samedi 20 février 2016

Syrie : "Retour sur un aveuglement"....

Le 19 Février 2016 - Depuis le début de la guerre syrienne, le Veilleur de Ninive s'est efforcé de dire la vérité sans poursuivre d'autres objectifs ; ni ambition, ni cupidité, ni allégeance ne venaient perturber ce souci de vérité simple. Aucune autre motivation n'a pu nous préoccuper dans notre effort de témoignage. Nous avons même peiné dans la chair, puisque nous devions connaître la maladie, nous ralentissant dans notre mission, en raison de veillées tardives pour dire sans cesse notre compassion et souvent notre révolte envers ces gouvernements d'Etats puissants, producteurs d'armes qui travaillaient à répandre l'injustice, le crime et le désordre moral dans une Syrie rendue exsangue. 

Rien ne sera plus comme avant, dans le coeur des chrétiens du Proche-Orient; trahis par la France et méprisés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ces derniers se sont révélés être des fournisseurs d'armes sans morale, livrant leur production à des fanatiques islamiques aveugles qui n'étaient que de pures idéologues de la mort. Ils se sont montrés de parfaits ordonnateurs de mensonges en piétinant la liberté des medias qu'ils tenaient sous leur bottes pour propager une haine inconséquente à l'égard du Président Bachar el-Assad et de tous ceux qui tentaient d'expliquer l'injustice. Voici le Président Assad, dont le régime était rejeté par un grand nombre, il y a cinq ans, élevé au rang de martyr et d'héro par l'irresponsabilité de ces Etats.

Mensonges, contradictions, incohérences, rien n'a pu freiner durant les cinq années précédentes, les pays occidentaux car, quoique leur dirigeants le veuillent ou non, le Président Assad et son régime, dont tout le monde oublie déjà la brutalité de l'appareil qu'il représentât, incarne la Syrie comme les Présidents Obama et Hollande ou le Premier Ministre Cameron sont les représentants de leurs propres Etats.

En échange du parrainage des mercenaires rebelles qu'ils exerçaient, que promettaient ces Etats occidentaux à la population syrienne ? La démocratie, nous a-t-on dit. Certes une démocratie sur un champ de ruines, alors que leurs Etats à eux, demeuraient intouchables. A qui cette démocratie devait-elle servir ? Aux sunnites auxquels ils avaient fait miroiter le pouvoir à Damas....

Les Occidentaux qui ne trouvaient pas leur compte avec les alaouites, les chrétiens, les chiites et les druzes syriens, allaient-ils être satisfaits par des mercenaires et rebelles sunnites fanatiques, pour un grand nombre étrangers au pays et de ce fait sans avenir sur place ? C'est un fait. Nous n'avons jamais entendu un seul officiel américain, français ou anglais dénoncer la présence de non-syriens au sein de ce qu'ils qualifiaient de "rebelles modérés". Ce silence est révélateur des objectifs qui étaient poursuivis ; il ne s’agissait pas de bâtir une démocratie avec les syriens, mais d’abattre le régime syrien pour qu’avec lui tout s’écroule et le remplacer par un régime inféodé et non démocratique qui fasse tampon entre l'Iran et le Hezbollah libanais. Peu importait les destructions à laquelle cette manœuvre allait conduire. Telle était la "démolicratie" promise.

L'argument qui consiste à dire que dans un pays, une minorité ne peut gouverner une majorité est dangereux car ce principe nous réserve bien des soucis dans l'avenir. Il signifierait que lorsque les musulmans deviendront majoritaires dans un des pays d'Occident, il faudra leur donner le pouvoir. Et pourtant, nous voyons actuellement en Europe ou dans les Amériques des juifs, des musulmans et des personnes  se disant athées, participer aux gouvernements de ces Etats. Faudrait-il qu'on les chasse pour que la majorité confessionnelle gouverne seule ? Pire encore, en Syrie cette majorité confessionnelle qui était promise prônait un Califat islamique intolérant à l'égard des minorités; le Veilleur de Ninive mettait en garde sur le présent blog, dès le début de la guerre, contre la radicalité des mouvements mercenaires engagés sur le terrain. Les gouvernements Occidentaux fournisseurs d'armes pouvaient-ils eux l'ignorer ?

