dimanche 30 septembre 2012

Situation toujours très tendue à Alep.

Alep  - Des éléments armées de l'ASL s'en prennent à la maison d'une famille chrétienne.



Alep - Les souks sont incendiés et les antiquités volées.

Alep - Samedi 29 Septembre 2012 - Les souks de la ville d'Alep réputés pour être les plus beaux après ceux d'Istamboul et le Caire dont la longueur atteint 13 Km et datant du XIIème siècle sont incendiés l'un après l'autre par les bandes armés de l'Armée Syrienne Libre. Que fait l'UNESCO ? 

Des voleurs turcs s'en prennent aussi aux antiquités qu'ils volent et ramènent en Turquie. Des icônes du XVIe siècle sont volées et revendues. 

Le Patriarche Gréogoire III Laham : Ce qui nous protège ce n'est pas l'Occident mais notre histoire et notre civilisation.

Syrie - Samedi 29 Septembre 2012 - Le Patriarche Grégoire III Laham, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, a renouvelé son refus catégorique de toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie, soulignant que ce qui nous [chrétiens] protège ce n'est pas l'Occident, mais notre histoire et notre civilisation.

Le patriarche a indiqué dans une interview donnée à la télévision hier, qu'il priait pour la Syrie demandant à Dieu de protéger ses enfants de toute haine, condamnant les groupes terroristes armés qui commettent des actes criminels et des enlèvements de citoyens innocents dans le but de se procurer des fonds. Il a souligné que deux prêtres étaient détenus depuis plus de 70 jours sans que l'on ne sache ce qu'il est advenu d'eux.

Sa Béatitude le Patriarche a ajouté qu'il avait visité un certain nombre de villes et de régions de Syrie et qu'il était en contact quotidien avec les citoyens syriens qui lui affirment avec certitude la présence de combattants étrangers en grand nombre dans les rangs des groupes terroristes armés. Par ailleurs, le Patriarche a critiqué les positions du Père Paolo da l'Oglio vis à vis de la Syrie rappelant que le Père Paolo ce n'était pas la Syrie.

Dans un autre contexte, le Patriarche a insisté sur le fait que les dirigeants syriens assumaient leur mission officielle et qu'ils n'étaient affiliés à aucune partie contre une autre, travaillant en faveur de tous les syriens.

Il a également souligné l'importance de se consacrer à la réconciliation en Syrie tout en notant l'évolution positive du ministère chargé de la réconciliation nationale entre les diverses factions et tous les enfants de la Syrie.
Il a assuré que cette mesure positive était importante dans les circonstances présentes que traverse la Syrie, appelant au soutien à ce ministère, notamment de la part des autorités religieuses.

samedi 29 septembre 2012

Alep : Au coeur de la violence, des gestes de courage et d'humanité

Au milieu de la violence et de la désorganisation, des haines et des mensonges, des pleurs et des désespérances, Alep offre toujours à ses habitants des gestes d’espoir.

Un obus tombe le 27 Septembre dans l’appartement d’une famille chrétienne, belle, paisible, en pleine jeunesse. Nous vous parlons de Raymond, de Marie et de Joelle leur fille ; ils ont un petit garçon qui est sorti pour acheter des sucreries ; durant ces quelques minutes d’absence du petit, un obus les frappe dans leur appartement. Ils sont atteints. Marie l’épouse et Joëlle leur fille tombent et ne se relèvent pas ; elles décèdent sur le coup. Raymond grièvement blessé doit être immédiatement emmené à l’hôpital. Qui va le faire ? Ce sont leurs voisins musulmans qui se dévouent.

Au premier hôpital visité, le Médecin-Chef refuse de recevoir le blessé. Scandale ! mais sans réfléchir, les ambulanciers de circonstances repartent avec le blessé pour « l’hôpital national ». A l’arrivée une dizaine de volontaires se précipitent pour donner leur sang afin de sauver le malheureux ; aucun chirurgien n’ose apparaître à l’exception d’un seul qui se propose d’intervenir en catimini [car les chirurgiens craignent d’être saisis de force pour soigner les combattants]. A Alep, le système d’assurances sociales ne fonctionnant plus, ce sont les mêmes voisins, ambulanciers et musulmans qui prennent sur eux les frais de médicaments. Ils ne s’arrêtent pas à ce geste puisqu’ils repartent en direction du premier hôpital pour y faire mettre le chirurgien indigne à la porte.

Cet autre récit concerne un homme, qui a fait parti des services secrets. A présent, il est reconverti dans la production de pain ; il en fabrique pour aider. Il en produit une trentaine de kilo par jour ; il y a lieu de dire que le pain étant très prisé, il faut parfois attendre entre 5 et 8 heures pour acheter un kilo de cette denrée. Un voisin musulman lui achète sa production pour la faire distribuer gratuitement aux pauvres chrétiens.  

Laisser nous vous relater ce fait. En l'absence du Croissant rouge, paralysé, une petit équipe composé d'un moine-prêtre et d’un Imam accompagnés de jeunes garçons et filles volontaires traversent sous le feu, les quartiers de « Midan » et « Sulaimanieh » pour aller aider, sauver, et rendre visite aux détenus des prisons ou pour porter à manger à ceux qui ne veulent pas laisser leur maison par crainte de vols.

On ne vous a pas encore parlé du Frère Georges Sabeh, un Frère Mariste qui a ouvert son couvent pour recevoir les familles réfugiées provenant des quartiers chrétiens. On ne vous a pas mentionné le Couvent des Jésuites, Saint Vartan ou celui des Franciscains et même encore les Mosquées qui sont ouvertes à tous pauvres dans le besoin. Le bon samaritain de l’Evangile avait-il fait la distinction entre la religion, l’ethnie ou la couleur ?

Toujours fidèles, toujours nobles et fiers, les bédouins de Deir Hafer qui se trouvent dans le rif-Est d’Alep, n’hésitent pas à traverser plusieurs barrages de l’ASL, en risquant leur vie, pour venir porter blé, légumes, olives et moutons aux réfugiés chrétiens.

Nous devons une pensée particulière à tous ces soldats de l’armée syrienne tombés en portant secours aux civils.  

Mais enfin seriez-vous autant touché que votre rapporteur par cette invitation de l’Imam de la Mosquée du quartier qui a invité un chrétien à donner son témoignage sur la Vierge mais aussi sur l’Islam tel que perçu par un chrétien ? Oui. Cette rencontre aura lieu lundi prochain 1er Octobre 2012 à la Mosquée même, à Alep.

Témoignage et exemple du dialogue des civilisations et des religions qui est vécu ici en Syrie, de manière profonde et qui forme la particularité de ce pays. Si le Liban est un message de convivialité islamo-chrétienne, la Syrie est un modèle de dialogue authentique et profond entre l’islam et le christianisme.

jeudi 27 septembre 2012

Alep : Menaces extrêmes sur les Chrétiens.

A diffuser : Alep - Les combats demeurent féroces. L'ASL subit des pertes très lourdes. 

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (23h10) - Ce soir les accrochages sont plus ponctuels et restent limités à certains secteurs notamment à la vieille ville.

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (18h35) - Depuis ce matin l'armée a employé les grands moyens et déployé tous ses efforts pour protéger les quartiers chrétiens. "Les bombardements des nos quartiers ont causé des dégâts matériels surtout à "Sulaimanieh" qui a reçu une trentaine d'obus tirés par des éléments de l'Armée Syrienne "Libre"''.

Des combats féroces se poursuivent, encore, sans interruption. De sources fiables, nous apprenons que le nombre de tués, membres de l'ASL ou Salafites non-syriens, dépasserait les 400. Il s'agirait pour beaucoup d'éléments arrivant des banlieues d'Alep par voiture, dans des "Dochka".

La minorité de la population de la ville qui pensait encore que nous avions affaire à une insurrection poursuivant un "idéal démocratique", commence à comprendre qu'on leur a joué une farce et que la finalité poursuivie par les stratèges est la destruction de la Syrie. Ceux-là qui ont hébergé dans leurs quartiers les groupes de l'ASL ont vu leur maison détruites et s'en mordent les doigts.

Au vu de l'évolution de la population qui prend ses distances avec l'ASL, nous retrouvons notre optimisme pour l'avenir et nous croyons que tôt ou tard les blessures du coeur se cicatriseront ; nous déplorons tous les innocents tombés de deux côtés d'ailleurs, mais la Résurrection arrivera un jour bientôt, et très probablement le régime syrien se transformera, si l'Occident et ses alliés israélo-arabes, poursuivent des buts plus nobles et traitent le problème avec diplomatie.

Le Couvent des Franciscains incendié

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (10h15) - Nous venons d'apprendre que le Couvent Saint Antoine de Padoue des Franciscains à Alep (Ghassanieh ) vient d'être attaqué et incendié par les hordes armées de l'Armée Syrienne "Libre". Le Couvent comprenait un dispensaire médical et une maternité.

Nuit cauchemardesque.

Alep - Vendredi 28 Septembre 2012 (8h30) - Etant donné le retour de l'électricité et du réseau Internet, nous pouvons à nouveau dire au monde que les gens ici vivent des heures de cauchemar ; la nuit fut indescriptible. La panique des enfants était à son paroxysme ; il a fallu leur administrer des calmants afin de pouvoir dormir. Des sédatifs aux enfants ? Vous rendez-vous compte ? Les femmes quant à elles ont passé la nuit en larmes. 

Ce fut sûrement la nuit la plus meurtrière que nous ayons vécu ; les obus tombaient toutes les minutes sans relâche. L'armée patriotique syrienne a donné ordre de ne pas laisser les maisons, de peur que les bandes armées n'occupent les immeubles. Ces dernières annoncent aux minarets des  mosquées qu'Alep doit choisir : Se rendre ou être entièrement détruite [Ce sont les démocrates qui parlent ainsi ; ceux qui nous sont promis par certaines puissances]. Malgré tout, nous croyons que Notre Seigneur Jésus est avec nous. Il ne peut être avec ces barbares, pour l'essentiel, étrangers qui nous assènent des obus toutes les minutes. 

