vendredi 30 novembre 2012

Situation dramatique à Alep.


Alep - Vendredi 7 Décembre 2012 - 20h45 - Alep est toujours sans électricité et sans eau , depuis ce matin. Dans les écoles de notre voisinage, où sont abrités les réfugiés, tout manque y compris l'eau. Les risques de maladies contagieuses se développent, surtout parmi les enfants. Nous attendons toujours les travaux de réparation de la centrale électrique. 

Les 7 arméniens enlevées il y a deux mois, sur la route de l'aéroport d'Alep, ne sont toujours pas libérés. Leur vie est sérieusement en danger. 


Alep – Jeudi 6 Décembre 2012 - Je vous écris de chez mon voisin musulman, qui dispose d’un générateur. Pour le deuxième jour consécutif, nous sommes sans électricité et cela va durer encore au moins trois jours. Les congélateurs ne fonctionnent plus ; les fromages et les viandes que nous avions congelés par précaution, sont à jeter. Aujourd'hui le kilo de pain a atteint, au marché noir, L.S. 300 soit €3,35, le mazout €2,17/l et l’essence €3,35/l. Ces prix sont insurmontables, dans un pays où les gens n’ont plus de rentrées depuis des mois et où les salaires moyens variaient avant guerre entre €300 et €500.

En ville, les combats n'arrêtent pas ; En banlieue aussi, autour de la station d’électricité et de gaz de Deir Hafer, qui est à l’arrêt. Un autre problème commence à nous assaillir, ce sont les coupures d'eau, en raison de l’absence d’électricité nécessaire au filtrage et au fonctionnement des pompes pour alimenter les quartiers. Dans la partie haute de la ville, il n’y a déjà plus d’eau. Nous nous demandons, quels sont les autres malheurs qui nous attendent ; voici le résumé de la journée du 6 décembre.


A diffuser - Chaque homme civilisé se doit d'alerter autour de lui et crier qu'Alep et ses habitants sont dans le noirdans la faimdans le froid depuis quelques jours, et dans la violence depuis des mois.

Au XXIè siècle, plus besoin de déporter...On fait mourir sur place... risquant moins de se faire traiter de nazis....mais le résultat est le même. Les méthodes sont-elles meilleures ? 

Ce message vient de parvenir au veilleur.....nos mains tremblent en le mettant en forme pour vous le faire partager. 

Elles tremblent de peine, d'impuissance, un peu de rancoeur à constater comment l'Occident a abandonné deux millions de chrétiens syriens, leurs alliés dans la soumission, qui avaient su bâtir avec les musulmans, leurs frères, un pays où la liberté gagnait tous les jours un peu de terrain. 

Cet Occident, inconscient et complice, qui a fait miroiter la liberté aux syriens, pour mieux leur apporter la dictature salafiste et criminelle. L'Occident ferait mieux de soigner sa démocratie malade, voire très malade, plutôt que de lancer des slogans illusionnistes pour encourager les tyrans. 




Alep - Mercredi 5 décembre 2012 (20h30) - Je suis chrétien et je vous écris de chez un de mes voisins d'immeuble musulmans qui dispose d'un générateur électrique, pour vous mettre au courant de la situation à Alep. Depuis hier minuit, toute la ville d'Alep est sans électricité après l'attaque à l'Est de la ville de la Centrale de gaz. 

Les hôpitaux, les boulangeries, les réfrigérateurs sont arrêtés ; les malades, surtout des enfants sont mourant à l'instant où j'écris. A l'hôpital universitaire, où mon frère chirurgien s'occupe des blessés de l'armée et des civils, il y a un manque criant de médicaments, de spécialistes, d'électricité et de nourriture ; surtout de pain. 

La grande prison d'Alep située à 10 km à "Mislimiyah" est assiégée et privée de tout ; des prisonniers frigorifiés, meurent tous les jours.

Nous venons d'apprendre les déclarations de M. Fabius qui aurait affirmé avoir peur que les rebelles soient des criminels plein de rancune. C'est trop tard... Après avoir percé la voie au chaos et donné votre bénédiction aux criminels de guerre...Comment voulez-vous ramenez les vies, le calme et la justice ? Gouverner ce n’est pas plaisanter. C’est protéger les vies et les améliorer.


Alep - Dimanche 2 décembre 2012 (8h10) - A la suite du rétablissement très provisoire de la communication avec la Syrie, nous avons reçu les informations suivantes :

Durant deux jours toutes les lignes téléphoniques, électriques et l'Internet étaient coupées. Nous avons l'Internet et l'électricité depuis une demi heure. 

La situation devient de plus en plus critique et difficile. L'Armée Syrienne "Libre" a occupé le barrage "Tichrine" qui se trouve près de Raqqa; elle a coupé les lignes électriques et menace de faire sauter le barrage. 

J'ai appris d'un ami musulman (témoin oculaire) que la base militaire 46 située près de la frontière turque  (Atareb) est également tombée. 

Désormais, le territoire entre Alep à la frontière turque de Bab Hawa, délimité au Nord par Azaz, se trouve entre les mains des Salafistes (partisan d'un islam des origines). 

Hier deux évêques maronite et arménien ont échappé à la mort sur la route de l'Aéroport. Leur chauffeur Joseph Karmeh a été assassiné avec d'autres chauffeurs arrêtés sur la route.

La grande prison d'Alep est assiégée et privée de tout : médicament, eau, électricité, nourriture, carburant...Les silos de blé, qui sont stratégiques, ont été occupés et volés; la fabrique de levure a été détruite. 

Actuellement Alep est coupée du monde et risque la famine. Nous n'avons plus de pain : Le kilogramme coûte, au marche noir, L.S.250 (€2,84). Nous n'avons plus de gaz : la bouteille est à L.S. 4500 (€51). Nous n'avons que 6 heures d'électricité par jour. 

