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vendredi 22 novembre 2013

Syrie, ces combattants qui n'ont tiré aucun enseignement de quinze années de conflit libanais.

Les combattants qui se battent aujourd'hui sur le territoire syrien n'ont tiré aucun enseignement de quinze années de conflit libanais. Il apparaît déjà qu'en Syrie, 

1° - les chefs de guerre d'aujourd'hui deviendront les riches féodaux de demain.

2° - les combattants djihadistes de l'heure ne sont que les instruments et la chair à canons, sur laquelle s'assiéront les hommes politiques de l'après-guerre.

3° - le peuple d'hier qui s'est plaint de la corruption, de l'injustice et de l'indifférence des dirigeants, laissera à la génération future, une corruption totalement incontrôlable, une injustice désespérément irréparable, une indifférence encore plus répressive.

4° - le pays avait des richesses qui étaient plus ou moins partagées ; elles se retrouveront bien réduites et dans les mains d'une poignée de nouveaux riches.

5° - le peuple était fier de son pays mais il ne sera désormais plus qu'un étranger pleurant le passé. Il découvrira ses paysages défigurés, son environnement pollué, ses voisins dispersés, sa famille divisée, ses moeurs délabrés et son islam méconnaissable car bâti sur la persécution des minorités.

6° - les gens instruits qui pouvaient encore donner un peu de justice, d'éducation et de sagesse dans ce pays, auront disparu laissant la place à l'iniquité d'hommes ignorant le droit, qui n'éprouvent aucune considération pour la culture et l'instruction et ne reconnaissant que les intérêts matériels sans aucun sens du bien des autres.

7° - les combattants étrangers qui convoitent les biens du peuple ne seront jamais syriens car ce titre qui n'est pas seulement une nationalité mais un titre signifiant, dans le passé chrétien, se mérite par la fidélité et non par le crime sous des vociférations sacrilèges: « Le nom de Dieu, tu ne prononceras qu'avec respect ».

8° - les assassins sans scrupules qui ont coupé des têtes et tué des innocents seront rongés de culpabilité, comme ils seront plus tard consumés par le feu de l'enfer. 

9° - Nul ne sera heureux, ni les djihadistes et leurs suzerains, ni les victimes et leur proches, ni les dirigeants d'aujourd'hui et de demain, car le pays deviendra ingouvernable, appauvri, dépendant...et les crimes commis resteront des crimes commis.

10 - De la guerre du Liban qui fut un échec total, les protagonistes de cette nouvelle guerre syrienne n'ont pas tiré les leçons et il n'y a pas pire échec que celui qui n'a pas intégré les leçons du passé.

Le Veilleur de Ninive.

vendredi 14 juin 2013

La bataille d'Alep a commencé.

Alep - 18 Juin 2013 - 21:41 (Agence Lomad) - C'est le Chaos qui règne à Alep. La nuit les rebelles lancent des obus par dizaines sur les quartiers chrétiens. Hier trois explosions se sont produites à quelques mètres de la maison.

Tous les jours la monnaie locale perd de sa valeur. Hier, le dollar  dépassait les 230 livres syriennes, tandis que l'Euro atteignait le niveau des 300 livres de Syrie.

Les commerçants sur place n'acceptent plus la monnaie nationale ; ils n'acceptent de vendre qu'en échange de dollars, devise devenue introuvable.

La pauvreté et la misère ravagent les familles; toutes les familles restées sur place; familles pauvres ou familles moyennes. La vie chère devient tous les jours plus insupportable. Le "borghol" atteint 150 L.S. le kg; le riz est à 170 L.S., le fromage est à 450 le kg tandis que la viande atteint les 1400 L.S. le kg. Le prix du gaz s'élève à 4500, l'huile d'olive à 500 L.S. le litre.

Parmi les soldats chrétiens en service, et les miliciens de cette confession, on compte en moyenne 10 martyrs par semaine dans toute la Syrie. Les enlèvements et les vols en plein jour dans les maisons sont continus. Les chrétiens cherchent des armes pour se défendre.

Concernant les deux évêques et les deux prêtres enlevés, nous sommes sans nouvelles d'eux, mais des rumeurs circulent qui disent que l'un des évêques est mort; cette nouvelle accroît la panique chez les chrétiens.

Alep - 14 Juin 2013 - 06h15 - Il y a 2 heures, l'Armée Arabe Syrienne a annoncé le début de l'opération "Tornedo Oriental". Les affrontements entre elle et la rébellion "n'ont jamais été aussi intenses". 

"Les obus tombent de partout sur les quartiers chrétiens. La panique s'empare des habitants qui se sentent coupés du monde".


"Nous espérons que cela ne durera pas trop longtemps. Priez pour nous" nous dit un habitant d'Alep.

dimanche 5 mai 2013

Un documentaire russe sur la guerre en Syrie.

Ceci est un documentaire très émouvant sur la guerre en Syrie. Il n'est pas à conseiller aux plus jeunes, âgés de moins de 16 ans. Le commentaire est en langue russe mais sous-titré en anglais. S'il est émouvant, c'est en raison du fait qu'on y voit des personnes sans défenses et dans une grande souffrance. 

Lorsque l'on habite "hors de Syrie", on constate, avec impuissance, que les dirigeants, dont le rôle est de faire le bonheur des hommes, et qui savent normalement défendre leurs intérêts, assistent à l'événement sans vraiment s'engager pour la paix. Certains gouvernants font preuve de gesticulation tactique, mais sans plus. 

Prenons le cas des pays d'Europe qui se sont résolument rangés du côté des rebelles, mais n'ont guère rééquilibré leur politique en constatant la prolongation du conflit, la souffrance du peuple syrien et finalement le fait que rebelles et djihadistes ne sont pas plus respectueux des règles de la guerre ou des minorités, que les membres de l'appareil du régime. Ne serait-ce pas le signe que ni la paix, ni démocratie n'ont la priorité dans leur plan ? Quel serait donc l'objectif des pays européens ? Ici la traditionnelle question semble  opportune : Posons-là : "A qui profite le crime ?"




mardi 30 avril 2013

Syrie : Quels mobiles pour les djihadistes ?

Notre article s'appuit sur une video représentant de jeunes belges partis faire la guerre en Syrie - Suivre le lien pour visionner la Vidéo.

Eh voilà, des belges quittent l'Europe pour la Syrie y mener le djihad....Nous aurions dit "bon débarras" si ce n'était pas nos frères chrétiens de Syrie, qu'ils allaient y trouver. 

Ces jeunes partent au service d'un dieu criminel leur donnant ordre de tuer des infidèles. Mais comment se fait-il que l'homme ait besoin de croire en un tel dieu, donneur d'ordre de tuer ? Comment les musulmans parviennent-ils à réconcilier la foi en un Dieu miséricordieux avec celui qui lance ses "fidèles" à l'assaut des infidèles ? On pourrait penser qu'Allah n'est en réalité "miséricordieux que pour déculpabiliser le combattant au djihad". Au coeur de cette contradiction, doit-on douter de la miséricorde d'Allah ou de sa volonté de djihad seulement ? 

Essayons d'y voir clair en tentant de comprendre les mobiles profonds de ces jeunes qui laissent l'Europe qu'ils avaient adoptée, pour repartir dans une aventure qui rappelle étrangement la croisade chrétienne du XIIe siècle. Finalement ces "musulmans djihadistes" ne seraient pas meilleurs que les croisés qu'ils honnissent; ils en seraient même les précurseurs, puisque l'expansion et le colonialisme étaient tous deux contenus dans la prédication après l'hégire, le Coran, et par la suite dans les faits, puisque la conquête de l'Arabie, de la Syrie et de l'Egypte furent un fait colonial. La différence entre les djihadistes du XXIe siècle et les croisés, ce sont les huit siècles de retard qui séparent les premiers de la croisade ; il ne faut pas oublier que si les croisés avaient entrepris une expédition coloniale, dans laquelle ils ne s'étaient pas toujours conduits de façon exemplaire, arrivés sur place, ils avaient fourni un effort considérable d'architecture, construisant châteaux, forteresses, églises et monastères qui sont restés jusqu'à nos jours en dépit des négligences, des guerres et des dégradations, tandis que ces misérables combattants qui laissent l'Europe pour la guerre en Syrie, ils vont en terre chrétienne, détruire et ne rien laisser après eux. Quel drame l'obscurantisme...

Tentons à présent de comprendre les raisons d'un tel engouement pour le djihad. Interrogeons-nous sur les mobiles qui peuvent pousser des djihadistes à courir à la mort ? De quels ordres ces mobiles seraient-ils  ?

Mobile spirituel ? Pour atteindre le spirituel, l'esprit doit nécessairement s'associer à la raison afin que par cette dernière, l'homme domine ses sens et s'élève au niveau de l'esprit. Or une fois auprès de ce dernier, nous ne voyons pas comment l'homme peut y renoncer et revenir à des instincts de mort. Dans la réalité, les psychologues diront que ce n'est pas l'esprit qui pousse l'homme au djihad, mais bien ses pulsions et ses instincts charnels. Le Coran traite pourtant du djihad...il est vrai, mais nous y voyons une contradiction entre la miséricorde de Dieu et son appel à tuer les infidèles. Pour sortir de cette contradiction, il apparaît nécessaire d'adopter l'interprétation de certains Imams qui assimilent le djihad à un combat contre soi. Sans ce rectificatif public, qui réfute le djihad contre le non-musulman, nous restons dans la contradiction, et l'Islam demeurera une religion fragile sur le plan doctrinal et spirituel, bien que solide par l'approche totalitaire et irréversible de son message et de sa réalité. 

