionnelle et quel fardeau économique et social nous vivons depuis le début du conflit syrien. Nous tenons sur un miracle au Liban, mais pour combien de temps ?
Revue des Deux Mondes – Craignez-vous que la guerre civile revienne au Liban dans les bagages de la déstabilisation syrienne ?
Bechara Boutros Raï Aujourd’hui, nous sommes en train de nous noyer. Pour la première fois de notre histoire, nous sommes livrés à notre sort. Les attentats à la bombe et aux voitures piégées se multiplient ces derniers mois dans la capitale libanaise, exacerbant les divisions entre chiites et sunnites, qui s’affrontent sur la question de la guerre civile en Syrie. On vit dans un état de guerre même s’il reste localisé. Ce qui se passe au Liban ne peut plus être dissocié de ce qui se passe en Syrie. Nous sommes comme des vases communicants.

Le Liban sert plus que jamais de pendant à la Syrie. Le pays du Cèdre, que l’on surnommait « la Suisse du Moyen-Orient » quand les chrétiens étaient influents, est devenu une scène de confrontation dépourvue du filet protecteur d’une vision commune de l’avenir chez les Libanais. Personne ne souhaite la partition du Liban. Il faudrait que le Liban devienne un sanctuaire de paix et de neutralité dans cette région.

La France a été du côté du Liban depuis le général de Gaulle, qui y voyait en 1964 « un modèle d’équilibre et de mesure pour la paix ». Quand la France soutient les chrétiens, c’est pour soutenir le Liban.

Mais nous, chrétiens, quand nous pensons au Liban, nous ne pensons pas uniquement aux chrétiens, nous pensons au pays tout entier. Plus que jamais, ma confession, c’est le Liban. Mais certains de nos chers frères musulmans, quand ils luttent, pensent « islam ». C’est leur culture. Notre différence se situe dans la culture universelle de l’Église. 

Revue des Deux Mondes – En tant que chef spirituel de la plus importante communauté religieuse catholique d’Orient, vous êtes l’un des chefs religieux les plus écoutés, les plus influents…

Bechara Boutros Raï C’est l’héritage du patriarche maronite. Nous n’avons pu ériger ni royaume ni État mais l’organisation de notre Église remonte à 686 avec l’élection du premier patriarche maronite, saint Jean Maron. C’est l’histoire qui a fait du patriarcat une instance nationale et nous maintenons cette tradition avec responsabilité et indépendance. Notre Église a traversé les siècles sans subir aucune division en restant fidèle à son enracinement oriental et son alliance avec le Vatican qui remonte aux croisés et à Saint Louis. Quand, récemment, j’ai fait le tour des dix-sept communautés religieuses du Liban, j’ai été presque mieux accueilli par les musulmans sunnites, chiites et druzes que par les chrétiens. Les alaouites, eux, viennent jusqu’à nous puisqu’il n’est plus possible d’aller dans leur région de Tripoli, où règne la loi de la jungle, du meurtre et de la destruction. J’ai été reçu comme un pasteur symbole d’un espoir de stabilité pour toutes ces communautés qui sinon se sentiraient abandonnées, délaissées. Il s’agit de faire entendre une autre voix que celle des intégristes. Le patriarche maronite représente la porte de la paix. Il est à la fois le patriarche des musulmans et des chrétiens.

Revue des Deux Mondes – Pourquoi dit-on que votre Église maronite est celle des « cinq non » ?

Bechara Boutros Raï Aux Mésopotamiens nous avons dit que nous étions araméens comme eux mais que nous n’étions plus païens. Aux juifs, que nous partageons avec eux l’Ancien Testament mais que nous croyons que Jésus est le fils de Dieu. Aux Byzantins, que notre langue était le syriaque et non le grec. Aux Latins, que nous étions comme eux mais pas de rite latin et aux Arabes que nous sommes comme eux arabes ou arabophones mais pas musulmans.
Revue des Deux Mondes – Avez-vous également une primauté sur les autres patriarches ?
Bechara Boutros Raï Le patriarche maronite est reconnu comme primat du Liban sur le plan ecclésial. Dernièrement, en pleine réunion du sommet islamo-chrétien, le métropolite orthodoxe de Beyrouth, Élias Aoudé, et le primat de l’Église syriaque orthodoxe, Ignace Zakka Ier Iwas, ont affirmé que l’Église au Liban est centrée autour du patriarcat maronite, qui est leur guide. Quant aux responsables religieux musulmans, Bkerké est le seul lieu où ils acceptent de nous rencontrer.
Revue des Deux Mondes – En plus d’être un chef spirituel, vous êtes également président de la Conférence épiscopale et président du Conseil des patriarches du Moyen-Orient. Vos propos ont-ils une portée politique ?
Bechara Boutros Raï En Orient, le patriarche a une place importante dans la société. Le communiqué mensuel du Conseil des évêques maronites est attendu par tous et diffusé à toutes les communautés dans le monde. Nous traitons des questions nationales sans toutefois parler des personnes ni des partis ou des choix politiques. Nous restons sur le plan des principes. Cela aide chacun à reconnaître que nous sommes au-dessus des clivages mais unis avec tous sans jamais compromettre les données et les constantes politiques nationales. La spiritualité maronite prône la liberté entre le croyant et Dieu.