Le moral des chrétiens est au plus bas, car les Curés des paroisses ne parviennent plus à s'en occuper.


Enfant récoltant de l'eau de pluie à Alep; le froid s'accroît; 
les victimes sont surtout parmi les enfants

Alep – Vendredi 30 novembre 2012 - Nous avons reçu d'Aep, le message suivant  :

Depuis plus de cinq jours l’Internet est coupé ; l'électricité nous parvient 3 heures par jour. L’absence de mazout, de gaz et d’électricité nous fait atteindre les limites du possible. Nous avons des enfants qui meurent de faim.

Pour s’en sortir, les alépins ont trouvé une façon astucieuse de se chauffer en ayant recours à des tapis électriques qui réchauffent les pieds.

Les éléments armés se mettent aussi dans le commerce, illégal naturellement, mais c’est toujours du commerce. Ils coupent les arbres qui se trouvent à la périphérie de la ville et revendent le bois. La tonne atteint le prix de L.S. 22.000 (€250).

Si seulement, l’énergie était le seul problème.  Les enlèvements de chrétiens sont incessants.  Nous pouvons faire cas des personnes, sans citer les noms, afin de ne pas nuire aux familles. Nous vous faisons savoir :

- L‘Enlèvement du jeune « Antoine Mb » qui fait ses études à Marmarita dans le Wadi Al-Nassara [La vallée des chrétiens] près de la frontière libanaise. Il a été enlevé directement de sa maison et comme son père est propriétaire d’un petit hotel dans la vieille ville d'Alep, les ravisseurs lui demande L.S. 50 millions pour le libérer (€567.000).

-L’Enlèvement de « H. H. » - 69ans - Il a été emmené avec sa voiture puis, par la suite, libéré contre une rançon de L.S. 5 millions (€57.000).

- L’Enlèvement d'un chauffeur de taxi chrétien qui faisait le trajet Alep-Beyrouth. La demande de rançon est de L.S. 5 millions (€57.000).

- Que de multiples vols de voitures ont été commis, en plein jour, par des bandes de voleurs ; le dernier délit est celui de la voiture du « Dr Sami Ya »

Nous terminons par une infotrmation sur Damas où plusieurs victimes chrétiennes sont tombées dans le quartier de Germana. Parmi les jeunes, qui se rendaient à l'école ou dans les Facultés, on signale deux membres de la famille Samara. 

jeudi 29 novembre 2012

Damas, proie d'une rébellion infernale.

Damas – Le 29 novembre 2012 - La situation semble plus obscure que jamais ; le pays s’effrite de jour en jour et les personnes sont de plus en plus fragiles.

Le moral des habitants de Damas est au plus bas, surtout dans les familles dont les fils sont militaires.... Dans les foyers, on se supporte et on résiste comme on peut, en se soutenant et en jouant de temps en temps aux cartes avec des amis proches du quartier...

Ce matin à 7h 30, quatre explosions successives de voitures piégées ont secouée la ville. Elles ont explosé au même endroit, à Jaramana, dans le rif de Damas ; cette ville est habitée, en grande partie, par des druzes et des chrétiens.

Les terroristes, sans doute venus de l’enfer ont fait sauter une première voiture et, dans la foulée, une seconde, alors que des personnes, dans les alentours, accouraient pour s’enquérir des victimes. Le troisième véhicule sautait à l’instant même où les ambulances parvenaient sur les lieux ; Quant aux envoyés de Satan, ils n’ont pu s’empêcher de faire exploser un quatrième véhicule.

Le résultat de cette boucherie qui porte une prétention « la démocratie » pour remplacer le régime actuel, est d’au moins 45 tués, sans compter les très nombreuses personnes grièvement blessées. Nous attendons toujours le sinistre décompte. 

Damas, cet autre cité antique devient progressivement la Capitale de la « boucherie démocratique ».

C’est à grand peine que le peuple syrien survit…le pain devient une denrée rare ; le mazout une énergie très difficile à trouver et l’électricité, cette autre énergie, qui arrive difficilement dans les foyers, à la suite du sabotage à Deir Ezzor, par les hordes armées, des conduites de gaz qui alimentent les générateurs et permettent leur fonctionnement.

M.A.

mardi 27 novembre 2012

Homs, les dangers qui guettent les chrétiens.

Les nouvelles qui parviennent de la ville de Homs et de ses environs inquiètent car une menace très grave pèse sur les chrétiens. Quelle est-elle ? L’arrivée dans les villages environnants de la ville de Homs, de ces multiples groupuscules intégristes que portent les noms de Jabhat al-Nousra, Ahfad Al Rassoul, Abnaa Al-Rassoul, Liwa' al-Tawhid, Ghouraba al-Cham, … ceux-là même qui ont commis des crimes sauvages et inhumains, les mois passés sur les chrétiens de Homs.

La montée de l’intégrisme ne se fait pas seulement sur le sentier de guerre mais dans l’esprit de simples musulmans qui étaient, il y a peu de temps encore, les très bons amis des chrétiens. Leur esprit aurait été embrumé par la propagande des bandes armées qui accusent les chrétiens, d’infidèles à liquider.

Après des mois de combats à Homs et dans les alentours, on est en droit de s’interroger sur la présence de chrétiens dans cette ville.

A Homs, certains quartiers chrétiens ont été pillés et furent totalement détruits : Hamidieh, Bustan, Diwan, Khaldieh, Safsafeh et Jouret Chiah… Trois églises célèbres et importantes furent incendiées ou détruites : celle de « Umm Zounnar » et les deux cathédrales grecque et syrienne catholiques. Toutefois si quelques secteurs sont encore chauds, principalement dans la banlieue de Homs, Deir al-Baalbeh, Rastann, Qoussair, Firqlos, d’autres habités par des chrétiens ont été relativement épargnés ; ils sont toujours habitables : Al-Muhatta, Al Incha'attt, Hay al-Malja' et Al Hosn.