Mobile matériel ? Ces jeunes qui partent recevraient dit-on des émoluments pour aller faire la guerre ; le Qatar et l'Arabie-Saoudite seraient les pourvoyeurs de fonds. Mais en Europe, les aides et les allocations devraient normalement être suffisantes pour dissuader les hommes et les femmes de se retrouver dans le désespoir financier; les rémunérations qataro-saoudiennes seraient-elles si supérieures aux allocations que dispensent les pays d'Europe ?  Certains sont peut-être aussi tentés par le butin qu'ils pourraient ramener de Syrie. La tradition guerrière des arabes veut que le butin fasse partie des fruits de la victoire mais pour certains, on peut penser que le mobile matériel n'est pas suffisant pour partir en guerre; il ne ferait qu'accompagner d'autres mobiles notamment.

Mobile stratégique ? On pourrait penser que les services secrets européens et belges en particulier , poussent les cellules d'islamistes à se rendre en Syrie pour y combattre en espérant qu'ils se fassent tuer sur place. La création de foyers de guerre, ici ou là, ne serait-elle pas l'approche américaine qui a suivi les événements de New-York de Septembre 2011, pour attirer les terroristes hostiles et les faire tuer sur place par des régimes et des pays dont les Etats-Unis et leurs alliés veulent la destruction ? Si c'est le cas, la stratégie est pensée mais elle a un coût moral très élevé car elle s'exécute au prix du sacrifice de centaines de milliers d'innocents et de la destruction de peuples et pays à l'histoire très ancienne. En admettant la validité de cette thèse, le peuple syrien dans son entièreté, et le régime, bourreau qu'il était, deviennent les vrais victimes de cette entreprise criminelle et transforme de ce fait le regard en une vue admirative et très respectueuse des nouvelles victimes.

Mobile de jeunesse ? A vingt ans, la jeunesse d'où qu'elle vienne, n'a-t-elle pas l'énergie qui lui fait éprouver le désir de changer le monde ? Elle rêve d'un monde d'où se trouve exclues toutes imperfections et scories. Certains en arrivent à vouloir plaquer dans la réalité ce monde rêvé ; on pense que la guerre est la manière la plus rapide d'imposer ce monde nouveau, mais on oublie que le parcours de la guerre transforme bien des rêves en des cauchemars. La déception qui suit est aussi profonde que la brutalité de la guerre qui se déroule. L'erreur de partir en guerre est certainement humaine mais aussi doctrinale et théologique ; il est erroné de croire que le monde d'Allah va s'installer sur un charnier d'infidèles. 

Mobile social ? Il doit bien y avoir une sorte de solidarité sociale qui stimule les jeunes immigrés en partir "ensemble" faire le coup de feu dans ce foyer de guerre où l'on peut tuer des minorités sans prendre trop de risques. L'individualisme des pays européens est tellement exacerbé qu'un idéal communautaire fait nécessairement partie du rêve de la jeunesse. Le regard des musulmans européens est plus que négatif sur l'individualisme que cultivent les sociétés occidentales libérales. C'est cet individualisme-là, que les musulmans vivant en Europe, cherchent à fuir car il les rend mal à l'aise par son indifférence, sa dureté, son mépris même. N'est-ce pas d'ailleurs le cas du regard catholique sur l'égoïsme de l'idéologie libérale ? L'Individualisme occidental est très opposé à la notion de communauté qui fait parti des idéaux religieux. Le mouvement djihadiste, qui se veut communautaire autour de l'Islam, s'inscrirait dans un effort de construction de la communauté musulmane universelle.

Mobile psychologique ? Le mobile psychologique est subtil et plus complexe. Nous renvoyons au spécialiste pour l'analyse approfondie des considérations psychologiques de l'islamisme *. En nous limitant au mobile du djihadiste, on ne peut que deviner un culte de la mort préalable à son engagement. En Islam, chez les prédicateurs et les djihadistes, le passage par la mort est souvent annoncé comme "le remède" des problèmes non-résolus. Même lorsque le djihadiste parle d'une guerre de défense, il s'abrite derrière "une morale impeccable", rigidité bien connue dans les cas de paranoïa, pour en réalité poursuivre sa quête d'Allah qui passe inexorablement par la mort. Cette poursuite de la mort est continue, puisqu'elle se "poursuivra jusqu'à ce que l'humanité confesse qu'il n'y a de Dieu qu'Allah".

Chacun de ces mobiles se justifie par des erreurs et possède ses remèdes propres ; le rôle des Etats et des Organisations Internationales est bien d'y travailler pour éviter les impasses et le fait que les remèdes ne soient qu'une traversée de la mort et de la violence.  

Le Veilleur de Ninive.

* Cf. Psychologie de l'Islamisme par Felix Savarel - 2012.

lundi 22 avril 2013

Malgré le silence media, Alep est toujours en guerre.

Moins l’on parle des malheurs d'un pays en guerre, plus notre vigilance est requise. Que se passe-t-il donc à Alep ? Un trêve ? Une paix ? 

Point du tout.

Dans les quartiers chrétiens, la menace continue à peser lourdement. Les francs-tireurs, postés sur la "colline de la Vierge" dit également quartier de Cheikh el-Maksoud, ne baissent pas la garde.

L’armée arabe syrienne aurait repris le tiers de la colline, mais elle n'a pu empêcher le vol des biens privés par les rebelles de l’ASL et de Forsat Al-Nosra (le mouvement vassal d’Al-Qaïda) qui les ont ensuite revendu à bas prix à des bandes de voleurs qui les revendaient au « souk al-haramiyyeh » (souk des voleurs).

Quant aux voitures volées, elles sont ensuite conduites vers les villes d'Afrine et d'Azaz situées à 30 kms d'Alep, ou bien sont-elles exportées en Turquie.  

Les enlèvements se poursuivent ; Un commerçant chrétien Malek J. a pu être libéré contre une rançon importante alors que la rumeur, au sujet des deux prêtres enlevés il y a plusieurs semaines, est très inquiétante. Auraient-ils été égorgés ?

Il est question que l’armée arabe syrienne ouvre d'ici quelques jours, l’aéroport d’Alep.La récupération de Sfireh et de la Banlieue-Est d’Alep, lui permet un retour en force dans cette zone.

Nous semblons être dans un processus de mise en place du siège de la ville d'Alep, par l’armée arabe syrienne, et notamment de la vieille ville où se trouvent concentrées les bandes de miliciens avec leurs armes.

Notre quotidien s’est un peu amélioré. Si les chrétiens enterrent toujours leurs morts sur un terrain provisoire, offert par le gouverneur et situé près du couvent des carmélites, (les rebelles contrôlant les cimetières chrétiens), nous recevons l’électricité six heures dans la journée et l’eau nous parvient durant trois heures quotidiennement.

Grâce à une initiative des pères jésuites et sous le patronage de la ville d’alep, plusieurs mouvements laïques, scouts, croissant-rouge, union des étudiants (chabibet al-thawrat) et autre volontaires, vont se mobiliser pour procéder au nettoyage de la ville afin de retirer les tonnes d’ordures qui s’y trouvent entassés. Sans ce travail, les épidémies menacent, surtout à l’approche de l’été.

Un autre signe qui pourrait être perçu positivement réside dans le fait que de nombreux réfugiés partis en Turquie, Liban et Jordanie, tentent le retour pour échapper aux scandales dont ils ont eu à souffrir dans les pays d'accueil : jeunes filles vendues pour mariages forcés, traitements inhumains, manque de nourriture et de médicaments.

L’économie syrienne est toujours une économie de guerre. Le dollar dépasse les 123 livres syriennes alors que l’Euro est à 155 livres syriennes. L’or au gramme, a atteint 5200 livres.

Avec cette « très relative accalmie », on commence à percevoir ce que pourrait être les problèmes d’un après-guerre. Comment faire sans palais de justice, sans registres personnels et de commerce, sans dossiers de retraites, avec des centaines de milliers d’enfants qui ont manqué l’école ? Mais de la guerre, nous ne sommes pas encore sortis. Les bombes et les tirs de francs-tireurs se poursuivent. Les universitaires ne se rendent plus à l’université à cause de ces derniers.

Acharnés depuis le début de la confrontation, les rebelles ne savent plus comment détruire la Syrie. Ils auraient trouvé une nouvelle arme, celle de  la drogue qu’ils fournissent aux jeunes. Ils diffuseraient même un produit excitant donnant des hallucinations à ses consommateurs pour les inciter à se joindre au mouvement de "rébellion".

Enfin, nous aimerions dispenser le lecteur de ce chapelet de méfaits dont souffre notre pays et sa société ; hélas, nous pouvons encore ajouter la mise sur le marché de produits alimentaires intoxiqués et d’origine turque ; plusieurs décès ont été recensés par suite de la consommation d'huile d’arachide, d'araq ou encore de lait en poudre travesti vendu sous la marque « Nestlé ».

Comme dans toute autre guerre, le trafic des organes devient monnaie courante.

