vendredi 21 septembre 2012

Alep : périls et consolations.

Durant les sept semaines écoulées, Halab [Alep], une des cités les plus anciennes de notre histoire, est restée sans communications. Quelle misère ce fut....Le peuple et les autorités étaient persuadés que la ville serait pacifiée en une semaine car nul ne s'attendait à voir surgir autant d’éléments armés et autant de truands étrangers. On avance le chiffre de 60.000, dont 80% seraient venus d’autres pays et un grand nombre se reconnaissant salafistes de la mouvance d'al-Qaïda.

Si au début de la bataille, qui porte son nom, la majorité de la population d’Alep avait montré de la sympathie à l'égard du régime, une petite partie, dans certains quartiers, ne s'était pas privée de soutenir l’Armée Syrienne « libre ». Mais aujourd’hui, ceux-là même qui avaient espéré dans la "démocratie" promise,  regrettent amèrement leur choix initial car ils ont pu voir de leurs yeux les crimes et les destructions occasionnés par ces bandes armées. Comment ont-ils pu espérer à l'avènement d'une démocratie au bout du fusil promise, avec l'appui de leurs parrains, par ces éléments armés plus formés à détruire qu'à construire : "Oui, la fin ne justifie pas les moyens"; la démocratie ne peut supporter tant de crimes et de destructions commis en son nom.

Sur le terrain, l’ASL avait réussi à pénétrer le quartier des services de sécurité à Alep. Les habitants de la ville ont alors assisté à des batailles presque confraternelles ; que d’argent déversé aux "rebelles" de l’ASL pour que leurs bandes tuent leurs "collègues" de la sécurité ?

Dans les premières semaines de la bataille, l’ASL avait pu également profiter de la présence d'observateurs de l'ONU pour pénétrer les vieux quartiers, pensant que l'armée syrienne ne pourrait les en déloger de peur de porter atteinte aux bâtiments et aux familles de ces quartiers.

Actuellement, la bataille fait rage, mais cette fois les unités d’élite de l’armée syrienne sont venues renforcer les troupes déjà présentes sur place.

On estime qu’à la caserne de Hanano, l’Armée Syrienne « Libre » a perdu plus que 2000 hommes mais curieusement elle semble continuellement alimentée en effectifs.

La plupart des églises du quartier de Jdeideh ont été bombardées et saccagées par les bandes armées. La brutalité de ces dernières, n’empêche pas l’armée syrienne de progresser sur le terrain toutefois la progression est très lente.

Lorsque l’ASL est entrée dans le quartier à majorité chrétienne de Midan, de nombreuses familles ont pris peur et sont allées se réfugier auprès de proches dans d’autres parties de la ville ou encore dans des villages proches d’Alep, Qnaeh et Ya’coubieh. En revanche, les familles aisées ont pour la plupart quitté le pays en direction du Liban, de la Jordanie ou même de l’Europe. Dans l’ensemble, on estime à 35% les chrétiens qui ont quitté la vile d’Alep.

Les sorties d'Alep ne sont plus possibles ; la route de l’aéroport est contrôlée par l’ASL qui n’hésite pas à enlever les jeunes gens dans le but de les incorporer à leur troupe ou pour obtenir des rançons en échange de leur liberté.

Pour les chrétiens, rester sur place comporte des risques :
  • économiques dus à l’absence de travail ; les usines étant fermées faute d’activité.
  • d'être contraints de vendre les quelques biens de famille restants afin de continuer à vivre.
  • d'être pris en otage par les salafistes déambulant dans les rues avec leur drapeau noir et déclarant ouvertement « il n’y a pas de place pour les alaouites et les chrétiens ».
  •  le risque de dhimitude à l’égal de ce qui s’est produit dans d’autres pays ; l’Egypte n’y est-elle pas en voie ?
Quant aux lignes de front, elles n’ont pas beaucoup bougé. Les positions des belligérants sont plutôt stables et pour les deux protagonistes, la bataille d'Alep demeure décisive du sort de la Syrie ; cela explique la détermination des deux parties. Le bruit court que l’ASL se cramponne à Alep car elle aurait reçu des instructions du Qatar et d’Arabie-Saoudite de ne quitter la ville qu’une fois celle-ci détruite.

Désormais, chrétiens et musulmans, sont forcés d’espérer la victoire de l’armée syrienne dans cette bataille d'Alep car bien peu de citoyens se reconnaissent dans ces bandes armées.

Alep, il faut le dire, est coupé du reste du monde. Bien peu de marchandises rentrent dans la ville qui jusqu’à peu était un des nerfs commerciaux de la Syrie.