Les chrétiens des quartiers détruits sont allés se réfugier dans le Wadi an-Nassara, "la vallée des chrétiens" située à l’extrémité de la province de Homs et à proximité de la frontière libanaise. Les villages principaux portent le toponyme de Marmarita, Hwach, Baït, Habnumra, Safita et Tartous.

D'autres réfugiés ont poussé plus loin jusqu’à Fairouzah où on recense 1340 réfugiés ou encore jusqu’à Zeidal où l’on compte 963 réfugiés. L'Eglise syriaque de Fairouzah a ainsi mis son Eglise à la disposition des chrétiens grecs orthodoxes. Seuls les habitants des quartiers épargnés de Homs ont pu y revenir. On compte désormais 30.000 chrétiens à Homs sur les 160.000 résidents présents avant les troubles.

A Qoussair, près de la frontière libanaise, il n'y a plus de chrétiens ; la belle église du village est devenue le siège des wahhabites.  A Yabroud, l'ancienne église (ancien temple païen) a été détruite ; les chrétiens ont quitté le village.

Comment vivent ces chrétiens dans la ville de Homs qui fut très sévèrement détruite ? C’est une vie particulière puisque les chrétiens ne sortent de chez eux que la journée durant ; après le coucher du soleil, les rues sont vides car les habitants se terrent. De surcroît, la circulation hors de la ville n’est possible que le matin, uniquement, par minibus pour éviter que les bandes armées ne se saisissent des voitures particulières et n’enlèvent les personnes pour les tuer ou les échanger contre des rançons. En revanche, les soldats et la police secrète ne voyagent que par hélicoptère.

Il y a encore des enfants à Homs. Ils vont à l'école lorsque leur quartier est plutôt sûr, c’est-à-dire là où se poste l'armée. A Homs, même l'université a ouvert ses portes. Des universitaires d'Alep s’y rendent pour les cours car à Alep tous les établissements d’enseignement sont clos ou occupés par des réfugiés.

L'église reste le seul refuge spirituel et matériel des chrétiens ; les activités de jeunesse, scoutisme, catéchisme, JEC, JOC, JUC sont paralysées. Les célébrations et les prières se poursuivent en présence de fidèles plus nombreux mais elles se tiennent le matin ou dans la première partie de l’après-midi. Dans l’ensemble nous pouvons dire que les chrétiens attendent plus d'aide matérielle, en nourriture et argent, de l’Eglise
.
Le monde entier s’interroge sur la façon dont les syriens parviennent à financer leurs besoins alimentaires, de santé, de transports et de loyers. Ce n’est un secret pour personne que les syriens et les chrétiens en particulier sont de plus en plus pauvres. En termes d’aides, ils ne reçoivent que des "miettes" ; l’aide ne suffit pas. Les organismes de secours, le Croissant-Rouge et la Croix-Rouge, Caritas et les archevêchés sont les principales sources…

Le secours vient aussi d’individualités dans le clergé qui se révèlent très actives et généreuses. Parmi les membres les plus connus : Le Père Michel Naaman, qui fait parti du comité de réconciliation, le Père Selouanos de Fairouzah, Mgr Jirjios Kassab évêque de Homs et Hama pour les des syriens catholiques, Sr Agnès du couvent Mar Yacoub Mouqatta'a, le Père Jacques de Qaryatein, les moines Paulistes à Marmarita, Le village Al-Ard avec le Père Frans (Hollandais) s.j. qui a ouvert son couvent à tout le monde.

Face à la prolongation des combats, les jeunes éprouvent de plus en plus le désir de quitter le pays. C’est surtout le cas des jeunes qui n'ont plus de travail, et qui veulent échapper au service militaire dans un tel contexte. Ils considèrent qu’ils n'ont plus d'espoir et veulent de ce fait, à tout prix, quitter le pays au risque de leur vie. En revanche, les parents et les vieux envisagent rarement le départ préférant rester près de leurs biens.

Mais y a-t-il encore des pays que les chrétiens syriens trouvent sympathiques et favorables à leur cause ? A part le Vatican, les chrétiens de Homs, qui sont en Majorité orthodoxes, ont un penchant pour la Russie, la Chine, l'Iran et surtout la Grèce. Ils ont été très sensibles à la visite du patriarche de Moscou venu soutenir les soutenir. En revanche, ils ont attendu la visite du Patriarche maronite qui se fait attendre mais on peut le comprendre puisque la sécurité n’est pas favorable pour un maronite.

Des médisants et calomniateurs ont beau prétendre que les chrétiens soutiennent le régime, nul ne peut être d’accord avec cette assertion qui n’aurait pas été vrai, si les rebelles avaient su leur donner une place de choix. Nous savons tous que ce n’est pas le cas et que l’armée arabe syrienne est le seul rempart des chrétiens et des civils. Dans les environs de Homs, elle est présente dans tous les villages où les soldats sont bien reçus et se sentent à l'aise au milieu des familles qui leur offrent l’hospitalité, de la nourriture et des services ; dans les villages non-chrétiens le traitement n’est pas le même ; les soldats y sont méfiants, craignant des fanatiques cherchant à les tuer.

Présente à Homs, l’armée avance surtout à Qoussair, Rastan et Rableh et du côté de la frontière libanaise à Tell Kalakh que les rebelles ont déserté pour aller s’attaquer à Alep et à la Djézireh.

Les chrétiens n'ont pas du tout de milices [comment peut-on alors les accuser d’être avec le régime] mais dans les villages chrétiens à Wadi Nassara, Fairouzah, Sadad, de jeunes chrétiens se sont enrôlés dans les Comités populaires où au sein des milices de l’armée, les « fameux Chabihha », afin de protéger les leurs et leurs églises ; cela n’est-il pas légitime au regard du nombre d’Eglises syriennes incendiées ?  