Nous espérons que le prochain écrit fera part d'une amélioration plus sensible. En attendant, nous avons toujours besoin de votre soutien, Ô lecteur.

Le Veilleur de Ninive.

jeudi 14 mars 2013

Guerre de Syrie, Quelles conséquences ?

Alep - 14 mars 2013 - La guerre est un désastre général. En parler, n’est autre qu’égrainer un cortège de conséquences dramatiques et fatales ; et pourtant, la vie nous fut donnée pour la vivre et la vivre pleinement, non pas dans la solitude exposés à la mort, mais avec les autres, ceux qui pensent, qui vivent, qui croient et qui aiment différemment de nous. Lorsque nous nous présenterons devant la face du Très Haut, Il nous interrogera sur le nombre de ses enfants, éloignés de Lui, que nous Lui aurons ramenés et non pas sur le nombre d’infidèles tués.

Noircir une feuille de papier avec les misères de la guerre de Syrie est singulièrement désolant ; la désolation sera plus grande encore, lorsque le conflit prendra fin ; tous les protagonistes se feront alors la réflexion : « A quoi bon cette guerre » ? Telle est peut-être la question la plus redoutable, qu’il revient à chaque dirigeant d'un grand pays de se poser rapidement, sans quoi cette interrogation viendra plus tard, les frapper de plein fouet et ils éprouveront alors tous, coupables et innocents, le remords et la tristesse de n'avoir pas su épargner au peuple syrien les conséquences de cette terrible tragédie.

Un être normalement constitué et instruit, ne peut éluder cette interrogation qui est un effort de l’esprit certes, mais aussi et surtout une réaction d'émergence au milieu de l’indifférence. Dans le court-terme d'une guerre, les assassins sont illusionnés ; ils ne perçoivent pas les conséquences de leurs méfaits ; leurs amis preneurs d’otages, leurs cousins trafiquants, leurs voisins spéculateurs, leurs oncles sponsors sont dans le même état d’esprit mais à long-terme, les conséquences se révéleront à leurs yeux, comme la photographie sous l'effet du révélateur ; la guerre libanaise nous a montré l’échec, sur toute la ligne, d’une guerre interne ; tout comme le Liban, la Syrie était belle, elle se réveillera défigurée. L’environnement s’améliorait, il sera méconnaissable. Le voisinage était familier, il deviendra étranger. Les personnes instruites qui enrichissaient le peuple de leur savoir et élevaient les humbles de leur vertus, laissent la place à des ignorants qui ne connaissent que le toucher de l’argent. Ceux qui auront quitté le pays, dans l’espoir de trouver une terre d’accueil, réaliseront leur appartenance à une minorité culturelle qu’ils auront adoptée, en échange de la minorité confessionnelle à laquelle ils appartenaient chez eux, en Syrie ; ce pays désormais déboussolé et déséquilibré par le départ de ses minorités, se retrouvera dans des mains incultes et grossières.

Dans la réalité quotidienne de ce calvaire syrien, à quoi assiste-t-on nous présentement ?

Nous assistons à une misère matérielle galopante bien naturellement : Le passage de la pauvreté à la misère a poussé les filles de certaines familles à la prostitution. Pour ces familles-là, la location du corps, est la seule source de revenus possible. Quel drame !

Nous assistons à l’émigration et au départ d’un pays aimé, vers un pays inconnu, pour aller découvrir un ailleurs où l'étranger est toléré, quand il ne récolte pas l'indifférence froide, voire glaciale. On parle déjà d’un million de réfugiés syriens ; on dit que le Liban est submergé par ses réfugiés.

Nous assistons à la naissance d’une caste médiocre et mécréante de trafiquants, de rôdeurs en chasse, d’éléments armés qui, après un premier crime deviennent des criminels professionnels, dont les actes nous sont présentés comme la traduction d’une recherche de liberté, d’une insurrection contre la dictature, d’une défense de la patrie ; chaque bord arborant des slogans idéaux et abstraits, mais en attendant, chaque partie bafoue la dignité de l’autre, retire l’espoir de vivre et décime des familles entières. Quelle aubaine pour ces criminels !

Nous assistons à l’inquiétude croissante des familles chrétiennes, empêchées de fuir le pays à cause de la pauvreté et forcées d’inciter leurs jeunes gens à rejoindre les « comités populaires » constitués pour défendre les zones à forte population chrétienne.

Nous assistons au réflexe de défense d’autres jeunes gens, allés renforcer les « phalanges » du parti Baath, afin de soutenir l’armée arabe syrienne, contre une modique somme de 12.000 livres syriennes (100€).

Nous assistons aux conséquences fatales pour cette jeunesse chrétienne qui, toutes les semaines, perd cinq à six de ses frères dans l’un des deux secteurs chrétiens d’Alep.

Nous assistons à des suicides de pères de familles chrétiennes qui franchissent le pas du désespoir faute de pouvoir nourrir les leurs. Six cas sont déjà connus à Alep. Au fil de la détérioration, la mort prend pour certains, les traits d’un mirage de liberté, aspirant des personnes totalement démunies et sans ressources.

Nous assistons à l'abus d’alcool ; une mort plus lente que le suicide, qui passe par l’appauvrissement de l’âme sous l’exaltation des sens. C’est ce qui arrive à des jeunes syriens chrétiens, qui ne trouvent plus la manière de faire connaître leur détresse. Ils se révoltent contre la patrie et la religion puis tombent sous l’emprise de l’alcool.

Nous assistons à l’aventure inconsciente et au dénouement fatal pour des jeunes gens, qui ont préféré s’embarquer clandestinement sur des bateaux amarrés dans les ports turcs, espérant rejoindre la Grèce ou l’Italie, mais dont le sort ne fut pas plus heureux qu’en Syrie, car la traversée ne fut que de courte durée. Les fourgons, dans lesquels ils avaient trouvé refuge, ayant été jetés à la mer.

Nous assistons à la division au sein de la famille entre sympathisants du régime et partisans des rebelles.

Nous assistons à la division conjugale qui suit la ruine du père et la perte de l’emploi ; la fierté des syriens, les empêchant de tendre la main aux organisations caritatives, des couples préfèrent la division et le divorce, au choix de solliciter une association charitable ; dans bien des cas, la mort naturelle, par infarctus de l’époux, apporte la solution.

La société syrienne qui était si friande de visites familiales et amicales, s’est émiettée en deux ans. Les combats et les risques imprévisibles ont réduit sensiblement les mouvements des habitants hors de chez eux. Après le repas de midi, les rues se vident et les rares taxis qui circulent, ont décuplé leurs tarifs.  

Nous pouvons poursuivre le chapelet de misères, car les conséquences de cette guerre sont sans mesure. Conséquences psychologiques et pathologiques, conséquences d’autres natures aussi, mais imaginons seulement un pays qui manque de façon criante de médicaments et de médecins. Telle est la Syrie d'aujourd'hui qui connaît une mortalité infantile dramatique faute de soins, et une espérance de vie en chute sensible. Dans la seule ville d’Alep, le nombre de médecins spécialistes, rattachés à l’hôpital, est passé de 290 à 40.

Dans leur hargne à tuer, les combattants empêchent même les vivants d’enterrer les morts. Les musulmans ne parviennent plus à mettre en terre les leurs, car les cimetières musulmans sont sous le contrôle de l'Armée Syrienne "Libre" ; aussi réquisitionnent-ils les petits jardins de quartiers pour y déposer les corps.

Quant aux chrétiens, privés des prêtres, qui furent contraints à prendre la fuite, pour éviter les menaces des terroristes, les voici inhumant leurs morts sans célébrant ; un laïc récite une simple prière et les avis sont publiés sur facebook.

En évoquant les conséquences du conflit syrien, nous avons traversé un tunnel lugubre d’actes sombres et négatifs que les acteurs du cette tragédie projettent sur les innocents et leur entourage ; mais l’espoir, dit-on, est au bout du tunnel et en Syrie, le sourire vient de ces gestes qui étonnent et émeuvent, des familles qui, malgré la détresse, se montrent à chaque instant solidaires ; de ces portes de maisons encore préservées, qui s’ouvrent, de cette tendresse et de ces larmes qui volent au secours des faibles et des fragiles, des réfugiés et des souffrants. Le peu qui reste est partagé.

En définitive, l’espoir ce sont les hommes et les femmes qui vivent et se nourrissent de la foi. Ces prêtres, ces moines et ces laïcs qui mettent en commun, leur énergie et leurs biens pour venir au secours des familles, sans penser aux risques et sans attendre des moyens importants.

L’espérance pour la Syrie ce sont ces Eglises devenues lieux de charité et d’amour envers les chrétiens et les musulmans.

Le Veilleur de Ninive

lundi 22 octobre 2012

Scandale - des femmes, des enfants et des vieillards chrétiens enlevés.


Réfugiés syriens - Menaces sur les moeurs.

Kfar Bohm (Région d'Alep) - 23 Octobre 2012 - Le scandale continue...; aujourd'hui encore un autre minibus qui conduisait des jeunes filles chrétiennes a été arrêté et les jeunes filles ont été enlevées. Le véhicule venait de Kfar Bohm pour se rendre à l'Université d'Alep.