Alep - Des martyrs innocents et sans armes tombent actuellement sous les armes de criminels lâches et cagoulés.

Menaces extrêmes sur les Chrétiens d'Alep qui sont désarmés.

Alep - Jeudi 27 Septembre 2012 (19h40) - Nous venons d'apprendre par un témoin direct que des criminels "masqués" membres de l'Armée Syrienne "Libre" et appuyée des Salafistes ont enlevé 15 chrétiens dans le quartier de Sulaimanieh ; il les ont abattus de sang froid puis les ont jetés sur la chaussée, à titre d'exemple pour les chrétiens d'Alep.

Combats très féroces à Alep ; tous les quartiers chrétiens bombardés et menacés par l'ASL.

Alep - Jeudi 27 Septembre 2012 (19h) - Depuis 16h. des dizaines d'obus tombent sur tous les quartiers chrétiens d'Alep en particulier sur Sulaimanieh et Azizieh, Midan...

L'Armée Syrienne "Libre" (ASL) a déclaré que le compte à rebours était à zéro et que l'heure fatidique était arrivée pour la destruction d'Alep.

Des centaines d'hommes armés, sans autre idéal que le meurtre, se rapprochent des quartiers chrétiens en provenance des localités d'Idlib et de la banlieue alépine; ils essayent d'aider la dite Armée Syrienne "Libre". L'ASL tente d'assiéger Alep mais l'armée, avec ses hélicoptères, bombarde les hordes armées. 

Les familles chrétiennes se regroupent, forcées de traverser les voies jonchées de cadavres. 

Notre correspondant nous informe que 23 personnes de sa famille l'ont rejoint dans sa maison. Les médecins  coupent leur téléphones portables, car l'ASL recherche les chirurgiens pour les obliger, par la force, à les accompagner pour aller soigner les blessés.

La situation est gravissime. En dépit de cela, la foi en la Providence Divine résiste. 

mercredi 26 septembre 2012

Syrie : Que peut faire la France ?

La crise syrienne est suffisamment aiguë et complexe pour ne pas laisser les médias diriger l’action du gouvernement qui doit prendre ses décisions en connaissance de cause avec les avis et éclairages d’experts et de bons connaisseurs de la région.

L’opposition a essayé de le faire de façon peu honorable pour des raisons politiciennes au lieu de chercher l’intérêt de la France. Les interventions de MM Sarkozy, Copé, Fillon et de Mme Kosciusko-Morizet ne sont pas dignes de personnes qui entendent jouer un rôle dans la politique du pays. Celle-ci est, en affaires internationales et depuis le Général de Gaulle, de laisser les peuples disposer eux-mêmes de leur destin et de respecter la légalité internationale représentée par l’ONU.

L’opinion publique française, d’après les sondages d’opinion, est hostile à toute intervention militaire, sans doute instruite par les chaos qui ont résulté des précédentes dans le monde.

A juste titre d’ailleurs, puisqu’une telle intervention est impossible du fait des vetos de la Chine et de la Russie au Conseil de Sécurité qui ne changeront pas de position (il est ridicule de demander au Président français d’aller à Moscou convaincre Poutine) car, en Syrie ils défendent un régime allié, et non une personne ou un clan, associé à leurs intérêts stratégiques, dénonçant l’hypocrisie qui consiste à armer massivement des rebelles syriens et étrangers au nom de la démocratie, pour renverser en fait un régime qui, allié de l’Iran et des chiites du Liban et d’Iraq, s’oppose à la domination américaine et sunnite des arabes du Golfe, hostiles. 

Contrairement à la désinformation véhiculée journellement, s’il existe des haines féroces anciennes et nouvelles de clans sunnites envers le clan alaouite, le régime a des soutiens importants dans les nombreuses minorités ethniques et confessionnelles, ainsi que dans une forte composante de la population sunnite qui craint que son départ n’entraîne un chaos meurtrier, à la libanaise ou l’iraquienne.

Il est d’ailleurs certain qu’un départ forcé de Bachar El Assad entraînerait des massacres vengeurs qui auraient des répercussions sur tous les pays voisins.

Pour tenter de sortir de cette crise, face au blocage diplomatique actuel, et en l’absence d’opération militaire, il faut chercher un compromis entre le régime et l’opposition, comme ont essayé de le faire Russes et Chinois, en cessant de contrer aussi vulgairement leurs positions, à l’instar de Mme Clinton, et en priant les pays du Golfe qui financent et arment les rebelles, dont une partie désormais importante est constituée de combattants du djihad international (au moins 10 nationalités ont été recensées) liée directement ou indirectement à la nébuleuse terroriste d’Al Qaïda, de cesser d’alimenter la guerre. Les services spécialisés américains qui ont favorisé de diverses façons cet armement des rebelles commencent d’ailleurs à ne plus savoir à qui les armes parviennent et s’en inquiètent.

Avec l’aide des Russes très influents en Syrie, on peut obtenir des engagements du régime de mettre en œuvre les réformes souhaitées, qui sont déjà prévues, à condition que le calme s’instaure à nouveau. L’Iran ne devrait pas être écarté comme il l’est car une sortie de crise durable ne peut se faire sans utiliser son poids dans la région, aujourd’hui et dans l’avenir.

En dehors de telles négociations, on s’orienterait vers un affrontement entre l’Amérique et ses alliés d’un côté, la Russie et la Chine et les nombreux pays qui les approuvent de l’autre, qui pourrait prendre des dimensions dramatiques, la pauvre Syrie devenue le théâtre de combats furieux et incessants, pierre d’achoppement d’une opposition d’un monde contre un autre.

Une opération humanitaire comme vient de le faire la France en Jordanie est une bonne et utile chose pour porter secours aux malheureux Syriens qui ont dû fuir les combats, à condition qu’elle se limite à cette action charitable fidèle à notre tradition. Un regard attentif doit être porté sur le Liban voisin qui a accueilli de nombreux réfugiés, notamment chrétiens, mais aussi hélas des combattants de tous bords. La sensibilité du Liban aux évènements de Syrie est extrême et les messages que nos amis libanais nous envoient doivent être écoutés.

Conseiller en stratégie internationale

lundi 24 septembre 2012

Alep : Une veillée sur la terrasse.

Alep - Lundi 24 Septembre 2012 - Il est 3h du matin sur la terrasse d'un immeuble d'Alep. Ici, il n’y a pas de toits en pente mais un simple recouvrement à plat. En ces jours d’affrontements urbains, les terrasses constituent un lieu de sortie favorable pour bien des familles qui n’osent plus mettre le nez dehors. Au moment où le soleil se couche, les voisins des différents étages arrivent progressivement à partir de 21h, pour y passer ensemble le restant de la soirée.

Le regroupement du voisinage s‘effectue en trois cercles. Le premier à se former est celui des hommes qui sont les premiers à monter ; hommes mariés et célibataires s'y retrouvent à l'heure convenue. Ils s'installent et rapidement abordent le sujet presque unique de leurs conversations : la politique et la situation sécuritaire en ville et dans le pays. Deux heures plus tard, avant que les enfants n'arrivent avec leurs jeux, se présentent les femmes venues rejoindre leurs époux et les jeunes filles célibataires. Les conversations se déplacent sur des considérations plus particulières ; chacun évoque les difficultés qu'il rencontre. Nous avons avec nous un fonctionnaire qui s'étend sur les malheurs de ses collègues, leur enlèvement et le pillage de leurs maisons ; puis les échanges tournent autour des réfugiés fraîchement arrivés en provenance d’autres quartiers. Nous plaignons la pauvreté des familles et le manque croissant d’aliments de base tels que les fromages et les viandes. La viande qui se vend encore n’est plus très fiable. Les animaux, vaches et moutons, tombent malades. Les bouchers abattent les bêtes sans surveillance, puisqu’il n’existe plus d’abattoirs en activité.

Le dialogue entre voisins n’en reste pas là. Les hommes s’interrogent sur les questions religieuses. Comme chrétien, je reçois les interrogations au sujet des différentes confessions chrétiennes ; Les uns et les autres demandent mon éclairage, car on me sait versé dans les questions religieuses. Quelle est la différence entre l’Islam et le Christianisme ? Quelle est la vision de la Vierge dans la religion des disciples du Christ ? En matière de morale, l’attitude et la mentalité des Occidentaux est un sujet qui intrigue. Mon point de vue, fondé sur ma connaissance de l’Occident m’est demandé. « Est-ce vrai que les habitants des pays de l’Ouest n’ont plus de mœurs ? « La pornographie ne serait-elle pas devenue leur modèle de vie » ? Il faut alors expliquer la dimension commerciale de ce phénomène qui est celui de l'érotisme et de la  pornographie répandus dans les espaces publics.

Bien entendu, les échanges glissent sur les dernières réactions relatives au film « L'innocence des musulmans » et les caricatures de Charlie Hebdo sur le Prophète Mohamed….et l’un de nos voisins, fidèle disciple du Prophète, de rappeler l‘existence de vrais musulmans qui croient  en la tolérance et qui la vivent.

Les femmes, ayant retrouvées leur place sur la terrasse, sont vite orientées sur les problèmes d’approvisionnement car elles ont le souci de nourrir les familles; tâches de haute importance en ces temps de pénurie. Elles se suggèrent mutuellement des plats à cuisiner mais aussi, pour la soirée, préparent ensemble le maïs sous forme de pop-corn ; on mange beaucoup de maïs en Syrie mais pas seulement car après 23 heures, les familles se mettent à dîner pour la deuxième fois, lorsque les épouses ont rejoint leur conjoints : Le Mezze alépin, qui est un des meilleurs au monde, ne perd pas ses droits, même en temps de guerre interne : « Tabouleh », « Fattouch » ces salades réputées se préparent toujours. On termine par les fruits, le thé et le café.