L'argument des américains et européens encourageant la prise du pouvoir par les sunnites en Syrie à travers une guerre civile de cette brutalité, équivalait à nier la présence antérieure au "mouvement de rébellion" de sunnites activement associés au pouvoir du parti Baath. L'épouse du Président Assad, n'est-elle pas sunnite de religion ?

La video qui suit donne un regard bien plus vrai que le discours médiatique occidental qui, par ses mensonges a ouvert la voie à ce qu'on qualifie aujourd'hui, de façon malpropre, de "théories du complot". En effet, cette video rejoint le discours du veilleur de Ninive et d’autres sites alternatifs, dans la mesure où elle montre par l'image mobile ce que l'écriture et l'image figée a tenté de communiquer durant plus de quatre ans.

Les dégâts en Occident sont également énormes; ils ne sont pas humains et matériels, à part les conséquences qu’ont fait subir les quelques attentats ; les effets de la guerre syrienne sont surtout Institutionnels. Les régimes occidentaux prétentieux ont, par le matraquage de mensonges, forgé au sein de leur population des adeptes des théories du complot, qui ne croient plus aux émanations médiatiques des Institutions officielles de ces pays. Ne cherchons pas midi à quatorze heures ; le mensonge d'Etat est le meilleur aliment des partisans de cette théorie du complot. 

A présent, visionnons cette video ; elle est poignante mais aussi révoltante tant le gâchis humain est ample et injuste. Il a dépassé l'entendement. Comment encore croire aux principes de Liberté, d'Egalité et de Fraternité ?


jeudi 18 février 2016

L'Eglise catholique syriaque menacée de disparition en Irak, déclare Monseigneur Yohanna Petros Mouché.


18.02.2016 par Jacques Berset - L’Eglise catholique syriaque est menacée de disparition en Irak, dénonce Mgr Yohanna Petros Mouché, archevêque syriaque de Mossoul.