Jdaydeh, Ya'coubieh, Qnayeh - 24 Octobre 2012 (18h) - Nous venons d'apprendre, il y a une heure, que les passagers chrétiens du minibus qui assurait la liaison Jdaydeh, Yacoubieh, Qnayeh Alep ont été libérés, à la suite de négociations menées par des interlocuteurs musulmans qui ont réussi à persuader les ravisseurs de relâcher leurs otages pour la fête d'Al-Adha, sans versement de la rançon demandée (5 mio de LS).

Jdaydeh, Ya'coubieh, Qnayeh - 22 Octobre 2012 - Des passagers chrétiens qui se trouvaient dans un minibus les ramenant des trois villages de Jdaydeh, Yacoubieh et Qnayeh vers Alep, ont été enlevés alors que leur minibus se trouvait à 35 km de sa destination.

Dans le véhicule public se trouvaient des femmes, des enfants et des personnes âgées; les hommes jeunes et mûrs ne se déplaçant plus, de crainte d'être enlevés. 

L'autobus était attendu à 11h du matin à Alep. Ne le voyant pas arriver, un mère a pu entrer en contact téléphonique avec son jeune fils pour apprendre qu'il était pris en otage au même titre que les autres passagers.

samedi 20 octobre 2012

La tragédie des chrétiens dans « l’enfer d’Alep »

Les chrétiens d’Alep sont victimes de mort et de destruction suite aux combats qui, depuis des mois, intéressent leur ville. Les quartiers chrétiens, ces derniers temps, ont été frappés par les forces rebelles qui combattent l’armée régulière et ceci a provoqué l’exode des civils. C’est ce que déclare dans un message pressant envoyé à l’Agence Fides un prêtre gréco catholique d’Alep, auquel Fides préfère garantir l’anonymat pour raisons de sécurité.

Le message, intitulé : « Vivre en chrétiens dans l’enfer d’Alep » explique : « Depuis longtemps, les chrétiens d’Alep vivent dans des quartiers très proches entre eux : Sulaymaniyah, Aziziyah, Villas,Telefon Hawaii, Al Jabiriyah, Al Maydan, Al Surian, Al Tilal. Ces zones sont actuellement sous le contrôle de l’armée régulière syrienne alors que des zones proches sont occupées par l’opposition armée. C’est pourquoi nos quartiers font quotidiennement l’objet de bombardements et de tirs de francs-tireurs rebelles. Les bombardements sont parfois aveugles, sans but précis et ceci cause d’importants dommages aux maisons ou des victimes innocentes tels que des passants ».

Le prêtre dresse à Fides la liste des dernières victimes au sein de la communauté : « Nos derniers martyrs sont Fadi Samir Haddad, Elias Abdel Nour, Nichan Vartanian, Vartan Karbedjian, Maria Fahmeh et le petit Joël Fameh, toutes victimes innocentes ». Il passe ensuite en revue les dommages aux structures : « L’archevêché gréco catholique à Tilal a été intéressé par des dommages importants sachant que le Père Imad Daher a été blessé. Des tirs de mortier ont endommagé l’église de Saint Michel Archange tout comme un important  couvent féminin à Aziziyya. Un édifice pastoral de la communauté gréco catholique, appelé l’Espérance, a été frappé, tuant trois personnes et faisant 10 blessés parmi les civils ». Le couvent de Sulaymaniyah des frères franciscains a lui aussi été touché et se trouve partiellement inhabitable.

Entre temps, poursuit le texte, « des bombes continuent à tomber sur le quartier d’Amildan, à majorité arménienne, bombes qui sont lancées par des groupes de l’opposition armée qui se trouvent à Bustan el-Bacha. Ces derniers ont tué plusieurs personnes et en ont blessé d’autres, détruisant de nombreuses maisons  ». Certains groupes au sein de cette opposition multiforme dont font partie des formations djihadistes, « tirent sur les maisons et les édifices chrétiens afin de contraindre les occupants à fuir et en prendre possession par la suite » conclut le texte.

Source : Agence Fides

dimanche 7 octobre 2012

Qui est le vrai fauteur de guerre en Syrie ?

Cet article est paru sous un autre titre : "USA : pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie". Nous avons préféré lui substituer la forme interrogative afin de permettre au lecteur de découvrir par lui-même la réponse. 

Jadis, l’Occident menait la Guerre Sainte pour répandre le christianisme et la civilisation. Aujourd’hui, la religion nouvelle s’appelle « droits de l’Homme », « démocratie » ou « protection des civils ». Au nom de ses valeurs et de ses intérêts, l’Occident, Etats-Unis en tête, ne recule devant aucun sale coup : financement de groupes d’opposition et de filières terroristes, désinformation, opérations psychologiques (Psyops), livraison d’armes, formation de mercenaires, actions de sabotages et de déstabilisation, embargos et sanctions, attentats ciblés, attentats aveugles et au besoin, bombardements massifs.

Si la Syrie est aujourd’hui dans la ligne de mire de nos Etats, ce n’est certainement pas parce que le régime maltraite ses opposants. Nous avons vu en effet comment nos élites pouvaient faire preuve de compassion et d’indulgence envers leurs alliés régionaux qui ne sont pas moins violents comme le régime de Tel-Aviv, celui d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, de Ben Ali en Tunisie, celui des Saoud au Royaume du même nom ou celui des Al Khalifa au Bahreïn.

D’abord, la Syrie paie le prix de son attachement à sa souveraineté nationale. C’est le dernier pays arabe capable de résister au courant néoconservateur qui déferle avec le soutien de l’Occident sur les pays de la région à la faveur du « printemps arabe ».

Ensuite, la Syrie subit des représailles pour son insoumission à Israël. L’alliance stratégique que Damas a tissée avec l’Iran et les organisations de la résistance libanaise et palestinienne est un crime grave et sans appel aux yeux de nos élites. Officiellement en état de guerre avec Israël, l’Etat syrien est de surcroît doté de la dernière armée arabe capable de résister à la superpuissance de Tsahal.

Tous les mémorandums altruistes de l’Occident sur la Syrie ne servent qu’à dissimuler ces deux réalités. Pour se rendre compte de l’imposture humanitaire, est-il besoin de rappeler l’aveu d’Henry Kissinger, ancien secrétaire d'Etat sous le président Ford, affirmant que « les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts » (cf. Georges Soros, On Globalization, New York Review of Book, 2002, p. 12) ?
Nous aurions bien voulu croire que la mission de nos élites soit de répandre le Bien. Mais nous pensons avoir le droit d’être sceptique quant aux intentions et aux moyens mis en œuvre en Syrie par ceux-là même qui nous avaient tant promis l’avènement de la démocratie en Afghanistan, en Irak ou en Libye.

La Libye pour ne citer que cet exemple a curieusement disparu de nos écrans-radars alors que les milices y font régner la terreur et procèdent à une épuration ethnique et religieuse méthodique. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques accusés de loyauté envers l’ancien régime et d’émigrés subsahariens croupissent dans plusieurs prisons secrètes. Ces détenus sont quotidiennement torturés et parfois assassinés dans l’indifférence générale. Tous les jours, des attentats sont commis par des inconnus et des règlements de compte opposent des bandes rivales. Les tombeaux des saints considérés comme « hérétiques » sont détruits un à un sous le regard bienveillant des nouvelles forces de « sécurité » (cf. De Morgen, 30 août 2012). Bref, la Libye est en pleine voie de « somalisation ».

Depuis dix-neuf mois, un feu destructeur ravage la Syrie. Affirmer que ce feu est alimenté par la seule intransigeance et la seule brutalité du pouvoir syrien est parfaitement malhonnête. Car ce feu n’est ni une nouveauté ni exclusivement dû à des facteurs intérieurs. Ce feu est en effet entretenu sous forme de guerre larvée par les puissances occidentales depuis la libération de ce pays en 1946 du joug français. Soucieuse de restaurer leur tutelle sur la Syrie, ces puissances coloniales ont indirectement contribué à la militarisation de ce pays en soutenant la création et l’expansion d’Israël (1948) ainsi que toutes les pétromonarchies du Golfe dont le discours religieux sectaire s’avérait utile face au panarabisme prôné entre autres par l’Egypte de Nasser et la Syrie baassiste. En avril 1949, pour établir leur hégémonie sur la Syrie et soulager Israël, les USA ont soutenu le coup d’Etat du colonel Za’im. En 1957, soit bien avant l’avènement de la Syrie d’Hafez el-Assad, l’axe américano-britannique a planifié d’assassiner trois dirigeants syriens jugés trop pro-soviétiques (cf. Ben Fenton, The Guardian, Macmillan backed Syria Assassination Plot, 27 septembre 2003). A l’époque, tous les plans de renversement du régime baassiste ont été envisagés par la CIA et le SIS (MI-6) : organisation de troubles, appels à l’insurrection, création d’un « Comité Syrie Libre », armement de l’opposition, « activation des Frères Musulmans à Damas ». Bien naïf serait celui qui nierait la similitude entre cet épisode de l’histoire syrienne et la situation actuelle.