C’est une des valeurs que vous défendez en France, où l’amitié avec l’Église maronite remonte au Moyen Âge. Saviez-vous qu’un patriarche élu ne peut visiter d’autres pays, excepté Rome, avant d’être venu en visite officielle en France ?
Revue des Deux Mondes – Quel est l’apport aujourd’hui de l’Église d’Antioche, l’une des plus anciennes de la chrétienté puisqu’elle remonte à l’apôtre Pierre ?
Bechara Boutros Raï Les maronites ont comme siège Antioche comme les melkites et les syriaques. L’église d’Antioche a été à l’origine une église prospère et influente. Quand en 1584 le pape Grégoire XIII a fondé le premier collège maronite à Rome, la communauté maronite s’est ouverte à l’Europe et au monde en général. Elle a pu jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Orient et l’Occident en véhiculant la culture occidentale en Orient, et la culture orientale en Occident. Beaucoup d’étudiants maronites ont occupé les grandes chaires des universités de France, de Madrid et de Rome. Il était courant d’entendre en Europe l’expression « savant comme un maronite ».

Aujourd’hui avec toutes les Églises réunies d’Antioche, nous travaillons pour découvrir ce que nous pouvons apporter à la société actuelle. Nous voulons témoigner de notre culture millénaire d’ouverture, de dialogue et d’initiative dans le monde arabe. Dans une société démocratique, l’Église peut jouer un grand rôle. Dans une situation théocratique où la source de la législation en tous domaines est le Coran, elle est limitée. Dans une société tyrannique plus encore. Ici, au Liban, nous bénéficions d’un régime démocratique. La liberté d’agir, de penser et d’écrire est réelle.
Depuis 2006, la fête de l’Annonciation est devenue une fête nationale grâce à l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, qui en a accepté le principe. Cela n’existe nulle part ailleurs dans le monde arabe. Nous descendons pourtant tous de la lignée d’Abraham. Maryam, à qui une sourate est consacrée, est même la seule femme dont le nom soit cité dans le Coran.
Revue des Deux Mondes – Qu’en est-il des syriaques, qui ont conservé des croyances chrétiennes immémoriales ? Parlent-ils toujours la langue du Christ ? Ont-ils réellement été les premiers à traduire Aristote, Ptolémée, Plotin ?
Bechara Boutros Raï Oui, ils ont joué un rôle important dans l’histoire. Les textes fondateurs qu’ils ont traduits se sont retrouvés ensuite dans les mains des traducteurs arabes avant que les chercheurs européens ne s’en emparent au XIIIe siècle. C’est au Liban sous l’Empire ottoman, en 1595 au couvent de Qazhaya, que naquit la première imprimerie du monde arabe, et elle a sauvé la langue syriaque-araméenne. Les religieux et arabes chrétiens cherchaient à échapper à la soldatesque des sultans en se réfugiant dans les montagnes de la « vallée sainte », la Qadisha.

Actuellement leurs descendants vivent en Syrie, en Iran, en Irak et dans le sud de la Turquie mais aussi en Europe et aux États-Unis.

Leur dialecte araméen est une langue sémitique devenue une langue écrite au début de l’ère chrétienne. Si les syriaques en ont conservé l’usage ainsi que dans leur liturgie, les maronites – sauf pour le clergé – l’ont progressivement abandonnée pour adopter l’arabe, langue de Mahomet.

Revue des Deux Mondes – Que vous a apporté votre formation chez les jésuites de Jamhour à Beyrouth ?