Si des combats se déroulent encore à Akrama et Khaldieh dans les environs de Homs, la seule consolation pour les habitants de cette ville, aussi petite qu’elle soit, est que le prix du carburant est inférieur à celui pratiqué dans les autres villes ; la raffinerie de Homs alimentant la ville, voire le pays entier. Le prix officiel de l’essence y est à 500 L.S. pour le gaz, 50 L.S./litre pour l’essence, 35L.S./litre pour le Mazout alors qu’à Alep, le Gaz est à 3300, l’essence à 125 et let mazout à 110L.S.

Quant aux biens essentiels, ils parviennent désormais du Liban, en contrebande, à des prix raisonnables. On trouve tout sans problème mais les prix ont augmenté, à cause du dollar qui a dépassé 84 L.S.

mercredi 21 novembre 2012

Ne pas oublier Alep....

En Syrie, la population commence à perdre espoir sur la fin proche du conflit. La mort n'est plus seulement un fait de la vie, elle est dans le quotidien,; familière, proche, presque imminente; la population se prend à la défier ; la mort ne fait plus peur ; les habitants sont devenus moins craintifs mais paradoxalement le désir de vivre est moins vif. Il arrive bien à ceux qui sont toujours à Alep, Homs, Harasta, de se dire qu'il vaut peut-être mieux mourir que de vivre sans abris, sans pain, sans dignité humaine.

Les enfants eux ne se posent pas si crûment la question de la mort. En revanche, ils flirtent avec elle, en jouant à se faire peur dans les quartiers chrétiens d’Alep. Dans leurs jeux, ils se regroupent en soldats de l’Armée arabe syrienne et en combattants de l’Armée Syrienne Libre. Ils se fabriquent de fausses armes, mais y mettent parfois du vrai en se maltraitant.

On dit qu'un tiers de la population d'Alep a quitté la ville. Les citoyens restés sur place, font partie de la catégorie sociale qualifiée autrefois de moyenne  mais aujourd'hui sensiblement appauvrie au point qu'elle n'a plus les moyens de sortir de Syrie. En revanche, ses membres espèrent et attendent l’aide qui arrive avec parcimonie, laissant de nombreuses familles en détresse. Les familles qui ont laissé la ville d'Alep et y sont revenues ne sont pas mieux loties; certaines, par exemple, ont fait le voyage de l'Arménie, pour n'y trouver qu'un pays n'offrant pas de travail, où la corruption est presque aussi répandue qu’en Syrie.

L'émigration ne réussit pas à tous, notamment à ceux qui ont fait le choix de laisser la Syrie pour le Liban et qui n’ont même plus les moyens d’y revenir car, dans le pays voisin, la vie est très chère et les a dépouillés. Mais quel dilemme pour la population chrétienne alépine tentée par le départ ou la demeure sur place, surtout après les dernières déclarations des partis « djihadistes » qui appellent à fonder une République Islamique de Syrie. Que faire ?

Dans le quotidien alépin, la vie est devenue insupportable. Les habitants ne sortent plus que pour acheter du pain. Il faut dire que cette sortie demande cinq heures de files d’attente. Le reste du temps, les sorties de chez soi, n'ont pour but que de visiter les proches. En revanche, avec la tombée du jour, tout le monde est terré chez soi car les quartiers contrôlés par l'armée sont quadrillés de barrages.

Les modifications du mode de vie et de l'environnement, dans les derniers mois, ont été impressionnants. A Alep et dans ses environs, près de six cents usines ont été pillées et volées. Des bandes armées provenant de Turquie se sont emparées de précieuses machines. Près de 60% de la ville d’Alep est détruite. Les fameux souks, si réputés jadis, sont détruits à hauteur de 50%. Alep viendrait en troisième place après Berlin et  Stalingrad dans le classement des villes les plus détruites. Près d’1,5 millions de personnes n’ont plus d’abris ou de maisons. La monnaie s’est considérablement dépréciée. Le dollar et l'euro atteignent des records ($1=L.S.88) et (€1=L.S.110). Les marchandises et denrées alimentaires de base ont vu leurs prix quintupler. De très nombreux médicaments restent introuvables après la destruction des usines pharmaceutiques.

Le pays avance dans l’hiver ; le mazout et le gaz manquent ; le chauffage au bois n’est pas courant dans le pays. Il n’y a plus que les réchauds électriques et les couvertures pour se chauffer. Heureusement et c’est la rançon du malheur, les rapports entre voisins restent bons, imprégnés d'attention et de solidarité. Pour les urgences, il ne reste plus d'ambulances, de police ou de pompiers. Les voitures piégées sont si destructrices ;  elles ne sont pas suffisantes, semble-t-il, puisqu'elles sont généralement suivies de tirs de fusée Hawn comme pour venir achever le mort.

Au fil des mois, la situation se dégrade ; c'est le pourrissement et le monde y assiste comme le sphinx dans le désert. A Alep, l’armée syrienne ne parvient pas à pénétrer dans la vieille ville tandis que d'autres quartiers, occupés par les djihadistes (Al Nasra), deviennent des sanctuaires islamistes.  

Les conscrits du service militaire restent terrés chez eux ; des soldats désertent ou collaborent avec l’Armée syrienne « Libre », par besoin d’argent ou par conviction. Au milieu de la désagrégation, il se trouve encore des personnes de bonne volonté qui prennent des risques pour se manifester à des amis et des proches ; quel courage ont ces bédouins qui ont traversé des barrages de l’ASL pour venir entourer une famille chrétienne éprouvée. La misère est présente, croissante, destructrice et avilissante sur tous les plans.