De passage à Jérusalem, il rappelle que la plaine de Ninive, berceau de la civilisation assyrienne, s’est d’un coup vidée de ses derniers chrétiens le 6 août 2014, lors de la prise des villages chrétiens par les terroristes de Daech, le soi-disant “Etat islamique” (EI).
Deux mois auparavant, suite à la fuite de l’armée irakienne, Daech s’était emparée de Mossoul, la deuxième ville de l’Irak, située à environ 350 km au nord de Bagdad. Les djihadistes ont obligé les chrétiens à se convertir à l’islam ou à fuir en abandonnant tous leurs biens, laissant derrière eux un héritage millénaire.
Au début, Daech a montré de la sympathie envers les chrétiens
“Effrayés par la présence de Daech, la plupart de nos chrétiens ainsi qu’un grand nombre de musulmans ont quitté la ville de Mossoul et se sont dirigés vers le Kurdistan et les villages de la plaine de Ninive”, témoigne-t-il sur le site http://terrasanta.net, de la Custodie de Terre Sainte.
“Au début les forces de l’EI ont montré de la sympathie envers les chrétiens. C’est seulement après quelques jours qu’ils ont déclaré les conditions qui permettaient aux chrétiens de vivre sous leur domination: devenir musulman – ainsi nous aurions tous les droits -, payer une taxe spéciale (“jizya”) dont doivent s’acquitter les non-musulmans, autrement dit devenir des citoyens de deuxième classe, ou quitter nos lieux et toutes nos propriétés, sans quoi nous mettions nos vies en péril”.
Fuite vers le Kurdistan
“La situation n’était pas simple à juger, surtout qu’ici nos chrétiens viennent chercher la solution chez leur évêque. Comme le gouvernement central était absent, je suis entré en contact avec les responsables kurdes qui se trouvaient chez nous. Lors de la première attaque de l’EI contre Qaraqosh, le plus grand village chrétien de la plaine de Ninive, dans le but de chasser les Peshmergas (combattants kurdes, ndlr), l’armée kurde se trouvait sur place pour défendre notre zone. J’ai exercé le rôle de médiateur entre les responsables de l’EI et ceux de Peshmergas, mais sans résultat”.
La bataille a duré trois jours, la grande majorité des habitants a alors quitté le village à l’exception d’une centaine d’entre eux, du clergé syriaque et de l’évêque. “L’EI n’a pas pu entrer chez nous. C’est lors de la deuxième attaque qui a lieu le 6 août que l’EI a pu entrer et a pris le pouvoir sur toutes nos villes et villages après notre départ et la fuite de l’armée. Ainsi nous avons tout laissé et nous nous sommes dirigés vers le Kurdistan pour sauver nos vies et sauvegarder notre foi et notre intégrité”.
Eradication du patrimoine culturel chrétien
Sur place, les terroristes islamiques poursuivent leur politique d’éradication du patrimoine culturel chrétien et des civilisations qui ont précédé l’arrivée du christianisme en Mésopotamie.
Le 20 janvier 2016, Daech a détruit le monastère Saint-Élie, le plus ancien monastère chrétien du pays, construit par des moines assyriens au VIème siècle. D’autres sites chrétiens ainsi que des ruines préislamiques ont été également détruits par le groupe terroriste comme à Hatra, Nimrud et Ninive.
Le futur, selon l’évêque syriaque, “est obscur et aucun signe positif ne se dessine sur le terrain en vue d’une prochaine libération de Mossoul”. Sa communauté ayant été dispersée par l’arrivée des islamistes de Daech, Mgr Petros Mouché redoute sa disparition. “Le nombre de fidèles de notre Eglise n’est pas élevé. Il ne dépasse pas les 170’000 personnes. Le diocèse de Mossoul à lui seul en rassemblait 50’000, ce qui représentait près du tiers de l’Eglise”.
A l’arrivée de Daech, quelques minutes pour fuir
Le 10 juin 2014, de nombreuses familles chrétiennes n’ont eu que quelques minutes pour fuir Mossoul tombée aux mains des terroristes. “Après l’arrivée de Daech, tous les chrétiens ont été expulsés de Mossoul, mais aussi des villages alentours. Lorsqu’ils se sont dispersés, ils étaient au début disséminés sur soixante lieux différents. Je faisais de mon mieux pour être en contact constant avec eux, aller leur rendre visite et quand c’était possible célébrer la messe. Si le diocèse est dispersé, cela veut dire à terme la disparition de l’Eglise syriaque catholique…”, a-t-il confié à Saher Kawas, du Patriarcat latin de Jérusalem. Il était invité dans le cadre de la Journée Mondiale des Malades qui s’est déroulée la semaine dernière en Terre Sainte.
Ankawa, dans la banlieue d’Erbil, au Kurdistan irakien, est devenu un des derniers bastions des réfugiés chrétiens d’Irak, et ils y vivent dans des conditions précaires. “Tous les chrétiens qui vivaient dans la région ou presque s’y sont réfugiés, d’autres se sont dirigés vers différentes villes de l’Irak, comme Bagdad ou Basra. Certaines familles, depuis le Kurdistan, ont choisi de partir vers les pays voisins. De mon diocèse, uniquement, nous avons 1’000 familles à Amman, 1’500 au Liban, 700 en Turquie et une centaine en Europe”, affirme l’archevêque syriaque de Mossoul.
La situation des chrétiens “s’enlise dans la durée”
Dans ses visites à l’étranger, Mgr Petros Mouché appelle les différents gouvernements à accueillir ensemble plusieurs centaines de familles chrétiennes, et non au compte-gouttes, afin d’éviter la dissolution de sa communauté. A l’occasion de sa rencontre avec le pape François, le 30 septembre dernier, il lui a remis une lettre pour le remercier de ses prières et de tous les dons qu’il a faits pour les chrétiens chassés de leurs terres, “en le priant d’exercer son influence sur les dirigeants du monde pour qu’ils se dépêchent de libérer nos villes et villages, et si possible de nous trouver des lieux provisoires dans les pays comme la France, l’Espagne ou autres, pour pouvoir vivre selon nos coutumes et exercer notre liturgie”.
Il relève que “notre situation et notre émigration semblent s’enliser dans la durée, si nous sommes accueillis de manière groupée, notre retour chez nous sera plus facile dans le cas où nos territoires seront effectivement libérés et nos droits assurés”.
Malgré une situation sur place plutôt sombre – “l’avenir est obscur, les gens sont lassés, des familles quittent le pays et que beaucoup d’autres y pensent – l’évêque syriaque en exil affirme que “l’espoir est toujours en Dieu et dans les personnes de bonne conscience. Et je sais que les personnes de bonne volonté ne manqueront pas dans le monde”.
Source