Revenons un moment sur le traitement de l’information à propos des événements récents. A partir de mars 2011, profitant de l’agitation naissante dans le pays, nos experts en communication ont exagéré le poids de l’opposition et l’ampleur de la violence d’Etat tout en minimisant le réel soutien populaire dont dispose le gouvernement de Damas ce que d’ailleurs l’ambassadeur de France en Syrie Eric Chevalier n’a pas manqué de reprocher à son ministre Alain Juppé. On nous a sciemment caché la militarisation d’une partie de l’opposition syrienne et la présence de groupes terroristes s’infiltrant depuis le Liban, une réalité pourtant constatée dès le mois d’avril 2011 par des journalistes d’Al Jazeera, la chaîne qatarie. La censure imposée par le patron d’Al Jazeera alias émir du Qatar sur les événements qui révéleraient la conspiration anti-syrienne a contraint ces journalistes à faire « défection » pour utiliser un terme que l’on nous sert toujours à sens unique.

Qui plus est, à vouloir dénoncer systématiquement la propagande de l’Etat syrien, la presse mainstream occidentale a soit gobé soit alimenté la propagande de l’opposition radicale allant jusqu’à déguiser des massacres de soldats ou de civils par des terroristes en « crimes de la dictature » comme à Jisr-Al-Choughour (juin 2011), Houla (mai 2012), Deir Ez Zor (mai 2012) ou Daraya (août 2012). On peut en conclure que l’Occident mène au moins une guerre psychologique contre la Syrie.

Est-il cependant raisonnable de croire que l’Occident n’est pas militairement engagé dans ce pays ?

En automne de l’année dernière, lorsque le gouvernement syrien a appelé les conjurés à déposer les armes, Victoria Nuland, porte-parole du département d’Etat US, a sommé ses protégés syriens de désobéir. Parallèlement, les agents de la CIA et leurs acolytes européens ont incité les soldats syriens à passer dans les rangs d’une armée de mercenaires placée sous commandement de l’OTAN par le truchement de l’armée turque.

Sans surprise, les QG de l’Armée syrienne libre (ASL) installés au Hatay accueille désormais des terroristes du monde entier désireux d’en découdre avec les Syriens patriotes accusés d’être des « infidèles » à la solde de « l’ennemi chiite ». Ces terroristes y reçoivent une formation militaire, des armes, des pick-up surmontés de fusils-mitrailleurs, des MANPAD (systèmes portatifs de défense anti-aérienne) et des appareils de communication performants.

« Nous avons surtout récupéré des roquettes RPG9 puisées sur les stocks de l'armée saoudienne » jubile un rebelle dans les colonnes du Figaro (28 juin 2012) qui ajoute « Elles ont été acheminées par avion, jusqu'à l'aéroport d'Adana, où la sécurité turque a surveillé les déchargements avant de savoir à qui ces roquettes allaient être destinées ». Petits détails : l’armement saoudien est essentiellement américain et la base turque d’Adana dont parle le terroriste, est la base américaine d’Incirlik. L’Occident s’est longtemps défendu de fournir des « moyens létaux » aux terroristes alors que des agents du Service fédéral de renseignement (BND) croisant au large de la Syrie transmettaient des informations concernant les mouvements des troupes syriennes aux services britanniques et US pour qu’elles parviennent aux rebelles (cf. Bild am Sonntag, 19 août 2012).

Selon le Sunday Times, les services britanniques basés à Chypre ont eux aussi aidé les insurgés à mener plusieurs attaques. Le fait d’indiquer à ces derniers à quel moment et quel endroit ils doivent tirer sur les troupes syriennes ne revient-il pas de facto à participer militairement au conflit ? L’Occident semble donc loin d’être neutre et habité par de louables intentions. En cette époque de crise et de récession, il peut même se targuer de mener une guerre low cost dans laquelle les seules victimes sont des Arabes.

En rappelant ces faits, notre but n’est absolument pas de minimiser les responsabilités du gouvernement de Damas dans la terrible répression du mouvement de contestation syrien, les crimes d’Etat commis au nom de « la paix et la sécurité », le degré de corruption de certains hauts fonctionnaires de l’Etat, la cruauté de ses services de renseignement, ni l’impunité dont ils ont trop longtemps bénéficié. Tous ces facteurs internes de la tragédie syrienne font partie des éléments déclencheurs de la légitime révolte populaire lancée en mars 2011.

Nous réitérons au passage notre profonde indignation face au degré de violence du conflit syrien et souhaitons que le peuple syrien puisse accéder à l’improbable démocratie à laquelle il aspire légitimement.

En soulignant le rôle de l’Occident dans la militarisation de l’Etat syrien, nous tenons avant tout à renouveler cet avertissement à ceux qui croient en « la libération » du peuple syrien par la voie des armes : au-delà du caractère illégitime de l’action de nos pompiers pyromanes, celle-ci a pour seul résultat l’augmentation de la souffrance de ce peuple et entraîne inexorablement l’humanité dans une aventure aux conséquences que nul ne peut aujourd’hui mesurer.

Les show médiatique d’un Laurent Fabius qui appelle au meurtre du président syrien (en déclarant qu’il ne mérite pas de vivre), celui d’un Didier Reynders qui vient de plaider au sommet de Paphos pour « le devoir d’ingérence » en Syrie ou les déclarations scandaleusement violentes de l’administration Obama ne font que précipiter l’humanité vers ce chaos.

Hier -au nom du respect de la souveraineté des peuples, de l’humanisme et de la paix-, nous, avons dénoncé l’invasion de l’Afghanistan sans pour autant éprouver de sympathie pour les Talibans. Nous avons manifesté contre l’invasion de l’Irak sans pour autant défendre le président Saddam Hussein. Nous avons protesté contre l’ingérence occidentale en Côte d’Ivoire sans être des laudateurs du président Laurent Gbagbo. Nous nous sommes indignés de l’implication occidentale dans la guerre civile libyenne sans adorer le dirigeant Kadhafi. Et aujourd’hui, nous nous insurgeons contre l’intervention militaire en cours en Syrie sans pour autant être des partisans du président Bachar El-Assad.

Constatant que la destruction de la Syrie ne profite qu’à ses ennemis de toujours, conscients que seules les initiatives prônant la paix, le dialogue et la réconciliation pourront offrir une alternative digne et viable au peuple syrien, nous appelons tous les véritables amis de la Syrie à condamner l’ingérence de nos dirigeants dans les affaires intérieures de ce pays.

Auteur : Bahar Kimyongür - Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS) 

Dans le cadre du lancement de notre campagne pour la paix, le dialogue et la réconciliation en Syrie, nous avions appelé à protester contre l’ingérence militaire occidentale par un rassemblement devant l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles le mardi 25 septembre dernier. 

Pour le Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS) Bahar Kimyongür - USA : pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie.

dimanche 30 septembre 2012

Situation toujours très tendue à Alep.

Alep  - Des éléments armées de l'ASL s'en prennent à la maison d'une famille chrétienne.



Alep - Les souks sont incendiés et les antiquités volées.

Alep - Samedi 29 Septembre 2012 - Les souks de la ville d'Alep réputés pour être les plus beaux après ceux d'Istamboul et le Caire dont la longueur atteint 13 Km et datant du XIIème siècle sont incendiés l'un après l'autre par les bandes armés de l'Armée Syrienne Libre. Que fait l'UNESCO ? 

Des voleurs turcs s'en prennent aussi aux antiquités qu'ils volent et ramènent en Turquie. Des icônes du XVIe siècle sont volées et revendues. 

Le Patriarche Gréogoire III Laham : Ce qui nous protège ce n'est pas l'Occident mais notre histoire et notre civilisation.

Syrie - Samedi 29 Septembre 2012 - Le Patriarche Grégoire III Laham, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, a renouvelé son refus catégorique de toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie, soulignant que ce qui nous [chrétiens] protège ce n'est pas l'Occident, mais notre histoire et notre civilisation.

Le patriarche a indiqué dans une interview donnée à la télévision hier, qu'il priait pour la Syrie demandant à Dieu de protéger ses enfants de toute haine, condamnant les groupes terroristes armés qui commettent des actes criminels et des enlèvements de citoyens innocents dans le but de se procurer des fonds. Il a souligné que deux prêtres étaient détenus depuis plus de 70 jours sans que l'on ne sache ce qu'il est advenu d'eux.

Sa Béatitude le Patriarche a ajouté qu'il avait visité un certain nombre de villes et de régions de Syrie et qu'il était en contact quotidien avec les citoyens syriens qui lui affirment avec certitude la présence de combattants étrangers en grand nombre dans les rangs des groupes terroristes armés. Par ailleurs, le Patriarche a critiqué les positions du Père Paolo da l'Oglio vis à vis de la Syrie rappelant que le Père Paolo ce n'était pas la Syrie.

Dans un autre contexte, le Patriarche a insisté sur le fait que les dirigeants syriens assumaient leur mission officielle et qu'ils n'étaient affiliés à aucune partie contre une autre, travaillant en faveur de tous les syriens.

Il a également souligné l'importance de se consacrer à la réconciliation en Syrie tout en notant l'évolution positive du ministère chargé de la réconciliation nationale entre les diverses factions et tous les enfants de la Syrie.
Il a assuré que cette mesure positive était importante dans les circonstances présentes que traverse la Syrie, appelant au soutien à ce ministère, notamment de la part des autorités religieuses.

samedi 29 septembre 2012

Alep : Au coeur de la violence, des gestes de courage et d'humanité

Au milieu de la violence et de la désorganisation, des haines et des mensonges, des pleurs et des désespérances, Alep offre toujours à ses habitants des gestes d’espoir.