Bechara Boutros Raï C’est un collège de haut niveau culturel et moral où j’ai fait mes études complémentaires et secondaires. Les jésuites constituent une force dans l’Église, pas uniquement sur le plan de leur doctrine mais également sur le plan de l’esprit pédagogique qui prévaut. Ils nous ont beaucoup aidés dans l’apprentissage et l’acquisition d’une pensée rationnelle, claire et structurée. Les pères jésuites incarnent leurs valeurs. Ils sont curieux de toutes les cultures aux frontières de l’Église catholique.

À mon époque, les élèves musulmans assistaient au cours de catéchèse sans que personne ne les y oblige. Ils se rendaient nombreux à la messe sauf ceux qui n’y tenaient pas. Je me souviens d’un ancien camarade sunnite, Hassan Rifat, qui a obtenu tout au long de sa scolarité les premiers prix de catéchisme. Beaucoup des grandes familles de Beyrouth ont étudié chez les jésuites et en sont fiers. Parmi les chrétiens, on peut citer Amine Gemayel, l’ex-président de la République, son frère Bachir Gemayel, ou l’ambassadeur Bassam Tourba…

Revue des Deux Mondes – Qu’en a-t-il été de votre découverte de la spiritualité ignacienne avec la centralité de Jésus ?

Bechara Boutros Raï Si vous posiez cette question aux élèves musulmans qui étaient avec moi au collège, ils vous diraient que la centralité de Jésus était partout présente. Nous avons beaucoup appris en faisant la catéchèse mais surtout à travers l’exemple que donnaient les pères jésuites. J’étais un jeune moine paysan montagnard de 15 ans issu d’un milieu familial modeste quand les jésuites m’ont préempté comme boursier. J’arrivais du séminaire de l’ordre maronite, où j’étais entré à 12 ans pour suivre une formation théologique et religieuse, avec, comme le veut notre tradition de moine marianiste – qui voit dans la nature le souffle divin –, le rude apprentissage quotidien du labour et des autres travaux des champs.

En récréation, avec mon ami Hareth Boustany, qui est devenu le grand historien libanais spécialiste de la Phénicie, nous discutions de la foi, des saints païens de l’Ancien Testament tel le roi vertueux dans les pays du levant, la nuit tombe sur les chrétiens d’orient de la ville de Salem, l’ancienne Jérusalem. Et aussi des œuvres des grands écrivains catholiques, Mort où est ta victoire ? de Daniel Rops, Humanisme intégral de Jacques Maritain, l’Homme cet inconnu d’Alexis Carrel. Et Lourdes d’Émile Zola, ce grand roman de la douleur et de l’espérance dont l’auteur a fait le symbole de la lutte entre l’esprit de croyance et l’esprit de raison. J’ai rattrapé mon retard grâce à tous ces échanges passionnants sous un figuier centenaire.

Revue des Deux Mondes – Avez-vous des informations concernant le père jésuite italien Paolo Dall’oglio, refondateur du monastère catholique syriaque de Mar Musa, enlevé en Syrie en juillet 2013 ?

Bechara Boutros Raï Avant qu’il ne soit expulsé de Syrie en juin 2012, le provincial jésuite était venu me demander d’intervenir auprès des autorités syriennes pour plaider sa cause. « Dites-lui qu’il cesse de se mêler de politique », fut la réponse que j’obtins. C’est quand il est revenu clandestinement un an plus tard à Rakka, ville aux mains d’islamistes affiliés à al-Qaida, sans l’autorisation de son provincial ni de son évêque, qu’il a été kidnappé, le 29 juillet 2013. C’était malheureusement très risqué et dangereux pour lui.

Revue des Deux Mondes – Cet acte libre et courageux ne s’inscrit-il pas dans le droit-fil de la « radicalité » propre aux jésuites ?