jeudi 11 février 2016

Mgr. Jeanbart : "Si l'Occident veut nous aider, qu'il nous aide à rester chez-nous".

Le 10 février 20016 - En 2015, le Vieux Continent s'est retrouvé confronté à un défi inattendu: près d'un million de réfugiés sont entrés en Europe, un record depuis l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Et pendant que les pouvoirs européens peinent à trouver une solution, la voix d'un évêque s'élève à Alep. Son message est simple: aidez-nous... à rester en Syrie.

Ces dernières semaines, la ville syrienne d'Alep est de nouveau en tête des bulletins d'informations: tandis que les autorités syriennes, dont les troupes poursuivent leur progression dans le nord, définissent la prise du contrôle de cette ville comme leur priorité stratégique, l'Occident dénonce les victimes civiles et la Turquie voisine enregistre un nouvel afflux de réfugiés. La voix des habitants de la ville, de ceux qui vivent la guerre depuis près de quatre ans au jour le jour se perd derrière tous ces enjeux. A quoi aspirent-ils? Retrouver la paix et rester dans leur pays, confie Monseigneur Jeanbart, archevêque [Grec-Melkite] d'Alep, dans un entretien accordé à Sputnik.

"Si l'Occident veut nous aider, si quelqu'un veut nous aider, qu'il nous aide à rester chez-nous, qu'il pousse vers la paix, vers une solution à cette crise", a indiqué l'archevêque. 

D'ailleurs, aider les gens sur le terrain, prévenir les nouvelles vagues de réfugiés coûterait à l'Occident, "1.000 fois moins chers", estime-t-il. Et de rappeler que l'Allemagne avait octroyé cinq milliards d'euros à la Turquie pour que cette dernière s'occupe des réfugiés syriens. Et pourtant, selon l'homme d'Eglise, un à deux milliards pourraient suffire à aider les Syriens de toutes les confessions à rester au pays.

Mais c'est surtout la bonne volonté d'arrêter les combats qui aurait suffi pour venir en aide aux Syriens, juge-t-il. "Avec très peu d'argent et un peu de bonne volonté pour arrêter les batailles, empêcher ceux qui envoient des mercenaires de les financer, les choses iraient bien et il n'y aurait pas besoin d'envoyer des milliards pour s'occuper des réfugiés", indique-t-il.

Excédés par des années de guerre et incapables de gérer la crise par eux-mêmes, les Syriens placent tout leur espoir dans le succès des négociations internationales, tout en réalisant que le chemin menant à l'entente sera épineux. Mais leur reste-t-il un autre espoir?

"J'attends beaucoup et je souhaite qu'elles (les négociations, ndlr) réussissent, même s'il y a eu quelques difficultés en chemin", confie Mgr. Jeanbart, avant de rajouter: "Tout le monde a besoin de la paix: que ce soit le gouvernement, que ce soit l'opposition, et surtout les citoyens. Ce sont les pauvres citoyens qui paient, c'est nous qui payons les frais de ces batailles".