Un obus tombe le 27 Septembre dans l’appartement d’une famille chrétienne, belle, paisible, en pleine jeunesse. Nous vous parlons de Raymond, de Marie et de Joelle leur fille ; ils ont un petit garçon qui est sorti pour acheter des sucreries ; durant ces quelques minutes d’absence du petit, un obus les frappe dans leur appartement. Ils sont atteints. Marie l’épouse et Joëlle leur fille tombent et ne se relèvent pas ; elles décèdent sur le coup. Raymond grièvement blessé doit être immédiatement emmené à l’hôpital. Qui va le faire ? Ce sont leurs voisins musulmans qui se dévouent.

Au premier hôpital visité, le Médecin-Chef refuse de recevoir le blessé. Scandale ! mais sans réfléchir, les ambulanciers de circonstances repartent avec le blessé pour « l’hôpital national ». A l’arrivée une dizaine de volontaires se précipitent pour donner leur sang afin de sauver le malheureux ; aucun chirurgien n’ose apparaître à l’exception d’un seul qui se propose d’intervenir en catimini [car les chirurgiens craignent d’être saisis de force pour soigner les combattants]. A Alep, le système d’assurances sociales ne fonctionnant plus, ce sont les mêmes voisins, ambulanciers et musulmans qui prennent sur eux les frais de médicaments. Ils ne s’arrêtent pas à ce geste puisqu’ils repartent en direction du premier hôpital pour y faire mettre le chirurgien indigne à la porte.

Cet autre récit concerne un homme, qui a fait parti des services secrets. A présent, il est reconverti dans la production de pain ; il en fabrique pour aider. Il en produit une trentaine de kilo par jour ; il y a lieu de dire que le pain étant très prisé, il faut parfois attendre entre 5 et 8 heures pour acheter un kilo de cette denrée. Un voisin musulman lui achète sa production pour la faire distribuer gratuitement aux pauvres chrétiens.  

Laisser nous vous relater ce fait. En l'absence du Croissant rouge, paralysé, une petit équipe composé d'un moine-prêtre et d’un Imam accompagnés de jeunes garçons et filles volontaires traversent sous le feu, les quartiers de « Midan » et « Sulaimanieh » pour aller aider, sauver, et rendre visite aux détenus des prisons ou pour porter à manger à ceux qui ne veulent pas laisser leur maison par crainte de vols.

On ne vous a pas encore parlé du Frère Georges Sabeh, un Frère Mariste qui a ouvert son couvent pour recevoir les familles réfugiées provenant des quartiers chrétiens. On ne vous a pas mentionné le Couvent des Jésuites, Saint Vartan ou celui des Franciscains et même encore les Mosquées qui sont ouvertes à tous pauvres dans le besoin. Le bon samaritain de l’Evangile avait-il fait la distinction entre la religion, l’ethnie ou la couleur ?

Toujours fidèles, toujours nobles et fiers, les bédouins de Deir Hafer qui se trouvent dans le rif-Est d’Alep, n’hésitent pas à traverser plusieurs barrages de l’ASL, en risquant leur vie, pour venir porter blé, légumes, olives et moutons aux réfugiés chrétiens.

Nous devons une pensée particulière à tous ces soldats de l’armée syrienne tombés en portant secours aux civils.  

Mais enfin seriez-vous autant touché que votre rapporteur par cette invitation de l’Imam de la Mosquée du quartier qui a invité un chrétien à donner son témoignage sur la Vierge mais aussi sur l’Islam tel que perçu par un chrétien ? Oui. Cette rencontre aura lieu lundi prochain 1er Octobre 2012 à la Mosquée même, à Alep.

Témoignage et exemple du dialogue des civilisations et des religions qui est vécu ici en Syrie, de manière profonde et qui forme la particularité de ce pays. Si le Liban est un message de convivialité islamo-chrétienne, la Syrie est un modèle de dialogue authentique et profond entre l’islam et le christianisme.

jeudi 27 septembre 2012

Alep : Menaces extrêmes sur les Chrétiens.

A diffuser : Alep - Les combats demeurent féroces. L'ASL subit des pertes très lourdes. 

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (23h10) - Ce soir les accrochages sont plus ponctuels et restent limités à certains secteurs notamment à la vieille ville.

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (18h35) - Depuis ce matin l'armée a employé les grands moyens et déployé tous ses efforts pour protéger les quartiers chrétiens. "Les bombardements des nos quartiers ont causé des dégâts matériels surtout à "Sulaimanieh" qui a reçu une trentaine d'obus tirés par des éléments de l'Armée Syrienne "Libre"''.

Des combats féroces se poursuivent, encore, sans interruption. De sources fiables, nous apprenons que le nombre de tués, membres de l'ASL ou Salafites non-syriens, dépasserait les 400. Il s'agirait pour beaucoup d'éléments arrivant des banlieues d'Alep par voiture, dans des "Dochka".

La minorité de la population de la ville qui pensait encore que nous avions affaire à une insurrection poursuivant un "idéal démocratique", commence à comprendre qu'on leur a joué une farce et que la finalité poursuivie par les stratèges est la destruction de la Syrie. Ceux-là qui ont hébergé dans leurs quartiers les groupes de l'ASL ont vu leur maison détruites et s'en mordent les doigts.

Au vu de l'évolution de la population qui prend ses distances avec l'ASL, nous retrouvons notre optimisme pour l'avenir et nous croyons que tôt ou tard les blessures du coeur se cicatriseront ; nous déplorons tous les innocents tombés de deux côtés d'ailleurs, mais la Résurrection arrivera un jour bientôt, et très probablement le régime syrien se transformera, si l'Occident et ses alliés israélo-arabes, poursuivent des buts plus nobles et traitent le problème avec diplomatie.

Le Couvent des Franciscains incendié

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (10h15) - Nous venons d'apprendre que le Couvent Saint Antoine de Padoue des Franciscains à Alep (Ghassanieh ) vient d'être attaqué et incendié par les hordes armées de l'Armée Syrienne "Libre". Le Couvent comprenait un dispensaire médical et une maternité.

Nuit cauchemardesque.

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (8h30) - Etant donné le retour de l'électricité et du réseau Internet, nous pouvons à nouveau dire au monde que les gens ici vivent des heures de cauchemar ; la nuit fut indescriptible. La panique des enfants était à son paroxysme ; il a fallu leur administrer des calmants afin de pouvoir dormir. Des sédatifs aux enfants ? Vous rendez-vous compte ? Les femmes quant à elles ont passé la nuit en larmes. 

Ce fut sûrement la nuit la plus meurtrière que nous ayons vécu ; les obus tombaient toutes les minutes sans relâche. L'armée patriotique syrienne a donné ordre de ne pas laisser les maisons, de peur que les bandes armées n'occupent les immeubles. Ces dernières annoncent aux minarets des  mosquées qu'Alep doit choisir : Se rendre ou être entièrement détruite [Ce sont les démocrates qui parlent ainsi ; ceux qui nous sont promis par certaines puissances]. Malgré tout, nous croyons que Notre Seigneur Jésus est avec nous. Il ne peut être avec ces barbares, pour l'essentiel, étrangers qui nous assènent des obus toutes les minutes. 

Alep - Des martyrs innocents et sans armes tombent actuellement sous les armes de criminels lâches et cagoulés.

Menaces extrêmes sur les Chrétiens d'Alep qui sont désarmés.

Alep - Jeudi 27 Septembre 2012 (19h40) - Nous venons d'apprendre par un témoin direct que des criminels "masqués" membres de l'Armée Syrienne "Libre" et appuyée des Salafistes ont enlevé 15 chrétiens dans le quartier de Sulaimanieh ; il les ont abattus de sang froid puis les ont jetés sur la chaussée, à titre d'exemple pour les chrétiens d'Alep.

Combats très féroces à Alep ; tous les quartiers chrétiens bombardés et menacés par l'ASL.

Alep - Jeudi 27 Septembre 2012 (19h) - Depuis 16h. des dizaines d'obus tombent sur tous les quartiers chrétiens d'Alep en particulier sur Sulaimanieh et Azizieh, Midan...

L'Armée Syrienne "Libre" (ASL) a déclaré que le compte à rebours était à zéro et que l'heure fatidique était arrivée pour la destruction d'Alep.

Des centaines d'hommes armés, sans autre idéal que le meurtre, se rapprochent des quartiers chrétiens en provenance des localités d'Idlib et de la banlieue alépine; ils essayent d'aider la dite Armée Syrienne "Libre". L'ASL tente d'assiéger Alep mais l'armée, avec ses hélicoptères, bombarde les hordes armées. 

Les familles chrétiennes se regroupent, forcées de traverser les voies jonchées de cadavres. 

Notre correspondant nous informe que 23 personnes de sa famille l'ont rejoint dans sa maison. Les médecins  coupent leur téléphones portables, car l'ASL recherche les chirurgiens pour les obliger, par la force, à les accompagner pour aller soigner les blessés.

La situation est gravissime. En dépit de cela, la foi en la Providence Divine résiste. 

lundi 24 septembre 2012

Alep : Une veillée sur la terrasse.

Alep - Lundi 24 Septembre 2012 - Il est 3h du matin sur la terrasse d'un immeuble d'Alep. Ici, il n’y a pas de toits en pente mais un simple recouvrement à plat. En ces jours d’affrontements urbains, les terrasses constituent un lieu de sortie favorable pour bien des familles qui n’osent plus mettre le nez dehors. Au moment où le soleil se couche, les voisins des différents étages arrivent progressivement à partir de 21h, pour y passer ensemble le restant de la soirée.