La jeunesse ? Son comportement est désormais conduit par le besoin de manger et de s’héberger. Des jeunes chrétiens de plus en plus nombreux s’enrôlent dans les comités populaires (Chabihas) pour soutenir l’armée. La solde qui leur est versée est de 15.000 livres syriennes (€200) par mois. D’autres tentent de vendre de l’essence en contrebande ou s’improvisent vendeurs de légumes ambulants ; enfin, il y a ceux qui essayent de quitter le pays par la Turquie. Quel vide ! Quel désastre spirituel, humain, matériel…. ! Que de jeunes sur la pente négative ! Le caractère des personnes change…les instincts dominent....; au plus grand désespoir des familles, des jeunes commencent à s’adonner à la drogue introduite par les salafistes tandis que les jeunes filles sont sous la menace constante du viol. La fatwa du renégat Qatari, le dénommé « al-Qurdawi » protège les violeurs en accordant le droit de violer les filles alaouites et chrétiennes avant de les tuer. Pourquoi la France qui entretient de si bon rapport avec le Qatar, ne demande t-elle pas qu'on le fasse taire ?

Et les écoles au milieu de cela ? Il faut dire que les deux tiers des écoles publiques abritent des réfugiés ; les autres établissements sont vides. Les écoles chrétiennes, situées hors de la ville ont, quant à elles, créé des classes au sein des Eglises et dans les paroisses pour assurer les cours, tandis que les universitaires semblent avoir perdu leur année.

La question du départ et de l'émigration revient sans cesse...le dilemme....Certaines familles cherchent à partir certes, mais tout n'est pas réglé par le départ. La question est pour quelle destination ? La Suède, le Venezuela, l'Australie ou le Canada ? Ce sont les pays les plus attirants ;  mais partir, ce peut-être se ruiner. A Alep aujourd'hui, tous logement laissé est un logement prisé par les réfugiés qui s’y installent sans intention de le rendre. Vendre son bien ? Impossible. Il n’y a plus d’autorité, plus d’administration, plus de justice pour permettre les transactions.

La question du retour, est celle que se posent des familles parties s’installer au Liban, en Arménie ou en Jordanie; elles reviennent au pays car la terre d’accueil est peu sûre. Le dernier attentat de Beyrouth qui a tué le chef des renseignements, W. Hassan, a dissuadé des chrétiens à rester sur place et puis le coût de la vie au Liban vient les déterminer à partir.

Mais quelle est la véritable situation sécuritaire à Alep ; quelle place occupe l’armée arabe syrienne ? On peut dire que cette dernière est présente surtout dans les quartiers chrétiens à travers la garde républicaine formée des soldats les plus fidèles au régime. Elle occupe 25% de la ville seulement mais s'appuie toujours sur l’aviation pour tenter de déloger les rebelles salafistes des quartiers de la ville.

Ailleurs hors d’Alep ? Pour les chrétiens, l’attention se porte sur la ville de Qamichli située dans le Nord-Est du pays, où très vraisemblablement, se prépare un scénario similaire à celui de Ras-El-Ain, avec ultimatum aux chrétiens pour quitter la ville et exécution de la menace, peu de temps après. Actuellement les habitants des villages chrétiens de la région, en particulier de ceux qui se trouvent sur le fleuve Khabour, trouvent refuge dans la ville de Hassakeh.

Des nouveaux acteurs dans le conflit ? Des intégristes de toutes sortes, des bandes armées diverses foisonnent et agissent pour le compte de parrains tenus secrets. Ils sèment la terreur et égorgent de simples et modestes citoyens au nom d’Allah. Nous revivons les premiers temps de l’Islam avec les ultimatums du prophète et de ses hommes appelant à la conversation sous menaces d’être passé par le fil de l’épée. La peur règne sur l’ensemble du territoire....L’histoire se répètera-t-elle ?

Dans cette mêlée, comment rester informés ? La population chrétienne s'accroche à certains media, dont le panorama a quelque peu changé : Elle s'informe auprès d'« Al Mayadine » qui est bien apprécié mais aussi par l'écoute de deux autres chaines « Ikhbarieh » et « Dounia ». A ces chaînes sympathiques aux chrétiens, sont venues se greffer des chaines "salafistes" « Al-Barada », « Al-Sharq », « Al-Jazira » et « Al-Arabia » ; Le Net prend une place de choix avec « Taht al-Mihjar » et « Akselser » mais aussi « Alep News » et « Akhbar as-Syrian » sans omettre les réseaux-sociaux tels que Facebook.

Pour conclure, quel constat faisons-nous ? Dans une guerre comme celle-ci, l’espoir est dans le détail, dans les gestes d'amitié, dans l’attention délicate, dans l'inconnu qui se présente et tend une main….L’espoir n’est ni auprès des gouvernements, ni dans les grands discours politiques, ni dans les ambitieux qui pointent leur nez dans les medias. Aucun d’eux n’a réussi en enrayer le conflit. Aucun Etat, aussi puissant qu’il ne prétend être n’a réussi à faire passer l'humain avant les considérations géostratégiques, et à stopper ainsi la marche vers la destruction de la Syrie.

dimanche 11 novembre 2012

Alep, mère de tous les malheurs par Bahar KIMYONGUR

Le mouvement rebelle avait promis de faire de la Syrie un pays libre et démocratique. A Alep, son discours sectaire et ses méthodes cruelles ont poussé des communautés traditionnellement opposées au régime à se défendre, armes à la main, contre la « révolution » et parfois même à accueillir l’armée nationale syrienne à bras ouverts. Même si elle reste forte sur le plan militaire grâce aux succès enregistrés dans le Nord du pays avec l’aide de la Turquie et de ses alliés, la rébellion semble désavouée et politiquement condamnée par une majorité d’Alépins qu’ils soient musulmans ou chrétiens.