Certes, il y a les risques dus à la violence des armes, il y a ceux qui pèsent sur les enfants, premières victimes du conflit, mais dans la tête des femmes, il y a aussi les ravages secrets de la guerre. Les mœurs sont bousculées ; On se brouille entre frères mais aussi entre époux. La tension est parfois très forte ; il est alors difficile de conserver la tête froide. Les hommes sont parfois loin d’être dignes ; on le voit sur le terrain ; mais aussi dans leur vie familiale, ils multiplient les épouses en séquence, trouvent des raisons de divorcer et la préoccupation féminine se résume à rechercher le moyen de conserver le cœur du conjoint. Ah la sale guerre....

Réunion vers le milieu de la nuit, hommes et femmes tous ensemble passent au second dîner;  on se nourrit mais il faut aussi changer l’atmosphère, surmonter l'inquiétude ; chacun apporte son trait d’humour, sa blague  qui va lui faire oublier quelques instants la lourdeur pesante dans le coeur ; c’est à celui qui sera le plus drôle, jusqu’à l’instant d’après où tous les présents sont secoués par l'explosion de la fusée « Hawn » et par le bruit assourdissant des avions de chasse qui survolent le quartier avant d’aller lâcher leurs bombes sur les zones occupées par les « rebelles » ; et puis, le bruit sourd des explosions cède la place aux incendies.

Sur la terrasse, après les détonnations, comme dans une sorte d’insouciance, l’ambiance redevient familiale, les murs confessionnels, ethniques, religieux et même politiques s’écroulent. Les partisans du régime et les opposants non-violents, qui refusent de prendre les armes [car ils souhaitent vraiment la démocratie] se remettent à échanger ; les partisans non-violents des deux bords refusent de contribuer à la destruction du pays; ils ont le même problème et la même finalité « comment améliorer la société en éliminant le plus possible la corruption et l'injustice » ?

La nuit avance en profondeur, l’acceptation de la réalité violente et intolérable est bien dans les esprits, on me demande alors de m’étendre sur les différentes doctrines des yézidis, des druzes... Nous approchons 2 heures du matin, le moment pour les musulmans de prier ensemble tandis que nous, chrétiens de la terrasse, nous prions « Notre Père » et nous « Saluons Marie » pour la paix en Syrie. Et la prière se poursuit avec un chant à Marie entonné par les chrétiens et des versets coraniques sur la Vierge psalmodiés par un voisin musulman. La nuit avance au son des chansons du « Kouddoud Halabieh » qu’accompagne le « ‘oud » d’un jeune homme qui joue de toute son âme comme persuadé que le son de son instrument va ramener la paix.

Nous nous retrouvons ainsi dans l'ambiance des premiers temps du Christianisme où les chrétiens, « unis dans un même cœur », celui du Christ, partageaient leur nourriture. Ces moments sont une vraie consolation et promettent une résurrection proche pour la Syrie souffrante, trébuchante, lancinante, qui se relèvera de la conspiration.

L'auteur a demandé à rester anonyme.

vendredi 21 septembre 2012

Alep : périls et consolations.

Durant les sept semaines écoulées, Halab [Alep], une des cités les plus anciennes de notre histoire, est restée sans communications. Quelle misère ce fut....Le peuple et les autorités étaient persuadés que la ville serait pacifiée en une semaine car nul ne s'attendait à voir surgir autant d’éléments armés et autant de truands étrangers. On avance le chiffre de 60.000, dont 80% seraient venus d’autres pays et un grand nombre se reconnaissant salafistes de la mouvance d'al-Qaïda.

Si au début de la bataille, qui porte son nom, la majorité de la population d’Alep avait montré de la sympathie à l'égard du régime, une petite partie, dans certains quartiers, ne s'était pas privée de soutenir l’Armée Syrienne « libre ». Mais aujourd’hui, ceux-là même qui avaient espéré dans la "démocratie" promise,  regrettent amèrement leur choix initial car ils ont pu voir de leurs yeux les crimes et les destructions occasionnés par ces bandes armées. Comment ont-ils pu espérer à l'avènement d'une démocratie au bout du fusil promise, avec l'appui de leurs parrains, par ces éléments armés plus formés à détruire qu'à construire : "Oui, la fin ne justifie pas les moyens"; la démocratie ne peut supporter tant de crimes et de destructions commis en son nom.

Sur le terrain, l’ASL avait réussi à pénétrer le quartier des services de sécurité à Alep. Les habitants de la ville ont alors assisté à des batailles presque confraternelles ; que d’argent déversé aux "rebelles" de l’ASL pour que leurs bandes tuent leurs "collègues" de la sécurité ?

Dans les premières semaines de la bataille, l’ASL avait pu également profiter de la présence d'observateurs de l'ONU pour pénétrer les vieux quartiers, pensant que l'armée syrienne ne pourrait les en déloger de peur de porter atteinte aux bâtiments et aux familles de ces quartiers.

Actuellement, la bataille fait rage, mais cette fois les unités d’élite de l’armée syrienne sont venues renforcer les troupes déjà présentes sur place.

On estime qu’à la caserne de Hanano, l’Armée Syrienne « Libre » a perdu plus que 2000 hommes mais curieusement elle semble continuellement alimentée en effectifs.

La plupart des églises du quartier de Jdeideh ont été bombardées et saccagées par les bandes armées. La brutalité de ces dernières, n’empêche pas l’armée syrienne de progresser sur le terrain toutefois la progression est très lente.

Lorsque l’ASL est entrée dans le quartier à majorité chrétienne de Midan, de nombreuses familles ont pris peur et sont allées se réfugier auprès de proches dans d’autres parties de la ville ou encore dans des villages proches d’Alep, Qnaeh et Ya’coubieh. En revanche, les familles aisées ont pour la plupart quitté le pays en direction du Liban, de la Jordanie ou même de l’Europe. Dans l’ensemble, on estime à 35% les chrétiens qui ont quitté la vile d’Alep.

Les sorties d'Alep ne sont plus possibles ; la route de l’aéroport est contrôlée par l’ASL qui n’hésite pas à enlever les jeunes gens dans le but de les incorporer à leur troupe ou pour obtenir des rançons en échange de leur liberté.

Pour les chrétiens, rester sur place comporte des risques :
  • économiques dus à l’absence de travail ; les usines étant fermées faute d’activité.
  • d'être contraints de vendre les quelques biens de famille restants afin de continuer à vivre.
  • d'être pris en otage par les salafistes déambulant dans les rues avec leur drapeau noir et déclarant ouvertement « il n’y a pas de place pour les alaouites et les chrétiens ».
  •  le risque de dhimitude à l’égal de ce qui s’est produit dans d’autres pays ; l’Egypte n’y est-elle pas en voie ?
Quant aux lignes de front, elles n’ont pas beaucoup bougé. Les positions des belligérants sont plutôt stables et pour les deux protagonistes, la bataille d'Alep demeure décisive du sort de la Syrie ; cela explique la détermination des deux parties. Le bruit court que l’ASL se cramponne à Alep car elle aurait reçu des instructions du Qatar et d’Arabie-Saoudite de ne quitter la ville qu’une fois celle-ci détruite.

Désormais, chrétiens et musulmans, sont forcés d’espérer la victoire de l’armée syrienne dans cette bataille d'Alep car bien peu de citoyens se reconnaissent dans ces bandes armées.

Alep, il faut le dire, est coupé du reste du monde. Bien peu de marchandises rentrent dans la ville qui jusqu’à peu était un des nerfs commerciaux de la Syrie.

[Ici, notre correspondant a du interrompre son témoignage car l’heure de la coupure d’électricité était arrivée. Il a renvoyé la suite le lendemain.]

Cela fait bientôt deux mois que nous sommes sans « Mazout ». Les stations d'essence ont été fermées par l'armée syrienne pour dégager les routes et raréfier l’approvisionnement des bandes armées. Le gaz nous vient d’autres villes ; il est vendu au marché-noir. Le prix de la bouteille est passé de 300 livres (€3,44) à 5500 livres syriennes (€53). Quant à l’essence, son prix se situe à 300 livres (€3,44) alors qu’il était il y a quelques mois à 50 livres syriennes (€0,57).

Au cours des dernières semaines, nous avons connu une coupure d’électricité qui a duré une semaine et des interruptions dans la distribution de l'eau durant de longues heures quotidiennement, en raison du bombardement par l’ASL des centres de distribution.

En dépit de cette tourmente et des francs-tireurs postés au haut des immeubles, les églises sont pleines de fidèles. Même les plus récalcitrants d'autrefois se déplacent pour la « Maison de Dieu », pour appeler le secours du Très-Haut. A l’entrée des églises se tiennent désormais des « comités populaires en armes » ; ils sont soutenus et financés par l’armée et leur rôle est de protéger la population. Malheureusement beaucoup d’entre-eux ont été abattus par les éléments armées de l’ASL.

Quant aux écoles d’Alep, près de 20 % ont été détruites alors que 60% des bâtiments scolaires sont occupés par les refugies qui proviennent des quartiers détruits ; il faut dire que même les écoles privées sont menacées par l'Armée Syrienne « libre »; aussi la reprise scolaire n’a-t-elle pas eu lieu à Alep.

L’Université est également close. Les examens de l’année dernière ne se sont pas tenus et les cours de cette année ne sont pas près de reprendre.

A Hanano, les bureaux du recrutement pour le service militaire ont été détruits. Les banques sont dans l’incapacité d’ouvrir leurs portes en raison des menaces constantes émanant des bandes armées à l’affut des mauvais coups. La police est inexistante, le non-respect du code de la route est indescriptible. Des milliers de maisons sont construites de manière illégale, un peu partout dans le pays.