Bechara Boutros Raï Comme religieux, il avait un devoir d’obéissance à respecter envers sa hiérarchie et ses supérieurs. C’était très imprudent de revenir en Syrie sans l’autorisation des autorités locales et sans papiers officiels. Nous réclamons toujours sa libération avec celle de deux autres prêtres – un Arménien catholique et un orthodoxe – ainsi que celle de deux évêques, Youhanna Ibrahim et Boulos Yazigi. Nous espérons qu’ils sont encore en vie. Mais nous n’avons pas de nouvelles d’eux, ce qui nous préoccupe beaucoup, d’autant qu’il n’y a eu aucune revendication. Le Qatar a promis de nous transmettre toute information qu’il pourrait obtenir. Mais pour l’instant nous ne savons rien.
Revue des Deux Mondes – Que sont devenues les douze religieuses grecques orthodoxes de Maaloula, où les rebelles n’ont pas respecté l’immunité d’un monastère dans une ville historiquement chrétienne ?
Bechara Boutros Raï Le pape François a lancé un appel pour les douze sœurs et « pour toutes les personnes enlevées en raison du conflit » en rappelant que de par le monde deux cents millions de fidèles du Christ ne peuvent vivre leur foi librement. On dit que les religieuses seraient à Yabroud, ville rebelle syrienne à une vingtaine de kilomètres au nord de Maaloula. Les rebelles, dont les djihadistes du Front el-Nosra qui occupent le couvent de Mar Taqla, réclament la libération d’un millier de détenus politiques en échange de leur liberté ! Elles sont donc utilisées comme otages et boucliers humains.

C’est ainsi qu’on cherche à faire fuir les chrétiens, par le biais de rapts, de pillages, de villages rasés et par la destruction d’églises ou l’occupation de monastères. En Égypte, depuis six mois, plus de soixante églises coptes ont été saccagées, brûlées ou bombardées.

Sans parler des écoles détruites comme tout ce qui porte le signe d’une appartenance aux chrétiens. La liberté de conscience n’existe pas chez les fondamentalistes islamistes. Qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, le pire ennemi des extrémistes est l’usage qu’ils font de la religion.

Revue des Deux Mondes – Pourquoi vous êtes-vous rendu à Damas dernièrement ?

Bechara Boutros Raï J’y suis allé pour assister à l’intronisation du patriarche orthodoxe et pour dire que nous, chrétiens, sommes une seule voix. C’était un geste fort, symbolique qui a été perçu comme tel par les chrétiens comme par les musulmans. Si vous venez chez nous à Beyrouth, cela veut dire que vous vous préoccupez de nous et nous le ressentons. En Orient nous vivons par et avec nos sentiments, qu’il est important pour nous de manifester.

Revue des Deux Mondes – Au début du conflit syrien, en septembre 2011, vous aviez opté pour une position médiane puisque les maronites sont divisés en deux camps – pro- et anti-syrien. Vous appeliez à des réformes par le dialogue en souhaitant « donner du temps au président syrien »…

Bechara Boutros Raï Ce qui me préoccupe, ce n’est pas la division des chrétiens, c’est la division des musulmans des deux branches antagonistes de l’islam, les sunnites et les chiites, et ses répercussions régionales et internationales. La grande question est : « Comment les réconcilier et couper court à cette montée fondamentaliste ? » Les maronites, eux, se partagent en deux camps : pro-Assad ou anti-Assad.
D’un côté on trouve les sunnito- chrétiens qui souhaitent un changement de régime en Syrie, et de l’autre les chiito-chrétiens qui considèrent que l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah apporte plus de garanties de survie aux chrétiens d’Orient qu’une alliance avec l’Occident. Mais sur toutes les affaires nationales, les chrétiens sont d’accord entre eux.
Revue des Deux Mondes – Avez-vous été mal compris ou soutenez-vous le régime de Bachar al-Assad ?
Bechara Boutros Raï Non, bien sûr, je ne soutiens pas le régime de Bachar al-Assad. Ce n’est pas dans la fonction d’un patriarche de soutenir tel ou tel régime, contrairement à ce qu’imaginent ceux que cela arrange. Je suis contre la guerre, contre la violence, contre la tyrannie et la dictature. Mais je refuse de passer du mauvais au pire. Un chef d’État occidental m’a répondu à cela : « I l ne faut pas sacrifier la démocratie au nom de la stabilité. »
Je voudrais profiter de cet entretien pour tenter d’éclairer l’Occident sur ce qu’il ne comprend pas de l’Orient. Vous m’avez posé cette question comme s’il s’agissait d’une évidence. Or l’Occident n’arrive pas à comprendre ni à admettre que les chrétiens respectent depuis toujours les autorités locales en place. C’est paradoxalement jusqu’à ce jour le meilleur garant de leur survie.
Revue des Deux Mondes – La laïcité sera-t-elle un jour concevable au Moyen-Orient ?
Bechara Boutros Raï La laïcité n’est pas acceptée par les musulmans et pas même au Liban. Elle est presque synonyme d’athéisme dans le lexique de l’islam. Si vous dites à un musulman le mot « laïcité », il le refuse. C’est presque une « hérésie » pour eux. En arabe nous disons « Dawla Madania » – par opposition à « État religieux » –, ce qui se traduit littéralement par « État dit civil » et se rapproche le plus du modèle laïc. Nous séparons religion et État sans toutefois dénigrer la religion. Au Liban, le Parlement ne légifèrera jamais sur des questions qui touchent à la religion comme l’avortement ou le mariage civil. En référence à l’article IX de notre Constitution unique dans le monde il est précisé que : « Le Liban rendant hommage à Dieu respecte toutes les religions, garantit leur statut personnel. » Le statut personnel englobe toutes les questions de religion. Donc la question du mariage civil est laissée aux autorités confessionnelles. La laïcité, c’est la séparation totale entre religion et État, et ici c’est impossible. Si vous dites à un Libanais qu’il est athée, vous lui faites une grande insulte. Même s’il l’est, il vous répondra qu’il est « plus croyant que votre habit noir ».