Le regroupement du voisinage s‘effectue en trois cercles. Le premier à se former est celui des hommes qui sont les premiers à monter ; hommes mariés et célibataires s'y retrouvent à l'heure convenue. Ils s'installent et rapidement abordent le sujet presque unique de leurs conversations : la politique et la situation sécuritaire en ville et dans le pays. Deux heures plus tard, avant que les enfants n'arrivent avec leurs jeux, se présentent les femmes venues rejoindre leurs époux et les jeunes filles célibataires. Les conversations se déplacent sur des considérations plus particulières ; chacun évoque les difficultés qu'il rencontre. Nous avons avec nous un fonctionnaire qui s'étend sur les malheurs de ses collègues, leur enlèvement et le pillage de leurs maisons ; puis les échanges tournent autour des réfugiés fraîchement arrivés en provenance d’autres quartiers. Nous plaignons la pauvreté des familles et le manque croissant d’aliments de base tels que les fromages et les viandes. La viande qui se vend encore n’est plus très fiable. Les animaux, vaches et moutons, tombent malades. Les bouchers abattent les bêtes sans surveillance, puisqu’il n’existe plus d’abattoirs en activité.

Le dialogue entre voisins n’en reste pas là. Les hommes s’interrogent sur les questions religieuses. Comme chrétien, je reçois les interrogations au sujet des différentes confessions chrétiennes ; Les uns et les autres demandent mon éclairage, car on me sait versé dans les questions religieuses. Quelle est la différence entre l’Islam et le Christianisme ? Quelle est la vision de la Vierge dans la religion des disciples du Christ ? En matière de morale, l’attitude et la mentalité des Occidentaux est un sujet qui intrigue. Mon point de vue, fondé sur ma connaissance de l’Occident m’est demandé. « Est-ce vrai que les habitants des pays de l’Ouest n’ont plus de mœurs ? « La pornographie ne serait-elle pas devenue leur modèle de vie » ? Il faut alors expliquer la dimension commerciale de ce phénomène qui est celui de l'érotisme et de la  pornographie répandus dans les espaces publics.

Bien entendu, les échanges glissent sur les dernières réactions relatives au film « L'innocence des musulmans » et les caricatures de Charlie Hebdo sur le Prophète Mohamed….et l’un de nos voisins, fidèle disciple du Prophète, de rappeler l‘existence de vrais musulmans qui croient  en la tolérance et qui la vivent.

Les femmes, ayant retrouvées leur place sur la terrasse, sont vite orientées sur les problèmes d’approvisionnement car elles ont le souci de nourrir les familles; tâches de haute importance en ces temps de pénurie. Elles se suggèrent mutuellement des plats à cuisiner mais aussi, pour la soirée, préparent ensemble le maïs sous forme de pop-corn ; on mange beaucoup de maïs en Syrie mais pas seulement car après 23 heures, les familles se mettent à dîner pour la deuxième fois, lorsque les épouses ont rejoint leur conjoints : Le Mezze alépin, qui est un des meilleurs au monde, ne perd pas ses droits, même en temps de guerre interne : « Tabouleh », « Fattouch » ces salades réputées se préparent toujours. On termine par les fruits, le thé et le café.

Certes, il y a les risques dus à la violence des armes, il y a ceux qui pèsent sur les enfants, premières victimes du conflit, mais dans la tête des femmes, il y a aussi les ravages secrets de la guerre. Les mœurs sont bousculées ; On se brouille entre frères mais aussi entre époux. La tension est parfois très forte ; il est alors difficile de conserver la tête froide. Les hommes sont parfois loin d’être dignes ; on le voit sur le terrain ; mais aussi dans leur vie familiale, ils multiplient les épouses en séquence, trouvent des raisons de divorcer et la préoccupation féminine se résume à rechercher le moyen de conserver le cœur du conjoint. Ah la sale guerre....

Réunion vers le milieu de la nuit, hommes et femmes tous ensemble passent au second dîner;  on se nourrit mais il faut aussi changer l’atmosphère, surmonter l'inquiétude ; chacun apporte son trait d’humour, sa blague  qui va lui faire oublier quelques instants la lourdeur pesante dans le coeur ; c’est à celui qui sera le plus drôle, jusqu’à l’instant d’après où tous les présents sont secoués par l'explosion de la fusée « Hawn » et par le bruit assourdissant des avions de chasse qui survolent le quartier avant d’aller lâcher leurs bombes sur les zones occupées par les « rebelles » ; et puis, le bruit sourd des explosions cède la place aux incendies.

Sur la terrasse, après les détonnations, comme dans une sorte d’insouciance, l’ambiance redevient familiale, les murs confessionnels, ethniques, religieux et même politiques s’écroulent. Les partisans du régime et les opposants non-violents, qui refusent de prendre les armes [car ils souhaitent vraiment la démocratie] se remettent à échanger ; les partisans non-violents des deux bords refusent de contribuer à la destruction du pays; ils ont le même problème et la même finalité « comment améliorer la société en éliminant le plus possible la corruption et l'injustice » ?

La nuit avance en profondeur, l’acceptation de la réalité violente et intolérable est bien dans les esprits, on me demande alors de m’étendre sur les différentes doctrines des yézidis, des druzes... Nous approchons 2 heures du matin, le moment pour les musulmans de prier ensemble tandis que nous, chrétiens de la terrasse, nous prions « Notre Père » et nous « Saluons Marie » pour la paix en Syrie. Et la prière se poursuit avec un chant à Marie entonné par les chrétiens et des versets coraniques sur la Vierge psalmodiés par un voisin musulman. La nuit avance au son des chansons du « Kouddoud Halabieh » qu’accompagne le « ‘oud » d’un jeune homme qui joue de toute son âme comme persuadé que le son de son instrument va ramener la paix.

Nous nous retrouvons ainsi dans l'ambiance des premiers temps du Christianisme où les chrétiens, « unis dans un même cœur », celui du Christ, partageaient leur nourriture. Ces moments sont une vraie consolation et promettent une résurrection proche pour la Syrie souffrante, trébuchante, lancinante, qui se relèvera de la conspiration.

L'auteur a demandé à rester anonyme.

vendredi 21 septembre 2012

Alep : périls et consolations.

Durant les sept semaines écoulées, Halab [Alep], une des cités les plus anciennes de notre histoire, est restée sans communications. Quelle misère ce fut....Le peuple et les autorités étaient persuadés que la ville serait pacifiée en une semaine car nul ne s'attendait à voir surgir autant d’éléments armés et autant de truands étrangers. On avance le chiffre de 60.000, dont 80% seraient venus d’autres pays et un grand nombre se reconnaissant salafistes de la mouvance d'al-Qaïda.

Si au début de la bataille, qui porte son nom, la majorité de la population d’Alep avait montré de la sympathie à l'égard du régime, une petite partie, dans certains quartiers, ne s'était pas privée de soutenir l’Armée Syrienne « libre ». Mais aujourd’hui, ceux-là même qui avaient espéré dans la "démocratie" promise,  regrettent amèrement leur choix initial car ils ont pu voir de leurs yeux les crimes et les destructions occasionnés par ces bandes armées. Comment ont-ils pu espérer à l'avènement d'une démocratie au bout du fusil promise, avec l'appui de leurs parrains, par ces éléments armés plus formés à détruire qu'à construire : "Oui, la fin ne justifie pas les moyens"; la démocratie ne peut supporter tant de crimes et de destructions commis en son nom.

Sur le terrain, l’ASL avait réussi à pénétrer le quartier des services de sécurité à Alep. Les habitants de la ville ont alors assisté à des batailles presque confraternelles ; que d’argent déversé aux "rebelles" de l’ASL pour que leurs bandes tuent leurs "collègues" de la sécurité ?

Dans les premières semaines de la bataille, l’ASL avait pu également profiter de la présence d'observateurs de l'ONU pour pénétrer les vieux quartiers, pensant que l'armée syrienne ne pourrait les en déloger de peur de porter atteinte aux bâtiments et aux familles de ces quartiers.

Actuellement, la bataille fait rage, mais cette fois les unités d’élite de l’armée syrienne sont venues renforcer les troupes déjà présentes sur place.

On estime qu’à la caserne de Hanano, l’Armée Syrienne « Libre » a perdu plus que 2000 hommes mais curieusement elle semble continuellement alimentée en effectifs.

La plupart des églises du quartier de Jdeideh ont été bombardées et saccagées par les bandes armées. La brutalité de ces dernières, n’empêche pas l’armée syrienne de progresser sur le terrain toutefois la progression est très lente.

Lorsque l’ASL est entrée dans le quartier à majorité chrétienne de Midan, de nombreuses familles ont pris peur et sont allées se réfugier auprès de proches dans d’autres parties de la ville ou encore dans des villages proches d’Alep, Qnaeh et Ya’coubieh. En revanche, les familles aisées ont pour la plupart quitté le pays en direction du Liban, de la Jordanie ou même de l’Europe. Dans l’ensemble, on estime à 35% les chrétiens qui ont quitté la vile d’Alep.