En attendant, il vit dans l'espoir qu'un jour son pays, que les Syriens aiment comparer à une "mosaïque de confessions et d'ethnies", renaisse des cendres pour redevenir la terre de la paix, de la multiculture et de la tolérance. "Je demande au Seigneur de faire en sorte que cette guerre finisse le plus tôt possible, qu'il y ait un dialogue et que l'on retrouve la Syrie que nous avons toujours connue: une Syrie où vivent ensemble chrétiens, musulmans, druzes, alaouites, où nous vivons en frères", rêve aujourd'hui l'archevêque d'Alep.

Regardant au-delà de la pensée binaire, l'archevêque tente de trouver un signe, un sens profond dans l'épreuve à laquelle sont confrontés son peuple et son pays. Ne serait-ce qu'"une rencontre œcuménique, historique, tant attendue entre l'Eglise de Russie et l'Eglise Catholique", s'interroge-t-il, se référant à l'entrevue entre le Pape François et le patriarche Cyrille prévue le 12 février à Cuba.

"J'ai beaucoup d'espoir, un grand espoir, que j'attends de la rencontre du St-Père François Ier et du Patriarche Cyrille, je crois que cela va beaucoup aider à pousser vers une solution. Cela va pousser l'Occident, la Russie, la Syrie et tout le monde à faire un supplément d'efforts pour réaliser la paix", a conclu Mgr. Jeanbart.

Resté à l'abri des troubles au cours des premiers mois suivant le début de la crise, Alep semblait être un des rares havres de stabilité en Syrie. Des tensions éclataient çà et là, mais rien ne se passait à Alep. La donne a changé en 2012: premiers attentats-suicides, premières manifestations, et voilà qu'à l'été 2012 la deuxième ville du pays figurait dans tous les bulletins d'informations comme le "Benghazi syrien" (en référence au fief de l'opposition libyenne). Quatre années de combats et de destruction ont suivi.

Source : Spoutnik

mardi 9 février 2016

Les chrétiens de Syrie subissent actuellement un « génocide » déclare le patriarche Joseph III Younan.

Le 9 février 2016 - « Les chrétiens de Syrie subissent actuellement un « génocide » déclare le patriarche de l’église syriaque catholique Ignace Joseph III Younan.  La revue russe Ogoniok s’est entretenue avec lui.