Revue des Deux Mondes – En quoi le Hezbollah peut-il se définir comme le Parti de Dieu ?

Bechara Boutros Raï Je respecte le Hezbollah mais cela me gêne. Pourquoi politiser Dieu ? Pourquoi dire que Dieu fait partie d’un parti ou qu’un parti relève de Dieu ? Les dignitaires se font appeler « les signes de Dieu ». Ayatollah signifie « le signe suprême de Dieu ». Or tout ce qui est radical est contre la religion, qui, à ce point politisée, ne relève plus de Dieu.
Revue des Deux Mondes – Mon ami l’historien Samir Kassir, assassiné en juin 2005, parlait d’un double sentiment de persécution et de haine de soi qu’ont les Arabes. Il pensait aussi que la démocratie dans le monde arabe passerait par un « printemps arabe » à Damas. Que pensez-vous des révolutions arabes ?
Bechara Boutros Raï Nous avons salué les manifestations populaires du « printemps arabe » en Tunisie, en Égypte, en Syrie. Mais que s’est-il passé tout d’un coup ? Comme par un tour de passe-passe « magique », ou plutôt tragique, ces manifestations populaires ont disparu. Les mouvements fondamentalistes ont pris la relève et la guerre civile est apparue. Telle est la situation en Égypte et aujourd’hui en Syrie, sans parler de la Libye !

Ces jeunes, quelle que soit leur religion, aspirent à la paix et veulent des réformes justes et attendues. Ils ont eu le courage de descendre dans la rue et ne souhaitent pas se livrer consentants aux mains rétrogrades des fondamentalistes. Bravo à la pression de la société civile égyptienne qui dit non à l’instauration d’une société islamique !

Le « printemps arabe », c’est bien autre chose que ce détournement grossier d’une démocratie piégée qui a tenté de revenir sur des acquis comme en Tunisie. Nous assistons au même phénomène en Syrie. Que les médias de masse véhiculent des mensonges ne signifie pas que l’on puisse cacher la vérité. C’est une révolution de l’homme et de l’estime qu’il doit avoir pour lui-même qu’il faut souhaiter. Et je m’adresse à ceux de l’ombre, ceux qui suscitent la terreur collective et soutiennent les groupes extrémistes pour déstabiliser un peu plus le monde arabe sur une telle échelle en dénaturant les espoirs des peuples.

Revue des Deux Mondes – Croyez-vous, comme Walid Jumblatt, le leader druze, que le monde arabe se meurt et qu’il va sombrer ?

Bechara Boutros Raï Non, ce n’est pas la fin du monde arabe ni la mort d’un peuple. C’est une très forte crise historique de la même portée que la fin de l’Empire ottoman et le découpage de la région qui s’en est suivi il y a plus d’un siècle. Il nous faut une réflexion unifiée de l’intérieur. Je ne suis pas utopiste mais le dernier mot ne peut jamais être le désespoir. C’est une très grave crise qui ressemble à celle d’un organisme vivant qui tomberait gravement malade. Tant qu’il n’est pas mort, il peut recouvrer la santé. Nous, chrétiens et musulmans, sommes tombés malades. Nous devons nous reprendre.

Souvenez-vous, dans son exhortation aux nations, le pape François a demandé au monde entier de « renoncer à la haine fratricide, au mensonge, à la prolifération et au commerce illégal des armes ». Il soulevait la question d’une économie mafieuse.