Les familles sont divisées et nous assistons à des situations dramatiques puisque dans une même famille des membres se rangent avec le régime, d’autres avec l’ASL. Les frères s’entretuent parfois et font sauter la maison de l’autre, des autres. A Midan comme à Salah-Eddine, les agents de l'ASL se font les serviteurs des bandes de voleurs qui leur donnent 100.000 livres syriennes (€1200) pour vider un immeuble pour leur compte. Les magasins aussi sont vidés. Un souk de receleurs a vu le jour ; il est communément appelé « al-Souk el Haramiyyeh ». On y vend des machines domestiques, réfrigérateurs, télévisions et autres équipements…à des prix très modiques.

Toutes ces violences n’ont pas nécessairement affecté les relations islamo-chrétiennes. Celles-ci demeurent normales entre les familles ; toutefois les salafistes sèment la terreur. Au contraire et paradoxalement, les familles se sont rapprochées ; tous les soirs, on les voit se réunir sur les terrasses des immeubles partageant la soirée jusqu’à une heure avancée de la nuit.

C’est ainsi que dans notre immeuble, une quinzaine de familles chrétiennes, musulmanes, kurdes, alaouites, arméniennes, passent la soirée ensemble ; elles partagent le pain et plus généralement le repas du soir, s’entraidant pour les funérailles de l’un ou de l’autre et allant jusqu’à prier ensemble chacun à sa manière selon ce que lui enseigne sa religion.

On reconnait là, la Syrie de la tolérance que nous avons toujours connue. Ces moments multiconfessionnels sont une vraie consolation.

Chrétiens et musulmans ensemble, nous voici unis à aider les familles réfugiées qui sont entassées dans les classes des écoles à se pourvoir en nourriture ; les soldats de l’armée syrienne y sont bien accueillis ; ils sont reçus et reçoivent une aide morale des familles.

Des médecins chrétiens et musulmans, solidaires au milieu de ce drame, donnent leur temps et se dévouent gratuitement.

Peut-on terminer ce message au monde, soucieux de justice et de compassion sans évoquer la visite de Benoit XVI au Liban ; peut-on passer sous silence ses messages (espérance, foi et attachement à la terre) en direction de la Syrie qui ont mis du baume dans le cœur des chrétiens et des musulmans.

lundi 17 septembre 2012

Les évêques nigérians lancent un cri d'alarme.

Le 14 Septembre 2012, les évêques nigérians ont lancé un cri d'alarme en ces termes : "Les nigérians continuent à vivre dans la peur et la tension. En dépit des efforts annoncés visant à renforcer la sécurité de la nation, les attentats à la bombe et les meurtres privés de signification de nigérians innocents se poursuivent dans le nord du pays alors que, dans le sud, continuent les enlèvements, les assassinats et les vols à main armée".

Au nord du Nigeria, sont ainsi perpétrés des actes terroristes, des massacres, et des actions de discrimination à l’encontre des chrétiens au Nord du Nigeria. La mouvance islamiste Boko Haram ne cache pas son objectif final : l’élimination totale des chrétiens dans le Nord.

Des dizaines de milliers de chrétiens sont obligés de fuir dans le Sud. Fuir non seulement les massacres, mais aussi les actes d’intolérance et de discrimination, parmi lesquels :
  • De fausses accusations de blasphème contre l’islam, à la suite desquelles des chrétiens sont contraints d’abandonner travail ou promesse d'avenir,
  • La démolition d’églises considérées comme illégales,
  • Des enlèvements et conversions forcées d’adolescents, qui se concluent par des mariages avec des musulmans,
  • Des intimidations et menaces de mort contre les musulmans qui se convertissent au christianisme, etc.
A l’instar de leurs frères au Moyen-Orient, de nombreux chrétiens sont contraints de tout quitter pour survivre. Pourtant, l’Église au Nigeria est forte d’une belle vitalité, et les séminaires sont pleins.

C’est pourquoi, nous voulons nous battre contre ce climat de terreur. Nous battre pour secourir les orphelins des massacres, et pour leur donner accès à l’éducation. Nous battre pour qu’aucune vocation ne soit perdue, faute de moyens. Nous battre pour reconstruire les églises détruites par les bombes. Et surtout nous battre pour la paix, grâce au financement de projets cruciaux de réconciliation. Pour en savoir davantage, cliquez ici.

Chers amis, vous pouvez, par la prière, par un don, même modeste, être bâtisseurs de paix au Nigeria. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mat, 5-9). Au nom de nos frères du Nigeria, pour qu’ils ne soient pas victimes de l’indifférence, je vous remercie infiniment.
Fraternellement en Christ,

samedi 15 septembre 2012

Très Saint-Père, bienvenue. Au Liban vous êtes chez vous.


Alors que les principaux partis politiques libanais dont le Hezbollah ont exprimé en termes presque affectueux la bienvenue au Saint Père, Joumana Haddad, journaliste-écrivain libanaise, fait paraître un article que nous considérons comme très critiquable (not “everybody” in Lebanon is “eagerly” awaiting your visit). Cet article a été repris par le "Courrier international" dans sa traduction française sous le titre : "Cher Pape, je ne te dis pas bienvenue".

Dans son écrit, l'auteur porte des accusations parfois infondées et pose des questions insidieuses au Saint-Père sachant pertinemment bien qu'il ne lui répondra pas. Aussi avons-nous choisi de répondre à Joumana Haddad pour corriger cette iniquité à l'égard du Pape. 

"Cher Pape, je ne te dis pas bienvenue" : Avec un tel titre et le tutoiement du Saint-Père, nous rentrons rapidement dans l'esprit de l'auteur qui veut ramener le Pape à son niveau ; peut-être aussi est-ce une manoeuvre du journal "Courrier International" qui, traduisant l'article, use du  tutoiement avec beaucoup d'irrespect à l'égard du Saint-Père ? 

"Je suis sûre que vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je vous parle de façon aussi simple puisque Jésus, votre modèle, dont vous êtes censé répandre les opinions et les paroles, était d'un homme d'une grande humilité" : Jésus n'est pas un modèle mais Dieu; non pas une idée abstraite mais une personne. Le christianisme n'est pas un idéal mais une réalité quotidienne qui se vit tous les jours et qui consiste à rencontrer la personne du Christ-Dieu.

"dont vous êtes censé répandre les opinions et les paroles" : Le Pape n'est pas censé répandre des opinions et des paroles mais transmettre la révélation à travers son magistère. Le Christ n'avait pas d'opinions mais un dessein sur chacun pour nous faire participer à sa divinité. Telle est la révélation que le Christ est venu nous porter.   

"Je ne suis pas dupe de vos lunettes de soleil Gucci, de vos robes dorées, de vos tiares étincelantes et de votre style de vie luxueux...". L'auteur est semble-t-il imbue de sa personne...affirmant je ne suis pas dupe de vos lunettes de soleil (tiens subitement le vouvoiement ?) comme si le Pape cherchait à la tromper, elle personnellement. 

Joumana Haddad , pense t-elle vraiment que le Saint-Père s'est procuré des lunettes auprès du modiste italien ?  N'est-ce pas plutôt un présent que Gucci aurait offert au Pape ? De toutes les façons en matière de suivi de la  mode, de snobisme autour des marques et d'étalage de signes extérieurs de richesses, l'auteur qui revendique sa libanité, a de quoi faire avec les bourgeoises de son pays.

"...après, tout vous avez fait vœu de pauvreté et je sais que vous adoreriez vous promener avec les simples sandales et la modeste tunique que portait Jésus..." :  Benoit XVI n'a jamais fait voeu de pauvreté. Dans la religion catholique ce sont les "religieux" [moines et membres de congrégations] qui s'engagent à la pauvreté et le Pape n'a jamais été religieux. De plus vous faites erreur en disant qu'il adorerait se promener....Le Saint-Père ne peut "adorer" que Dieu. 

"Bon, puisque vous allez bientôt vous rendre dans mon pays, le Liban" - N'oubliez pas que le Liban est aussi le pays des autres, lesquels attendent le Pape avec enthousiasme et avec impatience....Et ces autres dont je vous parle s'avèrent très nombreux....

"Savez-vous que le Vatican dépense 14 millions de dollars [10,83 millions d'euros] par an pour entretenir le palais dans lequel vous vivez alors que 16 000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde ?" : Nous ne reconnaissons pas votre chiffre ; pourtant le Vatican publie son budget lequel s'élèverait à plus de 230 millions de dollars pour financer plus de 2600 personnes travaillant au sein de la Curie romaine, dans les organismes du Saint-Siège, dans les 118 représentations pontificales auprès des Etats, dans les organisations internationales et n'oublions pas pour diffuser par les radios et la télévision. 

Vous vous arrêtez sur les "14 millions de dollars en frais de palais" que nous n'avons pu vérifier. Pour être complète et rigoureuse, vous auriez du rapprocher cette somme de l'usage que le Vatican fait de son palais. Quelles sommes sont allouées aux organisations caritatives ? Quels montants vont aux oeuvres pontificales missionnaires en vue de l'évangélisation ? Etc... Par ailleurs, vous ignorez peut-être que le Palais regorge d'oeuvres de génie qu'on doit à Michel-Ange, Raphaël, etc...dont l'entretien est très coûteux. Que se passerait-il si le Vatican négligeait ces ouvrages en les laissant mourrir ? La culture donne de la dignité aux hommes.... 

Aussi, si nous admettons la validité du montant des 14 millions de dollars (€10,83 millions), nous sommes en droit de nous interroger sur le poids très faible de cette somme dans le sauvetage de 16 000 enfants mourant quotidiennement ? 

Pour être plus efficace au service de ces enfants qui meurent en bas âge et dont le nombre reste à vérifier (vous ne citez pas vos sources), il vaudrait peut-être mieux s'intéresser aux sommes dépensées inutilement par les pays pétroliers tels que le Qatar, l'Arabie-Saoudite, Dubaï, etc... qui investissent dans des gratte-ciel restant en partie vide ou dans un armement qui prépare les guerres de demain. Pour citer d'autres pays que ceux du Proche-Orient, avez-vous pensé recommander la réorientation des dépenses d'armement de pays comme les Etats-Unis, la France, l'Angleterre, la Russie ou la Chine ?  Voilà des sommes qui pourraient améliorer, de façon autrement plus sensible, le sort de ces 16 000 enfants. Au passage, sauriez-vous nous dire à combien s'élèvent les coûts des pèlerinages à la Mecque ?