Ogoniok : Votre Sainteté, que se passe-t-il en Syrie, en fait ?
Ignace Joseph III Younan : Je suis un homme d’Église, et non un politicien : et ce qui m’inquiète en premier lieu, ce sont les souffrances de la population, qui paie le prix le plus élevé de cette guerre civile. Je ne parle pas seulement des victimes. Le nombre de gens souffrant de la faim, de la pénurie de médicaments et de conditions de vie inhumaines se compte en millions [plus de 2 millions, selon les données de l’organisation catholique « Aidons l’Église souffrante », ndlr].
Regardez ce qui s’est passé en trois ans à Alep ! Ce qui était autrefois un centre culturel et marchand prospère, unique en termes de démographie et de composition religieuse, cette ville où toutes les confessions étaient représentées, n’est plus aujourd’hui qu’un amas de ruines.
Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie est un génocide des chrétiens – je n’ai pas d’autre mot. La communauté chrétienne du pays était une des plus importantes du Proche-Orient, elle représentait jusqu’à 19 % de la population globale – mais aujourd’hui, nous ne sommes plus que 5 % en Syrie. Et un exode aussi massif des chrétiens hors des lieux qui constituent le berceau de leur enseignement est une catastrophe non seulement pour la Syrie et tout le Proche-Orient, mais pour notre civilisation dans son ensemble.
Le patriarche Ignace Joseph III Younan – source famillechretienne.fr
Ogoniok : Tous les pays semblent prêts à combattre l’État islamique, mais ils sont incapables de se mettre d’accord sur des opérations militaires communes…
Ignace Joseph III Younan : Après tout ce qui s’est passé, il n’est évidemment pas facile de s’asseoir ensemble à la table des négociations. Tous les patriarches orientaux, moi y compris, avaient alerté le monde à l’époque : la Syrie, avec la complexité de sa situation démographique, religieuse et linguistique, n’est ni l’Égypte, ni la Libye. L’affaire ne se limitera pas à un « Printemps arabe » en Syrie, avais-je tenté de convaincre mes interlocuteurs en 2011 déjà, à Paris, alors que la crise ne faisait que commencer.
Mais à l’époque, tous les médias européens répétaient, à la suite des Américains : « La chute d’Assad est l’affaire de quelques jours ». Nous avions prévenu que cela finirait en un cauchemar qui n’épargnerait personne, mais la Syrie, comme l’Irak avant cela, a tout de même été sacrifiée sur l’autel de l’opportunisme géopolitique.
Ogoniok : Qu’entendez-vous par cette formule ?
Ignace Joseph III Younan : Ce que je veux dire ? Je veux dire que les leaders européens ont laissé la Méditerranée aux mains des Américains, dont l’objectif était non de protéger les droits des minorités, mais de faire plaisir aux émirats pétroliers…
Prenez les négociations de Genève-3, où l’opposition syrienne a été invitée à prendre la parole. D’où arrive-t-elle ? D’Arabie saoudite. Il y a trois ans, lors des premières négociations de Genève [Genève-1, ndlr], j’ai demandé : pourquoi appelons-nous ces gens des « révolutionnaires syriens » ? Un révolutionnaire qui défend la cause de son peuple doit être auprès de ce peuple, si je ne m’abuse ?
Comme Nelson Mandela, qui s’est battu dans son pays, a fait de la prison, est devenu un héros… Mais ces gens qui ont fui leur pays – pourquoi seraient-ils en droit de décider du destin de la Syrie ? Je reconnais toutefois qu’avec le temps, certains d’entre eux sont devenus plus raisonnables, je dirais plus honnêtes dans leurs jugements.
Et j’espère vivement que cette évolution jouera son rôle au cours des négociations. J’ai l’impression qu’aux États-Unis aussi, d’ailleurs, on comprend de plus en plus que l’opposition n’a pas le droit d’exiger des conditions particulières et qu’elle doit s’installer à la table des négociations au même titre que tous les autres participants.
Je vais être plus explicite : une des raisons pour lesquelles la crise en Syrie s’éternise est que sa résolution est empêchée par ceux que l’on appelle les insurgés, qui, partant des intérêts de leurs groupes religieux et ethniques, considèrent que le gouvernement actuel est « infidèle » [au sens religieux du terme ; le patriarche fait allusion à l’opposition des sunnites et des chiites, ndlr] et veulent le renverser.
Ogoniok : Ce qu’exige aussi l’Occident…