[Ici, notre correspondant a du interrompre son témoignage car l’heure de la coupure d’électricité était arrivée. Il a renvoyé la suite le lendemain.]

Cela fait bientôt deux mois que nous sommes sans « Mazout ». Les stations d'essence ont été fermées par l'armée syrienne pour dégager les routes et raréfier l’approvisionnement des bandes armées. Le gaz nous vient d’autres villes ; il est vendu au marché-noir. Le prix de la bouteille est passé de 300 livres (€3,44) à 5500 livres syriennes (€53). Quant à l’essence, son prix se situe à 300 livres (€3,44) alors qu’il était il y a quelques mois à 50 livres syriennes (€0,57).

Au cours des dernières semaines, nous avons connu une coupure d’électricité qui a duré une semaine et des interruptions dans la distribution de l'eau durant de longues heures quotidiennement, en raison du bombardement par l’ASL des centres de distribution.

En dépit de cette tourmente et des francs-tireurs postés au haut des immeubles, les églises sont pleines de fidèles. Même les plus récalcitrants d'autrefois se déplacent pour la « Maison de Dieu », pour appeler le secours du Très-Haut. A l’entrée des églises se tiennent désormais des « comités populaires en armes » ; ils sont soutenus et financés par l’armée et leur rôle est de protéger la population. Malheureusement beaucoup d’entre-eux ont été abattus par les éléments armées de l’ASL.

Quant aux écoles d’Alep, près de 20 % ont été détruites alors que 60% des bâtiments scolaires sont occupés par les refugies qui proviennent des quartiers détruits ; il faut dire que même les écoles privées sont menacées par l'Armée Syrienne « libre »; aussi la reprise scolaire n’a-t-elle pas eu lieu à Alep.

L’Université est également close. Les examens de l’année dernière ne se sont pas tenus et les cours de cette année ne sont pas près de reprendre.

A Hanano, les bureaux du recrutement pour le service militaire ont été détruits. Les banques sont dans l’incapacité d’ouvrir leurs portes en raison des menaces constantes émanant des bandes armées à l’affut des mauvais coups. La police est inexistante, le non-respect du code de la route est indescriptible. Des milliers de maisons sont construites de manière illégale, un peu partout dans le pays.

Les familles sont divisées et nous assistons à des situations dramatiques puisque dans une même famille des membres se rangent avec le régime, d’autres avec l’ASL. Les frères s’entretuent parfois et font sauter la maison de l’autre, des autres. A Midan comme à Salah-Eddine, les agents de l'ASL se font les serviteurs des bandes de voleurs qui leur donnent 100.000 livres syriennes (€1200) pour vider un immeuble pour leur compte. Les magasins aussi sont vidés. Un souk de receleurs a vu le jour ; il est communément appelé « al-Souk el Haramiyyeh ». On y vend des machines domestiques, réfrigérateurs, télévisions et autres équipements…à des prix très modiques.

Toutes ces violences n’ont pas nécessairement affecté les relations islamo-chrétiennes. Celles-ci demeurent normales entre les familles ; toutefois les salafistes sèment la terreur. Au contraire et paradoxalement, les familles se sont rapprochées ; tous les soirs, on les voit se réunir sur les terrasses des immeubles partageant la soirée jusqu’à une heure avancée de la nuit.

C’est ainsi que dans notre immeuble, une quinzaine de familles chrétiennes, musulmanes, kurdes, alaouites, arméniennes, passent la soirée ensemble ; elles partagent le pain et plus généralement le repas du soir, s’entraidant pour les funérailles de l’un ou de l’autre et allant jusqu’à prier ensemble chacun à sa manière selon ce que lui enseigne sa religion.

On reconnait là, la Syrie de la tolérance que nous avons toujours connue. Ces moments multiconfessionnels sont une vraie consolation.

Chrétiens et musulmans ensemble, nous voici unis à aider les familles réfugiées qui sont entassées dans les classes des écoles à se pourvoir en nourriture ; les soldats de l’armée syrienne y sont bien accueillis ; ils sont reçus et reçoivent une aide morale des familles.

Des médecins chrétiens et musulmans, solidaires au milieu de ce drame, donnent leur temps et se dévouent gratuitement.

Peut-on terminer ce message au monde, soucieux de justice et de compassion sans évoquer la visite de Benoit XVI au Liban ; peut-on passer sous silence ses messages (espérance, foi et attachement à la terre) en direction de la Syrie qui ont mis du baume dans le cœur des chrétiens et des musulmans.

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