"Savez-vous que la banque du Vatican est le principal actionnaire de Pietro Beretta, le plus grand fabriquant d'armes du monde, et qu'elle est soupçonnée de corruption, de fraude et de blanchiment d'argent ?" Vous êtes drôlement renseignée sur les placements financiers du Saint-Siège... Je ne crois nullement le clergé  stupide, au point de devenir l'actionnaire "principal" d'une société d'armement. C'est une accusation grave que vous avancez ici. A ce propos, nous vous rappelons que le Saint Père est au Liban pour également inviter les Etats à ne plus exporter d'armes aux protagonistes des conflits de la région.

"Si votre Eglise est toujours prête à haïr et à exclure les homosexuels..." : Vous dites que l'Eglise est toujours prête à haïr et à exclure les homosexuels. Où avez-vous lu ou entendu cela ? L'Eglise n'a jamais condamné les homosexuels. Votre affirmation est une imposture que nous rejetons. L'Eglise condamne l'homosexualité comme acte. Prenons un exemple : quand votre enfant fait un acte répréhensible, nous ne le condamnez pas, vous condamnez l'acte mauvais qu'il a commis et puis vous lui expliquez ensuite pourquoi il ne convient pas de poser de tels actes. L'Eglise a la même attitude vis à vis de ceux qui pratiquent l'homosexualité.

"Pouvez-vous expliquer pourquoi vous ne mettez pas autant d'entrain à châtier les prêtres qui tripotent et violent des enfants ? Le Vatican a condamné la pédophilie sans détour. Il a seulement pris plus de temps que ne le l'espérait le peuple, car il n'est pas simple de trancher ce genre de questions dont les répercussions sont immenses. En outre, le jugement de l'Eglise est un jugement inspiré par l'Esprit Saint dont les manifestations sont imprévues et non pas soumises à nos caprices. 

"Comment se fait-il qu'on ne vous ait pas entendu condamner l'Ougandais Joseph Kony, le chef de l'Armée de résistance du Seigneur, qui commet des atrocités au nom de la chrétienté ? " Quelqu'un vous a t-il dit que le "Pasteur" Joseph Kony se réclamait de l'Eglise Catholique ? 

"Avez-vous entendu parler de l'Armée de Dieu, une organisation terroriste chrétienne opposée à l'avortement qui approuve l'usage de la force pour lutter contre l'avortement et qui est impliquée dans un grand nombre d'assassinats de personnes pratiquant des avortements aux Etats-Unis ?" : De combien d'assassinats s'agit-il ? Sont-ils si nombreux que cela ? Ils sont le fait, semble t-il, d'illuminés qui passent à l'acte occasionnellement. Mais le phénomène n'est pas aussi répandu que vous ne l'affirmez. De plus, ces actes  semblent être uniquement le propre des Etats-Unis où le port d'armes est légalisé. Vous qui habitez le Liban, rappelez plutôt la chute des innocents syriens qui tombent sous les coups des armes qu'on leur vend plutôt que de blâmer le Saint-Père pour que les quelques médecins pro-IVG, dont il n'est pas responsable, qui seraient assassinés en raison des avortements qu'ils pratiquent et que certains considèrent en soi comme l'équivalent de crimes. 

"Etes-vous conscients que les hôpitaux, les universités et les écoles catholiques sont des entreprises rentables ? Essayez d'être en retard dans le paiement des frais de scolarité de votre enfant dans une école catholique et vous allez voir ce qui se passe". Curieux ce fait que vous avancez. Les Institutions catholiques seraient-elles  vraiment plus rentables que les Institutions non-catholiques ? C'est peut-être un phénomène proprement libanais....Dans d'autres pays, nous ne sommes pas sûrs que la rentabilité soit le propre des Institutions ecclésiales. Il semble simplement que les Institutions catholiques ne disposant pas des budgets des Etats sont sous pression pour faire rentrer leur recettes afin de régler salaires et fournisseurs.

"Savez-vous qu'en désapprouvant la contraception, vous imposez à des centaines de milliers de personnes le risque d'attraper le sida ? Je suppose que ce n'est pas très important pour vous. Ce qui importe, c'est la perpétuation du déni : il faut continuer à faire semblant de croire que chaque fois qu'un homme pénètre une femme, le Saint-Esprit plane au-dessus d'eux (ce qui ferait de Dieu un drôle de voyeur) et que les rapports sexuels sont une pratique "sacrée" qui a été inventée uniquement à des fins de procréation. Ô catholiques, contemplez votre usine à frustrations, le Vatican" : Ce passage de votre texte est injurieux et le ton employé frise l'arrogance. Le Pape n'impose aucun risque d'attraper le Sida. Les êtres humains sont libres et lorsque le Saint-Père s'exprime publiquement, il s'adresse aux catholiques et à ceux qui veulent le suivre. Dans ces deux populations, le nombre de malades du Sida est bien plus faible que dans d'autres populations sourdes aux Saint-Père. En outre, nous savons que peu de personnes, même parmi les catholiques, suivent réellement les conseils du  Pape d'abandonner les méthodes contraceptives artificielles et pourtant le Sida ne recule pas, le nombre d'avortements non plus. 

En conséquence, nous avons lieu de penser que les méthodes contraceptives artificielles ne sont pas totalement imparables. En revanche, les méthodes naturelles préconisées par l'Eglise, peuvent se révéler très fiables; toutefois elles requièrent de la part de la femme et de l'homme, un autre état d'esprit  privilégiant la maîtrise du corps (méthodes naturelles) aux caprices du corps (méthodes artificielles). 

"Pouvez-vous nous donner une bonne raison pour persister à maintenir une Eglise patriarcale ? C'est parce que le pouvoir est pour la création initiale, pas pour celle qui est sortie de la "côte", je suppose. Ou alors c'est que les mitres dorées des évêques sont trop lourdes pour la tête des femmes ? Attention aux femmes qui approchent votre institution, dans un contexte œcuménique par exemple, pas question qu'elles obtiennent une véritable autorité ou influence en son sein" :  Qu'apporterait à la femme plus "d'autorité ou d'influence" au sein de l'Eglise ? Vous n'obtiendrez la bonne réponse que si vous ne posez la bonne question. Votre façon d'aborder la place des femmes dans l'Eglise est trop marqué par la guerre des sexes et une certaine soif de pouvoir. Je crains que cela ne vous rende sourde à comprendre la position expliquée par l'Eglise catholique depuis le passage du Christ, il y 2000 ans.

Cependant, votre commentaire suscite en nous une interrogation au sujet du pouvoir : confère-t-il à la femme la qualité de personne ? Faisons le parallèle avec le monde profane : Dans la vie de la cité, le fait de ne pas détenir le pouvoir politique, réduit-il l'homme ou la femme à être moins qu'une personne ? 
  
"Avez-vous déjà vu le slogan : "Vendons le Vatican, nourrissons le monde" ? Je peux vous dire qu'il a pas mal de succès." : Permettez-nous de vous dire que les slogans sont dangereux car ils sont une simplification et une réduction de l'esprit qui mènent au fanatisme. Quand au "succès" du slogan que vous évoquez, nous vous rappelons que les succès sont éphémères ; les médias les faisant et les défaisant au gré de leurs intérêts.

Mais puisque vous soulevez l'idée de "vendre le Vatican", nous pourrions vous rappeler qu'il existe dans ce monde, des Etats bien moins utiles et bien plus riches que le Vatican, qui pourraient être vendus pour nourrir le monde. 

Le Veilleur de Ninive.

mercredi 12 septembre 2012

Un chrétien d'Alep témoigne de la situation des chrétiens de sa ville.

Alep - Le Mercredi 12 Septembre 2012 - Un chrétien d'Alep témoigne par téléphone (pas d'images) de la situation des chrétiens de sa ville : La situation alimentaire, l'approvisionnement en eau, l'attitude des éléments de l'ASL, la progression sur le terrain, la situation financière au regard d'une activité économique de guerre soumise au marché noir. La nécessité de protéger les jeunes incorporés de force dans la rébellion, tels sont les aspects évoqués par le témoin qui s'exprime de manière anonyme pour raison de sécurité bien évidemment.

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mardi 11 septembre 2012

Emirats Arabes Unis : Les Chrétiens troquent la Croix avec le poisson.


Emirats-Arabes-Unis (Al-Diyar) - Le 10 Septembre 2012 - Les chrétiens des Emirats Arabes Unis ont troqué la croix avec le poisson, symbole des disciples du Christ à l'époque apostolique ; "les musulmans les imitent".

Les chrétiens qui résident dans les Émirats arabes unis sont forcés de se conformer à la loi en vigueur dans le pays musulman comme dans les autres Etats du Golfe où il leur est interdit d'accrocher des croix à leurs vêtements ou à leur véhicules.

Les chrétiens des Emirats Arabes Unis se sont donc mis à l'abri des amendes en adoptant une solution qui leur permette d’échapper aux pénalités tout en exprimant leur fierté de croyants. Ils remplacent désormais la croix par le poisson qui est un des premiers symboles chrétiens.
Des musulmans, pas très versés dans la connaissance des origines historiques du christianisme, se sont mis à les imiter, adoptant ce symbole pour décorer leurs véhicules, pensant peut-être suivre une nouvelle mode qui se répandait.
Les débuts du christianisme furent témoins d'une opposition de la part de l'Empire Romain qui dominait la Palestine en ce temps-là et qui pratiquait le harcèlement sur les chrétiens auquel durent faire face le Christ, ses disciples et les adeptes de la nouvelle religion. Ils durent adopter un code qui leur permette de communiquer les uns avec les autres; c'est alors qu'ils eurent recours au poisson.
Ils optèrent pour ce symbole que l'on exprime en grec par le mot « Ichtiyos » dont les premières lettres forment celles de la phrase « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Le mot devint, au temps des premières prédications et notamment au temps de la prédication du Christ, comme une sorte de mot secret.
Traduit de l'arabe par le Veilleur de Ninive.

lundi 10 septembre 2012

Message d'une damascaine.