Les sorties d'Alep ne sont plus possibles ; la route de l’aéroport est contrôlée par l’ASL qui n’hésite pas à enlever les jeunes gens dans le but de les incorporer à leur troupe ou pour obtenir des rançons en échange de leur liberté.

Pour les chrétiens, rester sur place comporte des risques :
  • économiques dus à l’absence de travail ; les usines étant fermées faute d’activité.
  • d'être contraints de vendre les quelques biens de famille restants afin de continuer à vivre.
  • d'être pris en otage par les salafistes déambulant dans les rues avec leur drapeau noir et déclarant ouvertement « il n’y a pas de place pour les alaouites et les chrétiens ».
  •  le risque de dhimitude à l’égal de ce qui s’est produit dans d’autres pays ; l’Egypte n’y est-elle pas en voie ?
Quant aux lignes de front, elles n’ont pas beaucoup bougé. Les positions des belligérants sont plutôt stables et pour les deux protagonistes, la bataille d'Alep demeure décisive du sort de la Syrie ; cela explique la détermination des deux parties. Le bruit court que l’ASL se cramponne à Alep car elle aurait reçu des instructions du Qatar et d’Arabie-Saoudite de ne quitter la ville qu’une fois celle-ci détruite.

Désormais, chrétiens et musulmans, sont forcés d’espérer la victoire de l’armée syrienne dans cette bataille d'Alep car bien peu de citoyens se reconnaissent dans ces bandes armées.

Alep, il faut le dire, est coupé du reste du monde. Bien peu de marchandises rentrent dans la ville qui jusqu’à peu était un des nerfs commerciaux de la Syrie.

[Ici, notre correspondant a du interrompre son témoignage car l’heure de la coupure d’électricité était arrivée. Il a renvoyé la suite le lendemain.]

Cela fait bientôt deux mois que nous sommes sans « Mazout ». Les stations d'essence ont été fermées par l'armée syrienne pour dégager les routes et raréfier l’approvisionnement des bandes armées. Le gaz nous vient d’autres villes ; il est vendu au marché-noir. Le prix de la bouteille est passé de 300 livres (€3,44) à 5500 livres syriennes (€53). Quant à l’essence, son prix se situe à 300 livres (€3,44) alors qu’il était il y a quelques mois à 50 livres syriennes (€0,57).

Au cours des dernières semaines, nous avons connu une coupure d’électricité qui a duré une semaine et des interruptions dans la distribution de l'eau durant de longues heures quotidiennement, en raison du bombardement par l’ASL des centres de distribution.

En dépit de cette tourmente et des francs-tireurs postés au haut des immeubles, les églises sont pleines de fidèles. Même les plus récalcitrants d'autrefois se déplacent pour la « Maison de Dieu », pour appeler le secours du Très-Haut. A l’entrée des églises se tiennent désormais des « comités populaires en armes » ; ils sont soutenus et financés par l’armée et leur rôle est de protéger la population. Malheureusement beaucoup d’entre-eux ont été abattus par les éléments armées de l’ASL.

Quant aux écoles d’Alep, près de 20 % ont été détruites alors que 60% des bâtiments scolaires sont occupés par les refugies qui proviennent des quartiers détruits ; il faut dire que même les écoles privées sont menacées par l'Armée Syrienne « libre »; aussi la reprise scolaire n’a-t-elle pas eu lieu à Alep.

L’Université est également close. Les examens de l’année dernière ne se sont pas tenus et les cours de cette année ne sont pas près de reprendre.

A Hanano, les bureaux du recrutement pour le service militaire ont été détruits. Les banques sont dans l’incapacité d’ouvrir leurs portes en raison des menaces constantes émanant des bandes armées à l’affut des mauvais coups. La police est inexistante, le non-respect du code de la route est indescriptible. Des milliers de maisons sont construites de manière illégale, un peu partout dans le pays.

Les familles sont divisées et nous assistons à des situations dramatiques puisque dans une même famille des membres se rangent avec le régime, d’autres avec l’ASL. Les frères s’entretuent parfois et font sauter la maison de l’autre, des autres. A Midan comme à Salah-Eddine, les agents de l'ASL se font les serviteurs des bandes de voleurs qui leur donnent 100.000 livres syriennes (€1200) pour vider un immeuble pour leur compte. Les magasins aussi sont vidés. Un souk de receleurs a vu le jour ; il est communément appelé « al-Souk el Haramiyyeh ». On y vend des machines domestiques, réfrigérateurs, télévisions et autres équipements…à des prix très modiques.

Toutes ces violences n’ont pas nécessairement affecté les relations islamo-chrétiennes. Celles-ci demeurent normales entre les familles ; toutefois les salafistes sèment la terreur. Au contraire et paradoxalement, les familles se sont rapprochées ; tous les soirs, on les voit se réunir sur les terrasses des immeubles partageant la soirée jusqu’à une heure avancée de la nuit.

C’est ainsi que dans notre immeuble, une quinzaine de familles chrétiennes, musulmanes, kurdes, alaouites, arméniennes, passent la soirée ensemble ; elles partagent le pain et plus généralement le repas du soir, s’entraidant pour les funérailles de l’un ou de l’autre et allant jusqu’à prier ensemble chacun à sa manière selon ce que lui enseigne sa religion.

On reconnait là, la Syrie de la tolérance que nous avons toujours connue. Ces moments multiconfessionnels sont une vraie consolation.

Chrétiens et musulmans ensemble, nous voici unis à aider les familles réfugiées qui sont entassées dans les classes des écoles à se pourvoir en nourriture ; les soldats de l’armée syrienne y sont bien accueillis ; ils sont reçus et reçoivent une aide morale des familles.

Des médecins chrétiens et musulmans, solidaires au milieu de ce drame, donnent leur temps et se dévouent gratuitement.

Peut-on terminer ce message au monde, soucieux de justice et de compassion sans évoquer la visite de Benoit XVI au Liban ; peut-on passer sous silence ses messages (espérance, foi et attachement à la terre) en direction de la Syrie qui ont mis du baume dans le cœur des chrétiens et des musulmans.

mardi 4 septembre 2012

La Syrie vit-elle actuellement le conflit mondial du gaz ?

Nous reprenons l'extrait sur le Gaz, de l'article "La Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient" du Professeur Imad Shueibi dont il est possible de lire l'entièreté de l'écrit sur le réseau Voltaire

La lecture de son explication éclaire sensiblement sur le conflit qui se déroule en Syrie. 

Le peuple syrien comprendra-t-il que même "un semblant de victoire sur l'autre" et un "contrôle" sur le gouvernement syrien futur sera toujours, en réalité une défaite pour lui car un tel conflit, s'il dure encore quelque temps, rendra le pays difficilement gouvernable, transformera la démocratie en un voeux pieux et le pays ne pourra plus que se flatter de son passé, car son avenir comme Etat indépendant sera pour bien longtemps compromis. 

Point d'espoir pour la Syrie sans le partage du pouvoir entre syriens et surtout sans participation de toutes les parties intégralement : régime, rebelles, kurdes, sunnites, alaouites, shiites, chrétiens, druzes, etc...Toute autre approche n'est que manipulation dissimulée pour faire triompher une partie ou un groupe de pays étrangers à la Syrie. 

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l'ONU. Le soutien de Moscou à Damas n'est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d'une analyse en profondeur de l'évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d'un modèle unipolaire issu de la chute de l'Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques.

L'attaque médiatique et militaire à l'encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l'énergie, ainsi que l'explique le professeur Imad Shuebi: la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C'est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit: L'attaque médiatique et militaire à l'encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l'énergie, ainsi que l'explique le professeur Imad Shuebi.(2)

«Avec la chute de l'Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l'armement les avait épuisés, surtout en l'absence des approvisionnements d'énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C'est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d'énergie, aussi bien pétrole que gaz. (...) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d'envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (...) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l'Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l'arène internationale et peser sur l'économie européenne puisqu'elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz.

À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d'énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d'énergie propre.(...) Moscou s'est hâté de travailler sur deux axes stratégiques: le premier est la mise en place d'un projet sino-russe à long terme s'appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C'est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l'Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l'Azerbaïdjan. S'ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l'Europe et des ressources en gaz. Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l'Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu'à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu'à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l'Italie d'une part, et la Hongrie et l'Autriche d'autre part.»(2)

«Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d'Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l'origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l'aile. À partir de là, écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l'Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l'Irak et la Syrie. Par conséquent, c'est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C'est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s'ouvre, comprenant l'Iran, l'Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d'un an donnent un aperçu du niveau d'intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. 

Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d'influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d'autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une «assurance maladie» en Libye et veut désormais une «assurance-vie» à travers la Syrie et le Liban. (...) L'empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s'élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu'il est nécessaire de s'assurer la stabilité et la bienveillance de l'environnement lorsqu'il est question d'infrastructures et d'investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l'Irak. Ainsi, c'est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il.» (2) 

«De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s'agit, selon les experts, de la «base» de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d'être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (...) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c'est-à-dire, sur la Route de la soie. (...) 


Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l'énergie, et en premier lieu le gaz. La «révolution syrienne» est un paravent médiatique masquant l'intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l'extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l'énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l'Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c'est en Syrie qu'il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l'énormité de l'enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient.» (2) 

1.http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12
2. Imad Fawzi Shueibihttp://
www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012
3. Bernard Haykel: Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012
 

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger
enp-edu.dz 


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