Dans une des rares dépêches où l’AFP donne la parole aux Alépins opposés à la rébellion, on peut lire le constat suivant : « Contrairement aux autres villes, Alep et ses 2,7 millions d’habitants étaient restés en marge de la contestation pendant des mois, provoquant les railleries des contestataires qui avaient écrit sur une banderole : « Même avec du Viagra, Alep ne se soulève pas » (1).

Ville paisible, prospère et multiconfessionnelle, Alep aurait pu succomber à la « révolution » si l’Armée syrienne libre (ASL) avait été réellement révolutionnaire, c’est-à-dire pluraliste, patriotique, respectueuse des minorités et du patrimoine public et privé de ses habitants.

Mais il en a été autrement. Après plus de trois mois d’occupation de la ville d’Alep par les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) venus de l’arrière-pays et du gouvernorat voisin d’Idleb, le constat est cinglant : à part certains quartiers pauvres et perméables au discours religieux voire sectaire de l’ASL, la majorité de la population a boudé la rébellion.

Alep finira par payer cher sa traîtrise envers les insurgés : purges expéditives contre les habitants insoumis comme l’exécution des membres de la tribu Berri, de fonctionnaires administratifs, d’employés de la poste (2), magasins détruits et pillés, habitations réquisitionnées, populations chassées, musées, centres culturels, églises et autres sites historiques saccagés, mosquées vidées de leurs imams et de leurs fidèles « pro-régime », grand souk incendié…

Même la grande synagogue d’Alep, patrimoine mondial de l’Unesco, n’a pas été épargnée par les destructions.

Voici un bref aperçu du drame vécu par les diverses minorités qui peuplent la ville :

Victimes arméniennes de la rébellion

Près de 80.000 Arméniens vivent en Syrie surtout dans les grandes métropoles, comme Damas et Alep. Ils sont pour la plupart les descendants des Arméniens déportés et martyrisés par le régime jeune-turc de 1915. Les Arméniens de Syrie rejettent massivement l’ASL à la fois en raison de son profil sectaire mais aussi et surtout parce que l’ASL est protégée par l’Etat turc, bourreau historique des Arméniens.

Ils sont victimes d’une guerre dont ils ne se sentent pas toujours concernés même si la mort de Vigen Hayrapetian, sergent de l’armée nationale syrienne, suite à un double attentat terroriste à Alep qui coûta la vie à 28 personnes, avait mis en évidence leur attachement à une Syrie baassiste en tant que moindre mal. Plusieurs dizaines d’Arméniens ont été tués depuis soit lors de tirs croisés ou d’attentats à la voiture piégée.

Certains ont été kidnappés par des inconnus parfois pour des raisons purement financières. Les enlèvements contre rançon, c’est l’autre facette du chaos importé par les rebelles dans le pays.

Fin octobre, l’église Saint-Kevork située dans le quartier de Midane (Nor Kyugh en arménien) à Alep, a été incendiée par les rebelles. L’école arménienne Mesrobian qui jouxte l’église a également été endommagée. (3)

Pour se protéger de l’ASL, de ses mauvaises fréquentations djihadistes (Front Al Nosra, Liwa Al Tahwid etc) et des bandes criminelles, les habitants arméniens de certains quartiers d’Alep ont rejoint les « comités populaires », organisation civile et progouvernementale d’autodéfense ressemblant à la première génération des Comités cubains de défense de la révolution (CDR). De nombreux Arméniens d’Alep mais aussi de Kassab (Lattaquié) et de Damas se sont armés pour assister l’armée dans ses opérations antiterroristes.

Victimes kurdes de la rébellion

A l’instar des Arméniens, la majorité des Kurdes qui sont pourtant sunnites, se tiennent à l’écart de l’ASL en raison de son discours confessionnel et de son inféodation au régime d’Ankara.

Les Kurdes représentent environ 10% de la population syrienne, soit près de 2 millions de personnes. Si certains Kurdes ont occupé de hauts postes dans l’administration, ainsi que dans la hiérarchie militaire et religieuse, leur histoire n’en est pas moins faite de discriminations de la part d’un Etat dont la doctrine officielle basée sur l’arabité exclut de facto cette population non arabe.

Leur marginalisation les a conduits à se révolter plus d’une fois contre le gouvernement de Damas déclenchant une répression brutale à leur encontre comme à Qameshli en 2004.

Au début de la révolte de 2011, le président Bachar El Assad a accordé la nationalité syrienne à 300.000 Kurdes. Il a également libéré de nombreux prisonniers politiques, surtout des membres du PYD (parti de l’union démocratique, proche du PKK en guerre contre Ankara) et promis plus d’autonomie.

Ce nouveau rapport entre Damas et le principal mouvement d’opposition kurde équivalant à un pacte de non-agression, a amené le PYD à adopter une fragile politique d’équidistance entre les troupes gouvernementales et l’ASL.

A Alep, le quartier kurde d’Achrafiyeh contrôlé par le PYD a ainsi mobilisé sa milice contre toute incursion de l’un ou l’autre camp. Fin octobre, lorsque des rebelles dont certains groupes kurdes favorables à l’ASL comme le parti Azadi et le « bataillon Saladin » ont occupé le quartier, les sympathisants du PYD ont manifesté contre une violation flagrante de leur souveraineté politique et de leur territoire. Mais les rebelles de l’ASL si prompts à dénoncer la répression de l’armée gouvernementale contre des rassemblements pacifiques n’ont pas hésité à ouvrir le feu sur des manifestants, tuant une douzaine de membres du PYD. Au total, trente personnes périront dans les affrontements d’Achrafiyeh opposant pour l’essentiel des Kurdes s’affichant neutre dans le conflit « inter-arabe » à des Kurdes pro-ASL appuyés par des éléments djihadistes. Des centaines de personnes sont détenues par leurs deux camps. Et nous savons qu’au moins l’un d’entre eux, Khaled Bahjat Hamdu, a été assassiné sous la torture par les rebelles.