Je demande régulièrement, sans jamais recevoir de réponse, aux ambassadeurs des pays qui soutiennent les groupes extrémistes de réviser leur politique. Quid du marché des armes ? À quelles fins tant d’argent dépensé, tant d’appuis logistiques pour soutenir ces milices ? Tant de villes systématiquement détruites, tant de souffrances, tant de réfugiés dans le monde… Qui a intérêt à vouloir revenir au rêve du grand califat international ? Retrouverons-nous ces mêmes « sponsors de guerre » qui présenteront plus tard la facture de la reconstruction ? Toujours pas de réponse. Je ne sais plus qui a dit avec une triste ironie que Dieu a créé le monde, mais que l’économie le gère.

Revue des Deux Mondes – Merci, monseigneur. Une dernière question : pourquoi avoir choisi comme devise « amour et communion » ?

Bechara Boutros Raï J’ai choisi cette devise comme l’expression la plus représentative de la société libanaise. On ne peut pas vivre ensemble dans la haine de soi et de l’autre, ni dans la rancœur ou la rancune. Au Liban, nous avons besoin de nous sentir unis à Dieu pour créer une entente sur d’autres plans horizontaux. Si cette unité avec Dieu, qui est une verticale, est présente, alors il y a union avec tout le genre humain. On ne peut pas toujours rire et sourire car souvent on est ébranlé par tant de larmes et de traces de poudre dans l’encens de nos églises…

Mais dans le cœur, c’est toujours « communion et amour ». Merci à vous d’être venue à Bkerké, si près de Notre-Dame du Liban. C’est l’heure des vêpres, nous vous emmenons dans la prière.
Grand Interview réalisé par Isabelle Dillmann pour la revue des 2 mondes

mardi 25 mars 2014

Liban : Fête nationale dédiée au dialogue islamo-chrétien au Liban

Mardi 25 mars à 17 heures, la chapelle du collège jésuite Notre-Dame de Jamhour accueille la 8ème veillée de prière inter-religieuse « Ensemble autour de Marie ». En présence du P. Miguel Ayuso, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, porteur d’un message du pape, et devant un prestigieux parterre de responsables politiques, civils et religieux, textes, chants, témoignages et psalmodies issues des différentes traditions religieuses libanaises se succéderont. Accompagné de quatre jeunes de différentes confessions qui l’ont aidé à sauver ce qui pouvait l’être, le P. Ibrahim Surouj, propriétaire de la bibliothèque Saeh incendiée par des vandales à Tripoli en janvier, viendra ainsi redire l’importance de « l’unité » entre Libanais.

Ampleur

Depuis 2010, l’Annonciation, fête chrétienne célébrée le 25 mars, est devenue fête nationale au Liban, dédiée au dialogue islamo-chrétien. Pour avoir « plus d’impact sur les citoyens », le conseil des ministres a même décidé qu’elle serait « chômée ». D’année en année, l’événement gagne en ampleur. Désormais, toute la semaine, expositions, concerts et conférences se succèdent autour du thème de la rencontre.

Lundi 24 mars, un calicot représentant l’icône de l’Annonciation, encadrée à gauche par un extrait du Coran et à droite par le récit de l’Évangile de Luc, a été déployé sur la façade de l’Université libanaise, seul établissement universitaire public dans le pays. Devant 600 étudiants de toutes confessions, majoritairement musulmans, son recteur, chiite, a, dans son discours, repris la formule de Jean-Paul II sur le « Liban, pays message » et souligné l’importance de Marie dans l’islam. « Il a dit également qu’il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures, et que les musulmans attendent le messie qui viendra à la fin des temps pour unir l’humanité entière », résume avec enthousiasme Nagy El Khoury.

Une nouvelle culture

Le secrétaire général de l’Amicale des anciens élèves du collège jésuite de Jamhour est, avec son ami sunnite Mohammad Nokari, l’initiateur en 2007 de cette « rencontre spirituelle autour de la Vierge Marie ». « Nous lançons une nouvelle culture », assure-t-il, en multipliant les exemples, comme cette rencontre organisée dimanche à Saïda, grande ville sunnite du Sud du pays, au cours de laquelle « l’évêque grec-catholique local a pu rencontrer le mufti sunnite, le mufti chiite devant tous les responsables politiques locaux, Hezbollah compris »…

Désormais, la manifestation déborde largement des frontières de la capitale. Des associations partenaires comme le « Forum global des religions et de l’humanité », dont l’objectif est de promouvoir la diversité au sein de la société civile libanaise, participent à l’organisation d’« événements périphériques » dans tous les pays, en lien avec des associations locales. « Au Sud, au Nord, dans la Bekaa comme au Mont-Liban, des concerts, des conférences sont prévus », souligne l’une de ses fondatrices, Bassma Abdel-Khalek.