Damas – Lundi 10 Septembre 2012 – Ne devrait-on pas écrire plus souvent pour narrer ce que nous vivons ici à Damas ? Mais écrire pour quoi dire ? Que la situation empire ?  

On ne sait où va nous conduire cette sale guerre intestine qui nous est imposée ? Le pays est brisé. Il semble fini. L’infrastructure est presque détruite ; beaucoup de produits manquent, même pour ceux qui pourraient les payer ; Les médicaments sont de moins en moins disponibles car les usines se trouvent dans les banlieues des trois grandes villes atteintes par le conflit.

Comment faut-il nommer cette situation absurde ? Guerre ? Guerre civile ? Guerre aux Salafistes ? Guerre à l’opposition ? Guerre planifiée, manigancée ou insurrection guerrière ? Nous ne savons. Peu importe...car en attendant le pays n’est plus le même. Il est méconnaissable. Peut-être l’objectif était-il seulement de le rendre méconnaissable, de lui faire réaliser un grand bon en arrière. L'objectif serait-il atteint ? 

En dépit du découragement qui affecte la population, la ville de Damas vit tout de même, les gens essayent de s'adapter et tentent de s'y faire ; mais peut-on s’y faire ? Les restaurant sont remplis dans les quartiers encore épargnés, mais épargnés jusques à quand ? Pour le moment, la vie est plus forte…et cela nous console un peu. – M.A.

Benoit XVI à la rencontre du peuple libanais et des chrétiens des pays voisins.

Cité du Vatican, 9 septembre 2012 (VIS). Après l'angélus, le Pape s'est exprimé en français et en arabe sur son imminent voyage au Liban, pays où il signera l'Exhortation apostolique post-synodale de l'Assemblée spéciale pour le Moyen Orient du Synode des évêques de 2010: 

 "J’aurai l’heureuse occasion de rencontrer le peuple libanais et ses autorités, ainsi que les chrétiens de ce cher pays, et ceux venus des pays voisins. Je n’ignore pas la situation souvent dramatique vécue par les populations de cette région meurtrie depuis trop de temps par d’incessants conflits. 

Je comprends l’angoisse de nombreux moyen-orientaux plongés quotidiennement dans des souffrances de tout ordre qui affectent, parfois mortellement, leur vie personnelle et familiale. J’ai une pensée préoccupée pour ceux qui, cherchant un espace de paix, fuient leur vie familiale et professionnelle et expérimentent la précarité de l’exil. 

Même s’il semble difficile de trouver des solutions aux différents problèmes qui affligent la région, on ne saurait se résigner à la violence et à l’exaspération des tensions. 

L’engagement pour un dialogue et pour la réconciliation doit être prioritaire pour toutes les parties impliquées, et il doit être soutenu par la communauté internationale, toujours plus consciente de l’importance pour le monde entier d’une paix stable et durable de la région toute entière. 

Ce voyage apostolique au Liban, et par extension à l’ensemble du Moyen Orient, placé sous le signe de la paix, reprend la parole du Christ: Je vous donne ma paix. Que Dieu bénisse le Liban et le Moyen Orient!". 

vendredi 7 septembre 2012

Patriarche Raï : "Les Chrétiens de Syrie sont attachés à la stabilité de leur pays".

AFP (Anwar Amro) - Le patriarche maronite a affirmé hier que les chrétiens de Syrie n’étaient pas en faveur du régime de Damas mais attachés avant tout à la stabilité de leur pays.

Mgr Béchara Raï s’exprimait près d’une semaine avant la visite du pape Benoît XVI au Liban, 15 ans après celle historique de son prédécesseur Jean-Paul II. Il était interrogé par l’AFP. « Aux Occidentaux qui disent que les chrétiens soutiennent le régime syrien, je leur dis : les chrétiens sont avec l’État et non pas avec le régime. Il y a une grande différence (...). Ils se soucient de la stabilité de leur pays, pas du régime », a-t-il déclaré. « En Irak, lorsque Saddam Hussein a été renversé, nous avons perdu un million de chrétiens. Pourquoi ? Pas parce que le régime est tombé, mais parce qu’il n’y avait plus d’autorité, il y a eu un vide », a insisté le patriarche. « En Syrie, c’est la même chose. Les chrétiens ne sont pas attachés au régime, mais ils ont peur du pouvoir qui va venir après », a-t-il souligné.

Le raz-de-marée islamiste dans des pays du printemps arabe a provoqué l’émoi des minorités chrétiennes déjà inquiètes pour leur survie et qui redoutent de voir le Moyen-Orient multi-religieux changer de visage. « On se pose tout le temps la question de l’avenir des chrétiens d’Orient », a affirmé le patriarche, précisant qu’ « en temps de guerre, de crises économiques et d’insécurité, tout le monde souffre, chrétiens et musulmans. Malheureusement, quelquefois, ils sont l’objet d’attaques comme en Égypte (contre les coptes) et en Irak. En Syrie, les chrétiens ont subi le sort des autres. Quand il y a eu des bombardements à Homs et Alep, ils ont fui », a-t-il poursuivi.

« Qui attaque les chrétiens ? Pas les musulmans modérés, qui représentent la majorité, mais les fondamentalistes qui les traitent d’infidèles », a rappelé Mgr Raï, insistant cependant pour que les chrétiens d’Orient soient traités comme des « citoyens de seconde classe » ou « des minorités à protéger ». « Ils sont là depuis 2 000 ans, avec l’avènement du Christ, et ils ont joué un rôle prépondérant dans leurs pays respectifs, tout comme les musulmans », a-t-il relevé.

Évoquant ensuite les divisions au Liban, Mgr Raï a rappelé la nécessité de devoir chercher à construire l’unité. « Mais ce n’est pas par magie que ça se fait », a-t-il déclaré, estimant que le pape devrait insister sur le « message de coexistence » entre chrétiens et musulmans que représente le Liban.  

jeudi 6 septembre 2012

Les ministres français sont-ils mal conseillés ou naïfs sur la Syrie ?

Je vous propose une analyse d'Alain Chouet, ancien haut-responsable de la DGSE, et spécialiste de la Syrie, pays où il se rend depuis 40 ans. Une analyse iconoclaste sur les évènements dramatiques qui se déroulent sur le terrain depuis un an et demi, et plus largement sur les acteurs qui tirent les ficelles dans les coulisses des révoltes arabes en cours. On peut ne pas être d'accord, mais son point de vue argumenté et étayé est à verser au débat. 

L'expression "printemps arabe" est censée faire référence au « Printemps des peuples » de 1848. Depuis la révolte de Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, la contagion s'est étendue de la Tunisie successivement à l'Égypte, à la Libye, à Bahrein, au Yémen et enfin en Syrie. 

Contrairement à ce qui a pu être dit, ces contestations populaires, d'une ampleur et d'une intensité très variables, n'ont pas été le fait des "réseaux sociaux", dans des pays où l'accès à Internet est réduit à une minorité de personnes "branchées" et où les moyens de blocage du Net sont très développés. Même si les aspirations de ces divers peuples visaient à chasser des dirigeants corrompus pour favoriser l'instauration d'une démocratie, les manifestants en reprenant le slogan « Dégage ! » (« Erhal » en arabe) entendaient réclamer un meilleur partage des richesses pour améliorer leurs conditions de vie, obtenir des emplois et retrouver une certaine dignité (« karama » en arabe). 

En fait, ces révoltes, révolutions ou encore « réveil arabe » ont en commun d'avoir été financées par le Qatar et d'autres monarchies du Golfe et d'avoir été encadrées par les Frères musulmans. Le résultat ne s'est pas fait attendre : on en voit déjà les effets en Tunisie, en Libye et bientôt en Égypte. 

La question que l'on est en droit de se poser est : par quel miracle, les Européens ont-ils pu soutenir à ce point des mouvements qui vont à la fois à l'encontre des intérêts mêmes de ces populations et aussi des nôtres. Si la démocratisation de ces pays ne nous laisse pas indifférent, les voir retomber dans une nouvelle forme de soumission plus insidieuse n'augure rien de bon pour l'avenir. Depuis plus d'un an, ce printemps arabe n'en finit pas. 

La Syrie est le dernier pays à avoir été pris dans une tourmente qui a mis le pays à feu et à sang. Les pires conjectures formulées au premier semestre 2011 concernant les mouvements de révolte arabes deviennent aujourd’hui réalité. Je les avais largement exposées dans divers ouvrages et revues à contre courant d’une opinion occidentale généralement enthousiaste et surtout naïve. Car il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés. Une fois passé le bouillonnement libertaire et l'agitation des adeptes de Facebook, il a bien fallu se rendre à l'évidence. Le pouvoir est tombé dans les mains des seules forces politiques structurées qui avaient survécu aux dictatures nationalistes parce que soutenues financièrement par les pétromonarchies théocratiques dont elles partagent les valeurs et politiquement par les Occidentaux parce qu'elles constituaient un bouclier contre l'influence du bloc de l'Est : les forces religieuses fondamentalistes. Et le « printemps arabe » n'a mis que six mois à se transformer en « hiver islamiste ». 

En Tunisie et en Égypte, les partis islamistes, Frères musulmans et extrémistes salafistes se partagent de confortables majorités dans les Parlements issus des révoltes populaires. Ils cogèrent la situation avec les commandements militaires dont ils sont bien contraints de respecter le rôle d'acteurs économiques dominants mais s'éloignent insidieusement des revendications populaires qui les ont amenés au pouvoir. 