Ignace Joseph III Younan : L’Occident peut exiger ce qu’il voudra, mais le destin du président syrien est entre les mains du peuple syrien. Et il doit être décidé à l’issue d’élections ou d’un référendum, sous le contrôle de l’ONU s’il le faut.
Ogoniok : En Occident, on dit que la Russie veut en réalité, par ses actions en Syrie, soutenir Bachar el-Assad.
Ignace Joseph III Younan : Les Russes ont annoncé dès le départ leur volonté de soutenir le peuple syrien, qui choisira ensuite son président. Mais le plus important est ailleurs : l’intervention des Russes a aidé à libérer des villes et des villages des bandes terroristes qui les contrôlaient.
Les Syriens portent les portraits du président de la Syrie Bachar el-Assad et du président de la Russie Vladimir Poutine lors d’une manifestation à Damas.
Source : Radio-Canada
Ogoniok : Dans ce cas, pourquoi l’Occident accuse-t-il la Russie de bombarder l’opposition plutôt que l’État islamique ?
Ignace Joseph III Younan : Pour ce que je sais de ce qui se passe dans mon pays, les bombardements russes ont visé précisément les endroits où ils étaient nécessaires. D’autant, et c’est très important, que la Russie coordonne ses actions avec les troupes gouvernementales, ce qui permet d’éviter des victimes superflues.
Mais soyons francs, si vous le voulez bien. À propos de la distribution actuelle des forces, il faut admettre une chose : à part l’Armée syrienne libre, composée de soldats et d’officiers ayant déserté l’armée syrienne pour combattre le gouvernement, il n’y aucune autre force d’opposition modérée en Syrie.
Nous savons parfaitement – et l’Occident le sait très bien aussi – que ceux qui contrôlent aujourd’hui les territoires syriens occupés sont des gens qui confessent un islamisme fanatique, quel que soit le nom qu’ils se donnent. De ce fait, l’anéantissement de l’armée syrienne régulière conduirait à encore plus de chaos dans la région.
Ogoniok : Et comment vos propos sont-ils accueillis dans les médias occidentaux ?
Ignace Joseph III Younan : Vous savez, les médias occidentaux font aujourd’hui preuve d’une indifférence étonnante à l’égard de la Syrie. Avant, ils faisaient à chaque fois état de la prise par l’EI de telle ou telle ville, mais aujourd’hui, on ne les entend plus. On dirait qu’ils commencent de comprendre que leurs efforts dans la lutte contre l’EI se sont avérés insuffisants…
Patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill - source : pravmir.ru
Ogoniok : Il y a beaucoup de chrétiens orthodoxes en Syrie, et je sais que vous fonctionnez avec eux comme une seule communauté œcuménique unie. Êtes-vous soutenus d’une façon ou d’une autre par l’Église orthodoxe russe ?
Ignace Joseph III Younan : Le patriarche Kirill est venu en Syrie et au Liban en 2012, et a publiquement déclaré que l’Église orthodoxe russe soutenait la liberté religieuse pour tous au Proche-Orient. Malheureusement, nous n’avons pas entendu de telles déclarations dans la bouche des Occidentaux, ni de la part des leaders religieux, ni de celle des acteurs laïcs.
Il y a deux mois, mon confrère, le patriarche de l’Église orthodoxe syrienne [Ignace Ephrem II, primat de l’Église syriaque orthodoxe, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, ndlr], s’est rendu à Moscou et y a rencontré le patriarche Kirill, le président de la Douma Sergueï Narychkine et le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov. Il leur a exposé ses craintes sur le fait que les chrétiens risquaient de disparaître du Proche-Orient. Et on lui a répondu : n’ayez pas peur, nous sommes là-bas pour vous aider.
Ogoniok : Les chrétiens ne sont pas les seuls à fuir la Syrie, de nombreux musulmans s’en vont aussi. Que pensez-vous de cet exode et de la façon dont les réfugiés sont accueillis en Europe ?
Ignace Joseph III Younan : Je ne peux pas juger de la façon dont les gens doivent agir en Europe. Mais j’estime que des réfugiés musulmans qui arrivent dans un pays où l’on est prêt à leur accorder tous les droits doivent s’intégrer et, en premier lieu, ne pas opposer leur religion à la vie publique et privée de ce pays.
Mais hélas, une partie d’entre eux n’a pas appris à dissocier la religion de l’État, ils ont été élevés dans la certitude qu’ils appartiennent au meilleur des peuples, et que leur religion est la meilleure des fois. De ce fait, ils sont persuadés de devoir non seulement confesser leur foi, mais également la prêcher, pour qu’avec le temps, elle domine peu à peu aussi en Europe. Je sais qu’il n’est pas convenable de parler ainsi, que ce n’est pas politiquement correct, mais voilà longtemps que ce n’est plus un secret pour personne.
Ogoniok : Il faut pourtant bien régler ce problème des réfugiés d’une façon ou d’une autre…
Ignace Joseph III Younan : À une époque, la mer Méditerranée, par laquelle les gens s’enfuient aujourd’hui vers l’Europe, était surnommée Mare Nostrum [« Notre mer », ndlr]. Aujourd’hui, on l’appelle Male Nostrum [« Notre malheur », ndlr]…


Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.