« Dans un contexte politique et sécuritaire fragile, alors que nous devons faire face aux défis de l’extrémisme, du refus du dialogue, nous voulons rappeler qu’il existe toujours un espace pour la rencontre humaine, au-delà des divergences politiques ou religieuses », précise la jeune femme, âgée de 27 ans. « L’Annonciation est au départ une fête chrétienne mais porteuse de valeurs, comme la fraternité, la bonté, qui nous réunissent. La présidente de notre ONG le redira ce soir à Jamhour : l’unité des Libanais est indispensable si nous voulons construire un pays meilleur dans lequel les nouvelles générations trouveront la paix ».



vendredi 22 novembre 2013

Syrie, ces combattants qui n'ont tiré aucun enseignement de quinze années de conflit libanais.

Les combattants qui se battent aujourd'hui sur le territoire syrien n'ont tiré aucun enseignement de quinze années de conflit libanais. Il apparaît déjà qu'en Syrie, 

1° - les chefs de guerre d'aujourd'hui deviendront les riches féodaux de demain.

2° - les combattants djihadistes de l'heure ne sont que les instruments et la chair à canons, sur laquelle s'assiéront les hommes politiques de l'après-guerre.

3° - le peuple d'hier qui s'est plaint de la corruption, de l'injustice et de l'indifférence des dirigeants, laissera à la génération future, une corruption totalement incontrôlable, une injustice désespérément irréparable, une indifférence encore plus répressive.

4° - le pays avait des richesses qui étaient plus ou moins partagées ; elles se retrouveront bien réduites et dans les mains d'une poignée de nouveaux riches.

5° - le peuple était fier de son pays mais il ne sera désormais plus qu'un étranger pleurant le passé. Il découvrira ses paysages défigurés, son environnement pollué, ses voisins dispersés, sa famille divisée, ses moeurs délabrés et son islam méconnaissable car bâti sur la persécution des minorités.

6° - les gens instruits qui pouvaient encore donner un peu de justice, d'éducation et de sagesse dans ce pays, auront disparu laissant la place à l'iniquité d'hommes ignorant le droit, qui n'éprouvent aucune considération pour la culture et l'instruction et ne reconnaissant que les intérêts matériels sans aucun sens du bien des autres.

7° - les combattants étrangers qui convoitent les biens du peuple ne seront jamais syriens car ce titre qui n'est pas seulement une nationalité mais un titre signifiant, dans le passé chrétien, se mérite par la fidélité et non par le crime sous des vociférations sacrilèges: « Le nom de Dieu, tu ne prononceras qu'avec respect ».

8° - les assassins sans scrupules qui ont coupé des têtes et tué des innocents seront rongés de culpabilité, comme ils seront plus tard consumés par le feu de l'enfer. 

9° - Nul ne sera heureux, ni les djihadistes et leurs suzerains, ni les victimes et leur proches, ni les dirigeants d'aujourd'hui et de demain, car le pays deviendra ingouvernable, appauvri, dépendant...et les crimes commis resteront des crimes commis.

10 - De la guerre du Liban qui fut un échec total, les protagonistes de cette nouvelle guerre syrienne n'ont pas tiré les leçons et il n'y a pas pire échec que celui qui n'a pas intégré les leçons du passé.

Le Veilleur de Ninive.

vendredi 1 novembre 2013

Syrie-Iran-Arabie. Nouvel ordre mondial.

Alain CORVEZ est Saint-Cyrien et colonel d'infanterie en retraite. il est un ancien conseiller du général commandant la Force des Nations unies déployée au Sud-Liban, ancien conseiller en relations internationales au ministère des Affaires étrangères et actuellement conseiller en stratégie internationale.

Les informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes, qui a remporté  toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe, est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes : la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard).

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions saoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.

L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.

Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Saoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne. Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi, de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas. Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollah au Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée.

Elle défend ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez - 26.10 2013.


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