Constants dans leur pratique du double langage, ils font exactement le contraire de ce qu’ils proclament. En, Égypte, après avoir affirmé sur la Place Tahrir au printemps 2011 qu'ils n'aspiraient nullement au pouvoir, ils revendiquent aujourd'hui la présidence de la République, la majorité parlementaire et l'intégralité du pouvoir politique. En Tunisie, et après avoir officiellement renoncé à inclure la charia dans la constitution, ils organisent dans les provinces et les villes de moyenne importance, loin de l'attention des médias occidentaux, des comités de vigilance religieux pour faire appliquer des règlements inspirés de la charia. 

Ce mouvement gagne progressivement les villes de plus grande importance et même les capitales où se multiplient les mesures d'interdiction en tous genres, la censure des spectacles et de la presse, la mise sous le boisseau des libertés fondamentales et, bien sûr, des droits des femmes et des minorités non sunnites. Et ces forces politiques réactionnaires n'ont rien à craindre des prochaines échéances électorales. 

Largement financées par l'Arabie et le Qatar pour lesquels elles constituent un gage de soumission dans le monde arabe, elles ont tous les moyens d’acheter les consciences et de se constituer la clientèle qui perpétuera leur domination face à un paysage politique démocratique morcelé, sans moyens, dont il sera facile de dénoncer l'inspiration étrangère et donc impie. La Libye et le Yémen ont sombré dans la confusion. Après que les forces de l'OTAN, outrepassant largement le mandat qui leur avait été confié par l'ONU, ont détruit le régime du peu recommandable Colonel Kadhafi, le pays se retrouve livré aux appétits de bandes et tribus rivales bien décidées à défendre par les armes leur pré carré local et leur accès à la rente. L'éphémère « Conseil National de transition » porté aux nues par l'ineffable Bernard Henri Lévy est en train de se dissoudre sous les coups de boutoir de chefs de gangs islamistes, dont plusieurs anciens adeptes d'Al-Qaïda, soutenus et financés par le Qatar qui entend bien avoir son mot à dire dans tout règlement de la question et prendre sa part dans l’exploitation des ressources du pays en hydrocarbures.

Au Yémen, le départ sans gloire du Président Ali Abdallah Saleh rouvre la porte aux forces centrifuges qui n'ont pas cessé d'agiter ce pays dont l'unité proclamée en 1990 entre le nord et le sud n'a jamais été bien digérée, surtout par l'Arabie Séoudite qui s'inquiétait des foucades de ce turbulent voisin et n'a eu de cesse d'y alimenter la subversion fondamentaliste. Aujourd'hui, les chefs de tribus sunnites du sud et de l'est du pays, dont certains se réclament d'Al-Qaïda et tous du salafisme, entretiennent un désordre sans fin aux portes de la capitale, Sanaa, fief d'une classe politique traditionnelle zaydite – branche dissidente du chiisme – insupportable pour la légitimité de la famille séoudienne. Seul le régime syrien résiste à ce mouvement généralisé d'islamisation au prix d'une incompréhension généralisée et de l'opprobre internationale. 

Avant de développer ce sujet, je crois devoir faire une mise au point puisque d'aucuns croient déceler dans mes propos et prises de positions des relents d'extrême droite et de complaisance pour les dictatures. Je me rends régulièrement en Syrie depuis 45 ans et y ai résidé pendant plusieurs années. Je ne prétends pas connaître intimement ce pays mais je pense quand même mieux le connaître que certains de ces journalistes qui en reviennent pleins de certitudes après un voyage de trois ou quatre jours.

Mes activités m'ont amené à devoir fréquenter à divers titres les responsables des services de sécurité civils et militaires syriens depuis la fin des années 70. J'ai pu constater qu'ils ne font ni dans la dentelle ni dans la poésie et se comportent avec une absolue sauvagerie. Ce n'est pas qu'ils ont une conception différente des droits de l'homme de la nôtre. C'est qu'ils n'ont aucune conception des droits de l'homme… 

Leur histoire explique en grande partie cette absence. D'abord, ils puisent leur manière d'être dans quatre siècles d'occupation par les Turcs ottomans, grands experts du pal, de l'écorchage vif et du découpage raffiné. Ensuite, ils ont été créés sous la houlette des troupes coloniales françaises pendant le mandat de 1920 à 1943, et, dès l'indépendance du pays, conseillés techniquement par d'anciens nazis réfugiés, de 1945 jusqu'au milieu des années 50, et ensuite par des experts du KGB jusqu'en 1990. Tout ceci n'a guère contribué à développer chez eux le sens de la douceur, de la tolérance et du respect humain. 

Quant au régime syrien lui-même, il ne fait aucun doute dans mon esprit que c'est un régime autoritaire, brutal et fermé. Mais le régime syrien n’est pas la dictature d'un homme seul, ni même d'une famille, comme l'étaient les régimes tunisien, égyptien, libyen ou irakien. Tout comme son père, Bashar el-Assad n'est que la partie visible d'un iceberg communautaire complexe et son éventuel départ ne changerait strictement rien à la réalité des rapports de pouvoir et de force dans le pays. Il y a derrière lui 2 millions d'Alaouites encore plus résolus que lui à se battre pour leur survie et plusieurs millions de minoritaires qui ont tout à perdre d'une mainmise islamiste sur le pouvoir, seule évolution politique que l'Occident semble encourager et promouvoir dans la région. 

Quand je suis allé pour la première fois en Syrie en 1966, le pays était encore politiquement dominé par sa majorité musulmane sunnite qui en détenait tous les leviers économiques et sociaux. Et les bourgeois sunnites achetaient encore – parfois par contrat notarié – des jeunes gens et de jeunes filles de la communauté alaouite dont ils faisaient de véritables esclaves à vie, manouvriers agricoles ou du bâtiment pour les garçons, bonnes à tout faire pour les filles. 

Les Alaouites sont une communauté sociale et religieuse persécutée depuis plus de mille ans. Je vous en donne ici une description rapide et schématique qui ferait sans doute hurler les experts mais le temps nous manque pour en faire un exposé exhaustif. Issus au Xè siècle aux frontières de l'empire arabe et de l'empire byzantin d'une lointaine scission du chiisme, ils pratiquent une sorte de syncrétisme mystique compliqué entre des éléments du chiisme, des éléments de panthéisme hellénistique, de mazdéisme persan et de christianisme byzantin. Ils se désignent eux mêmes sous le nom d’Alaouites – c'est à dire de partisans d'Ali, le gendre du prophète - quand ils veulent qu’on les prenne pour des Musulmans et sous le nom de Nosaïris – du nom de Ibn Nosaïr, le mystique chiite qui a fondé leur courant – quand ils veulent se distinguer des Musulmans. Et – de fait – ils sont aussi éloignés de l'Islam que peuvent l'être les chamanistes de Sibérie. Et cela ne leur a pas porté bonheur…. 

Pour toutes les religions monothéistes révélées, il n’y a pas pire crime que l'apostasie. Les Alaouites sont considérés par l'Islam sunnite comme les pires des apostats. Cela leur a valu au XIVè siècle une fatwa du jurisconsulte salafiste Ibn Taymiyya, l'ancêtre du wahhabisme actuel, prescrivant leur persécution systématique et leur génocide. Bien que Ibn Taymiyyah soit considéré comme un exégète non autorisé, sa fatwa n'a jamais été remise en cause et est toujours d'actualité, notamment chez les salafistes, les wahhabites et les Frères musulmans. 

Pourchassés et persécutés, les Alaouites ont dû se réfugier dans les montagnes côtières arides entre le Liban et l'actuelle Turquie tout en donnant à leurs croyances un côté hermétique et ésotérique, s'autorisant la dissimulation et le mensonge pour échapper à leurs tortionnaires. Il leur a fallu attendre le milieu du XXè siècle pour prendre leur revanche. Soumis aux occupations militaires étrangères depuis des siècles, les bourgeois musulmans sunnites de Syrie ont commis l'erreur classique des parvenus lors de l'indépendance de leur pays en 1943. 

Considérant que le métier des armes était peu rémunérateur et que l'institution militaire n'était qu'un médiocre instrument de promotion sociale, ils n'ont pas voulu y envoyer leurs fils. Résultat : ils ont laissé l'encadrement de l'armée de leur tout jeune pays aux pauvres, c'est à dire les minorités : Chrétiens, Ismaéliens, Druzes, Chiites et surtout Alaouites. Et quand vous donnez le contrôle des armes aux pauvres et aux persécutés, vous prenez le risque à peu près certain qu'ils s'en servent pour voler les riches et se venger d'eux. C'est bien ce qui s'est produit en Syrie à partir des années 60. 

Dans les années 70, Hafez el-Assad, issu d'une des plus modestes familles de la communauté alaouite, devenu chef de l'armée de l'air puis ministre de la défense, s'est emparé du pouvoir par la force pour assurer la revanche et la protection de la minorité à laquelle sa famille appartient et des minorités alliées – Chrétiens et Druzes - qui l'ont assisté dans sa marche au pouvoir. Ils s'est ensuite employé méthodiquement à assurer à ces minorités – et en particulier à la sienne - le contrôle de tous les leviers politiques, économiques et sociaux du pays selon des moyens et méthodes autoritaires dont vous pourrez trouver la description détaillée dans un article paru il y maintenant près de vingt ans.

Face à la montée du fondamentalisme qui progresse à la faveur de tous les bouleversements actuels du monde arabe, son successeur se retrouve comme les Juifs en Israël, le dos à la mer avec le seul choix de vaincre ou mourir. Les Alaouites ont été rejoints dans leur résistance par les autres minorités religieuses de Syrie, Druzes, Chiites, Ismaéliens et surtout par les Chrétiens de toutes obédiences instruits du sort de leurs frères d'Irak et des Coptes d'Égypte. 

