samedi 16 novembre 2013

Violence inouïe de la rébellion, surdité européenne et manques alimentaires sont les trois misères des Chrétiens de Syrie.

Alep - 14 Novembre 2013 - (22h) - A Alep, la situation se dégrade de jour en jour et peut-être même d’heure en heure. 

Dire et redire qu’à Alep rien ne va plus, est un bien triste refrain. Rappeler que la ville est privée d’électricité, d’eau, de médicaments, de viandes, de fromages est une bien inquiétante routine. Enfin, écrire que les réfrigérateurs dans les maisons d’Alep font désormais office d’armoires et de placards, voilà qui sort du commun, mais illustre de façon dramatique la détresse des alépins.

Ce qu’il y a de très grave c’est la surdité des dirigeants européens, incapables de dénoncer les massacres de chrétiens actuellement en cours en Syrie, notamment à Alep, Damas, Sadad, Tabqa, Wadi el-Nassara [la vallée des chrétiens] et à présent depuis peu, Mismieh dans la région de Soueida ; Surdité « assourdissante », elle fait ressortir avec acuité la politique lamentable menée par les gouvernements occidentaux vis à vis de la Syrie car ils tiennent des discours favorables aux minorités en Europe, mais reste muets, peut-être parce que complices, sur le massacre des minorités religieuses en Syrie.

L’Europe a souscrit à la guerre en Libye pour défendre un camp contre l’autre, mais elle assiste, placide, aux massacres des chrétiens syriens, des alaouites et des chiites dans ce pays. Elle n’a élevé la voix que pour combattre les armes chimiques, utilisées par les rebelles qu’elle appuie, car elles pouvaient par ailleurs menacer Israël.

Quel discrédit cette politique partisane et injuste jette-t-elle sur la politique européenne et des Etats qui compose l'Union. Comment désormais croire les discours moraux sur l’attitude à l’égard des minorités en Europe, alors que nous assistons à la passivité européenne, concernant les minorités syriennes. En vérité nous ne les croyons plus…Leur discours ne sont plus crédibles ? Nos oreilles se ferment lentement à leurs poncifs moraux et sectaires.

Les affrontements se font de plus en plus féroces sur tous les fronts à Alep. L’armée syrienne montre, non seulement de la résistance, mais progresse par encerclement des mercenaires ; le coût humain est toutefois très élevé. 

Dans leur rage à détruire, les rebelles alliés de l’Occident font feu de toutes armes. Depuis 5 jours, les missiles anti-aériens Hawn ainsi que des projectiles de gaz sont lancés sur les quartiers sous contrôle de l’armée, spécialement sur les quartiers à population majoritairement chrétienne : Azizieh , Salibeh, Villat, Midane et Syriane el-Jedideh. C’est à Azizieh que se trouvent les Eglises grecques, maronites et arméniennes et c’est sur ces Eglises que sont tombés les obus qui ont fait des morts et une centaine de blessés, sans évoquer les dégâts matériels importants. A cela s’ajoute le fait que dans l’obscurité de la nuit, le bruit des cannons se propageant à travers toute la ville, devient très impressionnant.

Vendredi après-midi, alors que nous faisions le tour du pâté d’immeubles, la stupeur était indescriptible à la vue de cadavres suspendus aux arbres sous l’effet de l’explosion qui a tué 20 personnes et fait une centaine de blessés devant une boulangerie de l’Etat. Dans la rue, des familles entières traînent sans couvertures, sans abris, attendant patiemment la fin des événements, au milieu d’une température en baisse avec l’arrivée de l’hiver. C’est une situation qui appelle une Mère Térésa.

Les nouvelles qui nous parviennent de l’hôpital universitaire d’Alep sont aussi dramatiques….Des centaines de malades et blessés gisent là dans un Centre hospitalier privé d'électricité, d’eau, et dépourvu de médicaments et de médecins. Est-ce encore un hôpital ? Un tel état de délabrement favorise les maladies. Des cas de polios, disparus de Syrie dans le passé, y sont réapparus.

Ce matin, du côté du palais municipal qui se trouve sur la ligne de démarcation, les tirs des canons, des francs-tireurs et des missiles anti-aériens hawn, sévissaient simultanément. Que va-t-il rester de ce palais municipal alors que celui de la justice, où se trouvaient tous les documents relatifs aux litiges et aux procès en cours, ont été brûlés ? Tous les registres de l’état-civil ont également disparu dans l’incendie qui a consumé le Palais de Justice. Du côté religieux, les actes de baptême, mariage, décès sont perdus pour des milliers de chrétiens de Raqqa, Tabqa, Homs, Yabroud  et Sadad car les Archevêchés ont été incendiés par les rebelles.

Dans les régions contrôlées par l’Armée Islamique de l’Irak et du Levant et l’Armée Syrienne Libre, le couvre-feu est instauré. Les mercenaires recherchent les jeunes âgés de 17 à 30 ans pour les enrôler dans leurs milices et exiger d’eux qu’ils tirent sur l’armée. Celui qui refuse est exécuté.

Beaucoup de personnes souffrent de dépression et souhaitent la mort. En dépit des risques aigus, les alépins doivent toujours sortir de chez eux pour trouver un minimum d’approvisionnement en nourriture et en eau dont le prix des bouteilles a atteint des niveaux inqualifiables. L’indifférence à la mort progresse dans les esprits car sa perspective semble devenir plus douce que le cauchemar qu’ils vivent, la misère, la peur, la panique, le manque, etc…

La situation à Damas n’est pas meilleure ; les quartiers chrétiens de Bab-Touma, Qassa’ et Germana... reçoivent également leur lot d’obus...

Tous les jours il se lit de nouveaux faire-parts nécrologiques de jeunes soldats tombés parmi les chrétiens.

Finalement, la violence inouïe de la rébellion, la surdité des gouvernements européens et le manque des besoins essentiels finiront pas avoir raison de notre présence sur la terre de Syrie. Faute de pays pour nous réfugier, quel sera notre sort ? Le génocide ? Nous savons que l'Europe et la Turquie en ont été capables...Vont-ils rééditer le phénomène par mercenaires interposés ?

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