Victimes palestiniennes de la rébellion

En Syrie, l’Office des Nations Unies chargé des réfugiés palestiniens (UNRWA) a récemment recensé 510.000 Palestiniens en Syrie dont un tiers rien qu’à Damas. Ils sont majoritairement sunnites comme l’ASL. Pourtant, la plupart d’entre eux refusent de prendre part à un conflit qui nuit à la cause palestinienne.

Comme nombre de Kurdes, d’Arméniens, d’Arabes chrétiens, sunnites, chiites ou alaouites, les Palestiniens progouvernementaux se sont organisés en comités populaires pour empêcher la prise de contrôle de leurs camps par l’ASL et d’autres groupes djihadistes. (4)

Les Palestiniens d’Alep trop neutres dans le conflit syrien ou trop proches du Front populaire pour la libération de la Palestine – Commandement général (FPLP-CG) d’Ahmed Jibril, allié traditionnel du gouvernement de Damas, sont eux aussi la cible de l’ASL. C’est en réalité depuis le début de la rébellion que le torchon brûlait entre la rébellion et les Palestiniens non alignés à l’émir du Qatar.

Un mois avant l’invasion d’Alep par l’ALS, seize Palestiniens du camp de Nairab, ont été exécutés et atrocement mutilés par les rebelles syriens dans le Nord d’Alep, un massacre commis par un groupe rebelle syrien et que même le Hamas, pourtant en rupture avec le gouvernement de Damas, avait condamné. (5)

Le 28 septembre 2012, quatre Palestiniens ont été tués après des tirs au mortier de l’ASL contre le camp palestinien de Nairab tout proche d’Alep.

Au total, 528 Palestiniens auraient été tués depuis un an et demi en Syrie lors d’affrontements entre rebelles et armée, entre rebelles et Palestiniens pro-régime, entre Palestiniens pro-rebelles et armée, lors d’assassinats ciblés par le régime ou les rebelles ou encore en détention. (6)

Victimes assyriennes de la rébellion

Près d’un million d’Assyriens vivent en Syrie, principalement dans la Djézirah (gouvernorat d’Al Hassaké) et à Alep. Ces dernières années, leur nombre s’est vu croître après l’arrivée de milliers d’Assyriens d’Irak fuyant l’invasion américaine de 2003 et le terrorisme takfiriste subséquent. Les Assyriens sont sémites. Ils parlent l’araméen, la langue du Christ. Mais ils ne sont pas arabes. Ils rejettent donc eux aussi le paradigme baassiste.

Leurs revendications identitaires et leurs mouvements politiques ont été violemment combattus par le pouvoir. Toutefois, une majorité d’Assyriens perçoivent la laïcité promue par le gouvernement syrien comme un moindre mal face à l’Islam conquérant. 

Le principal mouvement assyrien, l’Assyrian Democratic Organization (ADO) fait partie du Conseil national syrien (CNS). Il en est même un membre fondateur. Mais au lieu d’attirer vers elle la population assyrienne traditionnellement réfractaire à l’idéologie officielle, l’ASL a réussi à se l’aliéner.

Le 21 octobre 2012, le complexe social Beth Hasda de cette communauté chrétienne a été soufflé par l’explosion de plusieurs voitures piégées. L’attentat avait été revendiqué par le Front Al Nosrah. (7)

Cinq jours plus tard, le Front Al Nosrah a envahi le même quartier assyrien. Un habitant a été tué et plusieurs familles ont été chassées de leur domicile. L’armée gouvernementale est finalement intervenue pour extirper les assaillants et réinstaller les familles chassées.

Le quartier a retrouvé son calme. Mais pour combien de temps ?

Conclusion

Arabes et Kurdes, Palestiniens et Arméniens, chrétiens et musulmans souffrent durement de la lutte à mort que ses livrent les belligérants à Alep.

Nombreux sont les habitants de la ville qui reprochent aux rebelles d’avoir importé le conflit jusque dans leur foyer. Une habitante d’Alep parle même d’un « terrorisme meurtrier venu du désert » (8).

La « mère de toutes les batailles » est ainsi devenue la mère de tous les malheurs.
Et à Alep, comme partout ailleurs en Syrie :

Les uns ont attendu l’arrivée de leurs libérateurs rebelles.

Les autres ont attendu l’arrivée de leurs libérateurs gouvernementaux.
Les uns subissent les incursions de l’armée nationale.

Les autres subissent l’invasion de leur quartier par des combattants étrangers à la ville et au pays.

Les uns sont victimes des bombardements de l’aviation et de l’artillerie gouvernementale pour avoir hébergé la rébellion.

Les autres sont victimes des voitures piégées, des balles, des roquettes et des tirs de mortiers rebelles pour avoir abrité les troupes de l’armée nationale.

Les uns prennent les armes et se rangent du côté de la rébellion.

Les autres prennent les armes et se rangent du côté du gouvernement.

Les uns enragent contre leur voisin qui ne se rallie pas à la « révolution contre la dictature ».

Les autres enragent contre leur voisin qui héberge des « terroristes » et des fossoyeurs de la paix intercommunautaire.

Les uns se plaignent que l’ALS ne vient toujours pas à bout de l’armée gouvernementale.
Les autres se plaignent que l’armée nationale n’en fait pas assez pour protéger leur vie et leurs biens.

Les uns maudissent l’armée nationale.

Les autres glorifient l’armée nationale en tant que « Houmat Al Diyar », la gardienne de la patrie.

Mais tous sont Alépins. Tous sont Syriens. Tous sont humains. Tous ou presque.