Car, contrairement à la litanie que colportent les bien-pensants qui affirment que « si l'on n'intervient pas en Syrie, le pays sombrera dans la guerre civile »…. eh bien non, le pays ne sombrera pas dans la guerre civile. La guerre civile, le pays est dedans depuis 1980 quand un commando de Frères musulmans s'est introduit dans l'école des cadets de l'armée de terre d'Alep, a soigneusement fait le tri des élèves officiers sunnites et des alaouites et a massacré 80 cadets alaouites au couteau et au fusil d'assaut en application de la fatwa d'Ibn Taymiyya. 

Les Frères l'ont payé cher en 1982 à Hama – fief de la confrérie - que l'oncle de l'actuel président a méthodiquement rasée en y faisant entre 10 et 20.000 morts. Mais les violences intercommunautaires n'ont jamais cessé depuis, même si le régime a tout fait pour les dissimuler. Alors, proposer aux Alaouites et aux autres minorités non arabes ou non sunnites de Syrie d'accepter des réformes qui amèneraient les islamistes salafistes au pouvoir revient très exactement à proposer aux Afro-américains de revenir au statu quo antérieur à la guerre de sécession. Ils se battront, et avec sauvagerie, contre une telle perspective. 

Peu habitué à la communication, le régime syrien en a laissé le monopole à l'opposition. Mais pas à n'importe quelle opposition. Car il existe en Syrie d'authentiques démocrates libéraux ouverts sur le monde, qui s'accommodent mal de l'autoritarisme du régime et qui espéraient de Bashar el-Assad une ouverture politique. Ils n'ont obtenu de lui que des espaces de liberté économique en échange d'un renoncement à des revendications de réformes libérales parfaitement justifiées. 

Mais ceux-là, sont trop dispersés, sans moyens et sans soutiens. Ils n'ont pas la parole et sont considérés comme inaudibles par les médias occidentaux car, en majorité, ils ne sont pas de ceux qui réclament le lynchage médiatisé du « dictateur » comme cela a été fait en Libye. Si vous vous vous informez sur la Syrie par les médias écrits et audiovisuels, en particulier en France, vous n'aurez pas manqué de constater que toutes les informations concernant la situation sont sourcées « Observatoire syrien des droits de l'homme » (OSDH) ou plus laconiquement « ONG », ce qui revient au même, l'ONG en question étant toujours l''Observatoire syrien des droits de l'homme. L'observatoire syrien des droits de l'homme, c'est une dénomination qui sonne bien aux oreilles occidentales dont il est devenu la source d'information privilégiée voire unique. Il n'a pourtant rien à voir avec la respectable Ligue internationale des droits de l'homme. C'est en fait une émanation de l'Association des Frères musulmans et il est dirigé par des militants islamistes dont certains ont été autrefois condamnés pour activisme violent, en particulier son fondateur et premier Président, Monsieur Ryadh el-Maleh. L'Osdh s’est installé à la fin des années 80 à Londres sous la houlette bienveillante des services anglo-saxons et fonctionne en quasi-totalité sur fonds séoudiens et maintenant qataris. 

Je ne prétends nullement que les informations émanant de l'OSDH soient fausses, mais, compte tenu de la genèse et de l'orientation partisane de cet organisme, je suis tout de même surpris que les médias occidentaux et en particulier français l'utilisent comme source unique sans jamais chercher à recouper ce qui en émane. 

Second favori des médias et des politiques occidentaux, le Conseil National Syrien, créé en 2011 à Istanbul sur le modèle du CNT libyen et à l'initiative non de l'État turc mais du parti islamiste AKP. Censé fédérer toutes les forces d'opposition au régime, le CNS a rapidement annoncé la couleur. Au sens propre du terme…. Le drapeau national syrien est composé de trois bandes horizontales. L'une de couleur noire qui était la couleur de la dynastie des Abbassides qui a régné sur le monde arabe du 9è au 13è siècle. L'autre de couleur blanche pour rappeler la dynastie des Omeyyades qui a régné au 7è et 8è siècle. Enfin, la troisième, de couleur rouge, censée représenter les aspirations socialisantes du régime. Dès sa création, le CNS a remplacé la bande rouge par la bande verte de l'islamisme comme vous pouvez le constater lors des manifestations anti-régime où l'on entend plutôt hurler « Allahou akbar ! » que des slogans démocratiques. Cela dit, la place prédominante faite aux Frères musulmans au sein du CNS par l'AKP turc et le Département d'État américain a fini par exaspérer à peu près tout le monde. 

La Syrie n'est pas la Libye et les minorités qui représentent un bon quart de la population entendent avoir leur mot à dire, même au sein de l'opposition. Lors d'une visite d'une délégation d'opposants kurdes syriens à Washington en avril dernier, les choses se sont très mal passées. Les Kurdes sont musulmans sunnites mais pas Arabes. Et en tant que non-arabes, ils sont voués à un statut d’infériorité par les Frères. Venus se plaindre auprès du Département d'État de leur marginalisation au sein du CNS, ils se sont entendus répondre qu'ils devaient se soumettre à l'autorité des Frères ou se débrouiller tout seuls. Rentrés à Istanbul très fâchés, ils se sont joints à d'autres opposants minoritaires pour démettre le président du CNS, Bourhan Ghalioun, totalement inféodé aux Frères, et le remplacer par un Kurde, Abdelbassett Saïda qui fera ce qu'il pourra – c'est à dire pas grand chose - pour ne perdre ni l'hospitalité des islamistes turcs, ni l'appui politique des néo-conservateurs Américains, ni, surtout, l'appui financier des Séoudiens et des Qataris. 

Tout cela fait désordre, bien sûr, mais est surtout révélateur de l'orientation que les États islamistes appuyés par les néo-conservateurs américains entendent donner aux mouvements de contestation dans le monde arabe. Ce ne sont évidemment pas ces constatations qui vont rassurer les minorités de Syrie et les inciter à la conciliation ou à la retenue. Les minorités de Syrie – en particulier, les Alaouites qui sont en possession des appareils de contrainte de l'État – sont des minorités inquiètes pour leur survie qu'elles défendront par la violence. Faire sortir le président syrien du jeu peut à la rigueur avoir une portée symbolique mais ne changera rien au problème. Ce n'est pas lui qui est visé, ce n'est pas lui qui est en cause, c'est l'ensemble de sa communauté qui se montrera encore plus violente et agressive si elle perd ses repères et ses chefs. Plus le temps passe, plus la communauté internationale entendra exercer des pressions sur les minorités menacées, plus les choses empireront sur le modèle de la guerre civile libanaise qui a ensanglanté ce pays de 1975 à 1990. 

Il aurait peut être été possible à la communauté internationale de changer la donne il y a un an en exigeant du pouvoir syrien des réformes libérales en échange d'une protection internationale assurée aux minorités menacées. Et puisque l’Arabie et la Qatar – deux monarchies théocratiques se réclamant du wahhabisme – sont théoriquement nos amies et nos alliées, nous aurions pu leur demander de déclarer la fatwa d'Ibn Taymiyyah obsolète, nulle et non avenue afin de calmer le jeu. Il n'en a rien été. 

À ces minorités syriennes menacées, l'Occident, France en tête, n'a opposé que la condamnation sans appel et l'anathème parfois hystérique tout en provoquant partout – politiquement et parfois militairement – l'accession des intégristes islamistes au pouvoir et la suprématie des États théocratiques soutenant le salafisme politique. Débarrassés des ténors sans doute peu vertueux du nationalisme arabe, de Saddam Hussein, de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi, à l'abri des critiques de l'Irak, de l'Algérie et de la Syrie englués dans leurs conflits internes, les théocraties pétrolières n'ont eu aucun mal à prendre avec leurs pétrodollars le contrôle de la Ligue Arabe et d'en faire un instrument de pression sur la communauté internationale et l'ONU en faveur des mouvements politiques fondamentalistes qui confortent leur légitimité et les mettent à l'abri de toute forme de contestation démocratique. 

Que les monarchies réactionnaires défendent leurs intérêts et que les forces politiques fondamentalistes cherchent à s'emparer d'un pouvoir qu'elles guignent depuis près d'un siècle n'a rien de particulièrement surprenant. Plus étrange apparaît en revanche l'empressement des Occidentaux à favoriser partout les entreprises intégristes encore moins démocratiques que les dictatures auxquelles elles se substituent et à vouer aux gémonies ceux qui leur résistent. Prompt à condamner l'islamisme chez lui, l'Occident se retrouve à en encourager les manoeuvres dans le monde arabe et musulman. 

La France, qui n’a pas hésité à engager toute sa force militaire pour éliminer Kadhafi au profit des djihadistes et à appeler la communauté internationale à en faire autant avec Bashar el-Assad, assiste, l'arme au pied, au dépeçage du Mali par des hordes criminelles qui se disent islamistes parce que leurs rivaux politiques ne le sont pas. De même les médias et les politiques occidentaux ont assisté sans broncher à la répression sanglante par les chars séoudiens et émiratis des contestataires du Bahraïn, pays à majorité chiite gouverné par un autocrate réactionnaire sunnite. De même les massacres répétés de Chrétiens nigérians par les milices du Boko Haram ne suscitent guère l'intérêt des médias et encore moins la condamnation par nos politiques. Quant à l'enlèvement et la séquestration durable de quatre membres de la Cour Pénale Internationale par des « révolutionnaires » libyens, elle est traitée en mode mineur et passe à peu près inaperçue dans nos médias dont on imagine l'indignation explosive si cet enlèvement avait été le fait des autorités syriennes, algériennes ou de tel autre pays non encore « rentré dans le rang » des « démocratures », ces dictatures islamistes sorties des urnes. 

À défaut de logique, la morale et la raison nous invitent tout de même à nous interroger sur cette curieuse schizophrénie de nos politiques et nos médias. L'avenir dira si notre fascination infantile pour le néo-populisme véhiculé par Internet et si les investissements massifs du Qatar et de l'Arabie dans nos économies en crise valaient notre complaisance face à la montée d'une barbarie dont nous aurions tort de croire que nous sommes à l'abri.


Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.Purifions notre coeur pour combattre le mensonge qui y habite.