Le 7 novembre 2012
Bahar Kimyongur

(auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Couleur Livres & Investigation, 2011 et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie - CIS)


(1) AFP, 7 septembre 2012 : Syrie : à Alep, rebelles et commerce ne font pas bon ménage
(2) Ces massacres ont été déguisés en « actes de vengeance contre les chabbihas », le terme magique qui justifie toutes sortes d’actes barbares.
(3) Site d’information arménien Tert.am, 31 octobre 2012
(4) Anwar Raja, porte-parole du FPLP-CG cité par l’AFP (30 octobre 2012) précise : « (…) des comités populaires, que nous avons formés pour empêcher ce genre d’infiltration (…) »
(4) « Resheq : We condemn the killing of Palestinian conscripts in Syria as cowardly », Palestinian Information Center, 12 juillet 2012
(5) Chiffre avancé par un porte-parole du Hamas et confirmé par Adli Al-Baraqouni, Humanitarian Voice, 31 octobre 2012
(6) International News Agency (AINA) : Car Bomb Explodes in the New Assyrian Quarter in Aleppo, 24 octobre 2012
(7) AINA : Second Attack in 5 Days on New Assyrian Quarter in Aleppo, 26 octobre 2012
(8) Al Manar, 27 octobre 2012

jeudi 8 novembre 2012

Alep - Demande de mise en liberté des arméniens enlevés.

Alep - Dimanche 11 novembre 2012 - Reprise de contact avec les ravisseurs des arméniens.

Nous venons d'apprendre que les contacts avec les ravisseurs des 7 arméniens chrétiens, enlevés depuis le 15 octobre, ont pu être repris. Les auteurs des enlèvements seraient plus précisemment des "salafistes" qui réclament 1,1 milion de L.S. (€12.350) par personne. Sans cette remise de rançon, ils seraient exécutés.

Alep - Vendredi 9 novembre 2012 - Des détails sur le détournement de la liaison par bus Beyrouth-Alep

En relation avec l'information communiquée par Zenith ci-dessous, il s'avère qu'avec le musicien arménien auquel fait référence l'article, ce sont  dix personnes qui ont été enlevées alors qu'elles se trouvaient dans un bus qui assurait la liaison Beyrouth-Alep.

Dans ce véhicule, se trouvaient sept chrétiens arméniens et trois de rite grec catholique. Il se confirme que ce sont des "Taqfiristes ou Salafistes" qui les ont enlevées ; Sur les dix, les trois frères en Christ de rite grec catholique ont déjà été libérés : la mère en premier, puis le père et le fils après avoir été très maltraités et contre  le paiement d'une rançon de 3,3 millions de livres syriennes.

Il a fallu que l'archevêché grec catholique collecte la sommes à travers une quête auprès des paroissiens pour s'acquitter de la rançon exigée.

Sur les frères arméniens enlevés, un seul est actuellement libéré contre rançon.

La bande armée qui a procédé à l'enlèvement visait manifestement les chrétiens ; des éléments de cette bande ont déclaré à notre frère chrétien de rite grec catholique, que "le tour des chrétiens est arrivé ; on va assassiné les prêtres, les moines, violer les religieuses et détruire les églises.

Nous rapportons ces paroles qui ont été clairement exprimées; il ne s'agit pas d'une manipulation ou d'une volonté de semer haine et discorde.

ROME, mardi 6 novembre 2012 (Zenit.org) – La communauté chrétienne réclame la remise en liberté d'un auteur-compositeur-interprète arménien et de sept autres personnes enlevées, rapporte l’agence vaticane Fides.

Sam Ghannoum est un jeune auteur-compositeur-interprète chrétien arménien de 28 ans. Il provient d'une famille arménienne qui vit dans un faubourg d'Alep. Il est connu dans sa communauté pour ses compositions sonores faites de mélodies classiques orientales, douces et enveloppantes, et pour des chansons qui présentent le message chrétien d'amour et de paix.

Sam est également l'un des jeunes syriens qui, au cours de ces derniers mois, sur Facebook, a critiqué le gouvernement et s'est déclaré proche des idéaux originaires de la révolution syrienne : la démocratie, la liberté et les droits humains. Raison pour laquelle, il a commencé à recevoir des menaces et des intimidations lui intimant de bloquer ses publications.

Voici une vingtaine de jour, le 15 octobre, Sam a été emmené par les services syriens et depuis lors, il n'a pas donné de ses nouvelles. Sa famille, ainsi que l'indique à Fides un message du groupe Mouvement syrien non-violent, est dans l'angoisse et craint pour sa vie, réaffirmant « la bonne foi et la pureté des idéaux de Sam » et demandant sa remise en liberté immédiate.

Selon des sources locales, Sam serait détenu par l'Air Force Intelligence à Alep.« Je suis un chanteur de 28 ans et j'aime la musique » : c'est ainsi que Sam se présentait à ses auditeurs. « La musique est pour lui un moyen puissant pour toucher les coeurs et évangéliser » raconte une source de Fides à Alep.

Parmi les plus récentes poésies qu'il a laissées, Sam disait : « La liberté m'est refusée, il m'est interdit de penser mais les idées et les mots n'ont pas peur de la mort. Maintenant, il me reste seulement des larmes de tristesse, mon coeur a été tué ».

La communauté arménienne d'Alep demande, espère et prie pour la libération de Sam afin qu'il puisse recommencer à composer des chansons et à répandre le message d'amour du Christ au travers de la musique.Sept autres chrétiens arméniens ont été enlevés ces jours derniers alors qu'ils se trouvaient à bord d'un minibus qui se rendait d'Alep à Beyrouth.

Selon des sources locales de Fides, l'enlèvement est l'oeuvre de bandes armées non identifiées qui oeuvrent au sein de la galaxie que représentent les forces d'opposition au régime. On est dans l'attente d'une demande de rançon, selon une pratique qui semble désormais consolidée sur le terrain. La source de Fides conclut que « ce sont des civils innocents qui paient les conséquences les plus graves du conflit ».
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